‹ Philosophie de l'histoire de l'humanitéChapitre 196 sur 208 · LIVRE XX. -- GKAFITRB IV · texte numérisé non relu

LIVRE XX. -- GKAFITRB IV

trouver, surtout dans les travaux mathématiques dès crets pour conserver et prolonger la vie, pour gagner d^immenses richesses et arracher le vojle de la destinée. On chercha la pierre philosophale, Télixir de Vimmorta* lité ; on lut l'avenir dans les étoiles, et les instruments de mathématiques eux-mêmes semblaient des inventions de la magie. Comme un enfant, Thomme s'attachait au mer* yeilleux gui devait le conduire un jour à la vérité; dans ce but, il entreprenait les voyages les plus difEciles. Dès le XI® siècle, Constantin TAfricain avait parcouru pendant trente-neuf ans TOrient jusqu'à Carthage pour recueillir les secrets des Arabes à Babylone, dans Tlnde, en Egypte ; il vint enfin en Europe et, dans le monastère de HcNale Casino, il traduisit plusieurs ouvrages grecs et arabes, ' traitant particulièrement de la médecine. Quelque imparfaites que fussent ces traductions, elles se propagèrent rapidement, et Salerne f(mda la première école de médecine sur les principes de la science arabe. Ceux qui étaient avides de science allaient de France et d'Angl^erre en Espagne, pour y entendre les leçons des maîtres arabes les plus célèbres ; à leur retour, ils passaient pour sorciers, d'autant plus qu'ils se vantaient d'être initiés à la sorcellerie et à plusieurs arts secrets. Ainsi, les mathématiques, la chimie, la médecine furent admises dans les écoks les plus renommées de l'Euxope', soit par des écrits, soit par des découvertes et des expériences. SanI les Arabes, jamais il ne se serait formé de Gerbert, d'Albert le Grand, d'Arnold de Villa-Nova, de Roger Bacon, de Raimond LuUe; tous, ils avaient suivi les cours des sages de l'Espagne, étudié Jeurs écrits. L'empereur Frédéric H loimême, qui poussa sans cesse à la traduction des écrits arabes et aux progrès de toutes les sciences, ne pouvait dépouiller son zèle d'un certain sentiment de superstition. Ces traditions entretinrent* pendant des siècles le goili dc's

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voyages en Espagne, en Afrique,, en Orient, terres de merveilles, où les secrets les plus cachés de la nature étaient la possession de quelques paisibles solitaires. De là se formèrent plusieurs ordres secrets, plusieurs grandes sociétés de philosophes scolastiques voyageurs; Tensemble des sciences philosophiques et mathématiques jusqu'après le siècle de la réforme trahit cette origine arabe.

Il n*est pas étonnant qu'à cette philosophie ^ soit uni le mystidime^ et qu'il soit devenu un des systèmes les plus épurés de TidéaUsme contemplatif. Dès les premiers temps de rÉglise, le mysticisme avait passé de la philosophie néo-platonicienne dans différentes sectes. Grâce à la traduction du faux Denis Faréopagîte, il se propagea en Europe dans les couvents; plusieurs sectes de manichéens l'adoptèrent, et il atteignit enfin, avec ou sans scolastique, parmi les moines et les nonnes, une forme où Ton recon<naît tantôt les artifices les plus subtils de la raison humaine, tantôt la délicatesse la plus étendue d'un cœur aimant. Pourtant il a fait un certain bien, soit en éloignant les esprits des simples pratiques extérieures, soit qu'accoutumant l'homme à rentrer en lui-môme, il le nourrit d'aliments spirituels. Aux âmes solitaires et languissantes ravies au monde, il donnait une consolation et im exercice, en épurant ces sentiments par l'action de ces espèces deromai^ intellectuels. Le mysticisme était le précurseur de la métaphysique du cœur, de même que la scolastique devait préparer la voie à la philosophie rationnelle, et tous deux ils se servirent mutuellement de contre-poids. Heureusement que les temps sont passés où cet opium était un remède nécessaire (1 ).

(1) Après tout ce qu'ont écrit Poiret, Arnoult, etc., il nous manque encore une histoire du mysticisme au moyen âge, écrite dans un esf-rit purement philosophique. '

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