‹ Philosophie de l'histoire de l'humanitéChapitre 197 sur 208 · LIVRE XX. - CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE XX. - CHAPITRE IV

Enfin, en commençant à briller avec un plus vif éclat,' la jarisprudence, cette philosophie pratique de la justice et de la saine raison, contribua plus que le mysticisme et la spéculation au bien général de TEurope, et jeta plus solidement les fondements des droits de la société. Dans les temps d'ime honnête simplicité, il ne fallait gijière de lois écrites, et les peuples germaniques, encore grossiers, opposaient la raison aux subtilités des administrateurs romains ; chez d'autres nations plus civilisées, mais déjà presque corrompues, on sentit le besoin, non seulement d'un cqde de lois écrites particulières à la contrée, mais bientôt aussi d'un extrait du droit romain ; et comme il fut insuffisant en présence des empiétements tous les jours plus grands de la législation canonique, on dut exhumer le corps entier des lois romaines ; ainsi s'ouvrit une vaste carrière à l'intelligence des hommes les plus actifs et les plus éclairés. Ce n'est pas sans raison que les empereurs recommandaient cette étude dans les hautes écoles, surtout dans celles de l'Italie ; car c'était pour eux des armes pour combattre le pape ; toutes les étrilles qui commençaient à se former avaient le môme intérêt à s'en servir contre le pape, l'empereur et les petits tyrans. Aussi ce nombre de jurisconsultes s'accrut-il d'ime manière incroyable ; défenseurs des libertés et des propriétés des peuples, ils étaient honorés comme les chevaliers de la science dans les cours , dans les villes et dans leurs chaires ; Bologne, ^lors si fréquentée, devint par eux la métropole des sciences. Ce que la France faisait pour la scolastique, l'Italie le faisait pour la jurisprudence; le droit romain et le droit canon y rivalisaient ; plusieurs papes même furent très-habiles jurisconsultes. Malheureusement, la renaissance de cette science se fit à une ' époque où les sources n'étaient point encore purifiées, et où l'on ne découvrait qu'à travers im nuage épais le génie

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dei*antique peuple de Borne. Ce qui fut également regrettable , ce fut que la scolastique voulut aussi mêler ses subtilités à cette scieuce pratique ; elle transforma ainsi les arrêts des bommes les plus graves en un frivole jeu d€ mots* Malbeureusement, enfin, on prit ime étude auxiliaire, un exercice de raisonnement, à Tinstar des plus grands sages de l'antiquité, pour une règle positive, ime Bible de la loi servant à tous les cas, même les plus nouveaux et les plus douteux. De là naquit cet esprit de chicane qui tendait à détruire le caractère de toute l^s— lation nationale en Europe. Au lieu de puiser une ^ience vivante dans les affaires de chaque jour, on alla la chercher dans de stériles compilations ; la procédure devint un labyrinthe de formalités et de subtilités ; la pénétration des hommes s'exerça à la ruse ; il y eut abdication des nobles sentiments de la justice ; la langue du droit et de la loi fut transformée en un idiome étranger et inintelligible ; enfin, avec la puissance croissante des rois, ou créa im faux droit du souverain ; voilà quelles conséquences çps erreurs ont entraînées pendant de longs siècles.

On se sent pris de tristesse, si Ton compare la situation de rintelligence humaine, à l'époque de la renaissance des lettres, avec des temps et des peuples plus anciens. Du sein d'une lourde barbarie, sous la pression d'une tyrannie spirituelle et temporelle, tout bien se produit sous une forme décourageante ; ici, les meilleurs germes'sont foulés aux pieds ou enlevés par des oiseaux de proie ; là, étouffé par les ronces, le jeune arbrisseau languit et se dessèche, loin du sol bienfaisant où fleurissent la simplicité et la bonté antiques. La première religion populaire apparaît parmi des sectes persécutées ou fanatiques ; la philosophie se fait jour au milieu des discussions des dialecticiens ; les sciences les plus utiles naissent de la magie et de la

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