CARACTÈRE, SCIENCES ET ARTS DES ROMAINS
Après ce qui a été dit, la justice exige que nous nomniions, en leur rendant l'hommage qui leur est dû, ces illustres citoyens qui, dans les circonstances défavorables où la nature les avait placés, se dévouèrent à ce qu'ils appelaient l'amour de la patrie, et qui, dans le cours rapide de leur existence, semblent avoir atteint les dernières limites de la puissance humaine. En suivant la marche de l'histoire, je dois citer, avec des titres divers à la gloire, Jimius Brutus et Publicola, Mutins Scaevola et Coriolan, Valérie et Véturie, les trois cents Fabius et Cincinnatus, Camille, Décius, Fabricius et Régulus, Marcellus et Fabius, les Scipions et les Gâtons, Cornélie et ses malheureux fils, Marius et Sylla, Pompée et César, ces derniers, au point de vue seulement du génie militaire; si Ton veut faire l'éloge des bonnes intentions et de la vertu trompée, Marcus Brutus, Cicéron, Agrippa, Drusus et Germanicus; parmi les empereurs, je ne puis oublier ces amis du genre humain, Titus, le juste et bon Nerva, Theu-
reux Trajau, Tinfatigable Adrien, le bon Antonin, Sévère, Aurélien et quelques autres colonnes d'un édifice fortement ébranlé. Mais comme il n'est personne qui ne connaisse ces hommes mieux peutr-ètre que les Grecs euxmêmes, on me pardonnera de traiter simplement du caractère des Romains dans les plus beaux temps de leur histoire, en le considérant comme ime conséquence des circonstances et des époques.
Si l'on voulait réunir dans im seul mot tout ce qui s'appelle impartialité, inébranlable détermination, vigueur dans le conseil et dans l'action, soif ardente de gloire et d'honneur, •courage indomptable, que le danger ne peut émouvoir, que le malheur ne peut ébranler, que le succès laisse entier, il faudrait nommer la valeur romaine. Une lumière si éclatante entouj-e tous les rangs de cet Etat que, surtout dans notre jeunesse, alors que nous admirons les Romains dans les périodes les plus brillantes de leur histoire, nous les honorons comme des ombres grandes et héroïques, disparues d'un monde épuisé. Semblables à des géants, leurs généraux parcourent la terre à grands pas et portent dans leurs mains puissantes le sort des nations. Leur pied, qui s'arrête à peine, renverse des trônes séculaires, et d'un mot ils décident de la vie ou de la mort de myriades humaines. Cimes dangereuses, du haut desquelles ils planent I Jeux ruineux où les couronnes, l'or et le sang des nations sont la proie du hasard !
Sur ces crêtes élevées, ils marchent avec la simplicité romaine, n'ayant que des regards de mépris pour la pompe des rois barbares. Le casque est leur couronne, la cotte de mailles leur seul ornement I
Et quand j'entends leur mâle éloquence descendre de ce faîte de gloire ^t de puissance, quand j'entends le récit de leurs vertus publiques ou privées ; quand, au milieu du feu des combats ou dans le tumulte du forum, je vois César