‹ Philosophie de l'histoire de l'humanitéChapitre 27 sur 208 · LIVRE XïV. — CRÂPnW · texte numérisé non relu

LIVRE XïV. — CRÂPnW

conserver un front serein et impassible et que son âme magnanime bat pour ses ennemis qu'il épargne, grand homme, malgré tous tes vices, puisque tu ne méritas d'être monarque de Rome, aucun homme ne mérita de l'être I Et cependant César fut plus encore, il fut César. Le trône le plus élevé de la terre se para de son nom : que ne lui a-t-il aussi emprunté son génie qui l'eût animé, pendant des siècles, de l'esprit bienveillant, actif et pénétrant de César!

Mais en face de lui s'élève son ami Brutus, Tépée à la main. Bon Brutus ! ce n'est pas pour la première fois que ton méchant génie t'apparut à Sardes ou à Philippe : longtemps avant il s'était montré dans l'ombre de ta patrie, à qui tu fis le sacrifice des droits sacrés de l'amitié et de rhumanité, bien (|ue ton âme fût moins impitoyable que celles de tes rudes aïeux. L'action que tu t'imposas ne fut utile à personne, toi qui n'avais ni le vaste génie de César, ni la férocité vulgaire de Sylla, et tu fus obligé d'abandonner aux sauvages caprices d'un Antoine et d'un Octave, Rome, Rome qui n'était plus : l'un qui déposa toute la gloire de l'empire aux pieds d'une courtisane égyptienne ; l'autre qui, du fond des appartements de Livie, gouvernait, avec l'apparence d'un calme divin, le monde fatigué et endolori. Il ne te resta que ton épée, triste consolation et cependant la plus nécessaire de toutes pour un Romain en face des ruines de sa patrie.

D'où vint ce caractère de grandeur du Romain? de son éducation, souvent de l'orgueil de son nom, de sa race, de ses occupations, de la réunion du sénat, du peuple et de toutes les nations en un môme centre de souveraineté universelle: enfin le concours heureux ou malheureux de circonstances où se trouva Rome. Ainsi la gloire de l'Etat reposait non-seulement sur les nobles, mais aussi sur le peuple; non-seulement sur les hommes, mais encore sur

les femmes. Les filles de Scipion et de Caton, la veuve de Brutus, la mère et la sœur des Gracches, ne pouvaient être indignes de leurs familles; souvent même on vit de nobles romaines surpasser les hommes en prudence et en vertu. Ainsi Térencie avait plus d'héroïsme que Cicéron; Véturie, plus de grandeur d'âme que'Coriolan; Pauhne, plus de fermeté que Sénèque, Les sérails de TOrient et les ^nécées de la Grèce ne pouvaient voir naître ces vertus dont la vie publique et domestique des femmes romaines offre tant d'exemples; d'un autre côté, il faut avouer que dans les temps de corruption elles se laissèrent aller à des vices dont rhumanilé rougit. Déjà, lors de la conquête des Latins, cent soixante-dix romaines s'entendent pour empoisonner leurs maris, et lorsque leur crime est découvert, elles boivent, avec un courage héroïque, le breuvage qu'elles avaient préparé. La plimie se refuse à décrire la conduite des femmes de Rome sous les empereurs; les ténèbres les plus épaisses touchent ici à la lumière la plus vive. A côté l'une de l'autre se montrent la marâtre Livie et la fidèle Antonia-Drusus, Plancine et Agrippine-Germanicus, Messaline et Octavie.

Voulons-nous juger du mérite des Romains dans les sciences, nous devons prendre leur caractère particulier pour point.de départ, et surtout ne pas leur demander des arts grecs. Leur langue consiste dans le mélange du dialecte éolien avec presque tous les idiomes de l'Italie. Malgré tous ses efforts pour dépouiller cette forme grossière, malgré tous ses progrès, jamais elle ne put atteindre cette liberté d'allure, cette beauté, cet éclat qui distinguent la langue grecque. Brève et concise, grave et digne, elle est réellement la langue des législateurs el du souverain du monde : elle est, en tous points, un type du génie des Romains. Comme ils ne commencèrent à connaître les Orées que lorsque leur caractère et leur état politique

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