LIVRE XX. — CHAPITRE V
l'Afrique, et changent ainsi tout le commerce de l'Inde; enfin, un autre Génois découvre le second hémisphère, et modifie ainsi toutes les relations des sociétés européennes. L'humble instrument de toutes ces découvertes apparaît en Europe , à la renaissance des sciences.
Le verre, antique produit de l'art des Asiatiques, payé jadis au poids de l'or, devient plus précieux que l'or dans les mains des Européens. Que ce soit Salvino ou tout autre qui ait poli la première lentille, il est certain qu'alors fut créé un instrument qui devait servir un jour à découvrir des millions de mondes célestes, à régler le temps et la navigation, et à faire prospérer les sciences les plus nobles dont l'esprit humain s'enorgueillisse. Robert Bacon, moine franciscain, du fond de sa cellule, fait de merveilleuses découvertes, tant sur les propriétés de la lumière que dans presque tous les règnes de la nature ; la haine de son ordre et le cachot , telle est sa récompense. Le premier rayon du soleil levant, descendant dans J'âme de cet homme admirable , Ini révèle im monde nouveau dans le ciel et sur la terre.
Lapoîidre à canon j instrument de mort plus bienfaisant que funeste, fut d'abord mise en usage par les Arabes, ou du moins cette invention se propagea en Europe par leurs écrits. Elle semble avoir été découverte plusieurs fois ; son application fut lente, mais elle devait changer complètement la tactique militaire. On peut à peine apprécier la puissante influence qu'eut cette découverte en Europe ; ce fut elle qui porta le dernier coup à l'esprit de chevalerie que tous les conciles n'avaient pu vaincre, qui fortifia plus la puissance des souverains que toutes les assemblées populaires, qui réprima pour jamais l'aveugle fureur des armées, et qui limita l'art militaire après lui avoir donné naissance. Elle fait époque dans l'histoire de notre espèce, de même que plusieurs autres combinaisons chimiques,
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siirioui Tusage de ces liqueurs meurtrières introduites en Europe comme médicaments par les Arabes, et qui se répandirent plus tard comme des poisons mortels sur toute la surface de la terre.
Il en est de môme du papier et des premiers essais érim^ primerie sur des cartes à jouer, ainsi que d'autres empreintes de caractères ûxes. Les Arabes provoquèrent sans doute la première de ces inventions, en apportant d*Asie le papier de coton et de soie ; la seconde, après différentes tentatives, s'éleva jusqu'à la gravure sur bois, puis de là à la gravure sur cuivre, jusqu'à l'invention des caractères mobiles, qui occasionna la plus grande révolution dans l'univers moderne. Les cJiiffres des Arabes, les notes de musique, inventées par Guido d'Arezzo, ks horloges d'Asie, la peinture à l'huile , ancienne découverte allemande , et d'autres instruments non moins utiles, qu'on a inventés, adoptés ou imités avant la renaissance des lettres, devinrent, dans l'atelier immense de l'industrie européenne , le germe de nouvelles améliorations et de nouvelles pro-> ductions pour la postérité.