‹ Philosophie de l'histoire de l'humanitéChapitre 201 sur 208 · LIVRE XX. - CHAPITRE V · texte numérisé non relu

LIVRE XX. - CHAPITRE V

comme autrefois les villes de la Grèce luttaient pour l'érection de leurs temples et de leurs statues. Dans chacune d'elles, nous pouvons reconnaître quels modèles elle a pris pour guides en suivant à la trace la direction de son commerce; Venise et Pire ont dans leurs plus anciens édifices un style tout difiTérent de celui de Florence ou de Milan. Les villes transalpines imitèrent divers modèles ; mais, en général, les institutions locales et Tesprit de l'époque peuvent le mieux expliquer les perfectionnements de l'architecture gothique. Car, de même que les hommes pensent et vivent , ainsi ils bâtissent et se logent ; ils ne peuvent môme utiliser les modèles pris à rextérjpur qu'en les adaptant*à leur manière de voir, de môme que chaque oiseau bâtit son nid d'après ses forces et son instinct. Jamais cette architecture gothique, si hardie et si gracieuse, n'aurait pu se former en construisant des couvents et des châteaux-forts. De môme, les ouvrages d'art les plus précieux du moyen âge, en métal, en ivoire, sur verre, sur bois, les tentures et les vêtements portent tous l'écusson des familles, des communes et des cités; aussi ont-ils pour la plupart une valeur durable , et demeurent-ils avec raison la propriété inaliénable des cités et des familles. C'est à cette activité civile que nous devons les chroniques, dans lesquelles, à la vérité, la sphère de l'auteur ne dépasse pas sa maison, sa famille, sa corporation et sa ville, mais son cœur et son esprit ne s'y attachent que plus intimement; heureuses' les contrées dont l'histoire repose sur de telles archives plutôt que sur des chroniques de monastères I Les conseils des villes surent d'ailleurs mettre des limites aux empiétements de la jurisprudence romaine, qui aurait fini par étoufiér les statuts et les droits les plus saints des peuples.

30 Les wiiversUés étaient des corporations et des villes savantes; jouissant des mêmes droits , elles rendirent les

mêmes services. Des écoles, devenues des corps politiques, abaissèrent Torgueil prossier de la noblesse , défendirent la cause des souverains contre les empiétements des papes, et ouvrirent la voie des fonctions civiles et des honneurs glorieux, non pas exclusivement au clergé, mais à une nouvelle classe d'hommes instruits. Jamais peut-être les savants ne furent en plus grande faveur qu'à Tépoque où brilla l'aurore de la science ; on appréciait la valeur inestimable d'un bien qu'on avait si longtemps méprisé, et si un parti craignait la lumière, l'autre ne cherchait qu'à rendre plus éclatant le soleil qui se levait. Les universités servirent de boulevards à la science contre l'impitoyable vandalisme du despotisme clérical; du moins, elle gardèrent pour des temps meilleurs im trésor peu connu. Après Théodoric, Charlemagne et Alfred, nous vénérons surtout la mémoire de l'empereur Frédéric II, qui, outre miUe autres bienfaits, imprima aux universités ce mouvement qui alla toujours en se perfectionnant et qui prit longtemps Técole de Paris pour modèle. En Europe, l'Allemagne fut le point. central de ces institutions; c'est dans son sein que les arsenaux et les ateliers des sciences ont acquis, non-seulement une position assurée , mais aussi une grande richesse intérieure,

4® Enfin, bornons-nous à rappeler quelques découvertes, qui , mises en pratiques, devinrent de puissantes sources de prospérité pour l'avenir. L'aiguille magnétique, fil d'Ariane pour le navigateur, fut vraisemblablement introduite en Europe par les Arabes et les marchands d'Amalfi dans leurs premières relations conmierciales . avec les Orientaux; la donner aux Européens, c'était leur donner le monde. De bonne heure , les Génois affrontent l'océan Atlantique ; puis les Portugais montrent qu'ils ne possèdent pas en vain les côtes occidentales du vie\ix monde. Ils cherchent et trouvent un chemin pour doubler

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