‹ Philosophie de l'histoire de l'humanitéChapitre 31 sur 208 · LIVRE XIV. — CHAPITRE V · texte numérisé non relu

LIVRE XIV. — CHAPITRE V

est de môme de l'histoire de la jurisprudence de ce peuple, histoire qui témoigne d'une prévoyante activité qui, en ddiors de l'État romain, n'aurait trouvé nulle part de quoi s'exercer et s'alimenter pendant une si longue durée de siècles. On ne peut pas faire remonter aux législateurs de l'ancienne Roine la responsabiUté des modifications et des ajoutes qui ont été faites à leur œuvre dans la suite des temps. En un mot, si. dans presque toutes les branches, la littérature romaine se trouve, vis-à-vis de la littérature grecque, dans un tel état d'infériorité, ce n'est pas seulement aux circonstances qu'il faut en attribuer la cause, mais bien plus à la nature même des Romains, qui, depuis des siècles, étaient dévorés de l'orgueilleuse ambition d'être les législateurs du monde. Cette proposition trouvera, dans la suite de cet ouvrage, une confirmation plus éclatante encore, lorsque nous verrons une nouvelle Rome naître des cendres de l'ancienne^ sous une forme bien différente, mais toujours animée de l'esprit de conquête.

En dernier lieu, il nous reste à parler de ces arts où les Romains se sont montrés au monde contemporain et à la postérité comme les maîtres de la terre et qu'ils ont cultivés avec l'aide de toutes les nations conquises et des produits de presque toutes les contrées du globe. Dès l'origine on les voit consacrer leur gloire par des monuments de triomphe, la majesté de la cité éternelle par le nombre et la grandeur de leurs édifices, en sorte que dans leur vain orgueil ils se flattaieat de l'espoir de fonder im empire qui n'aurait pas de fin. Déjà les temples qu'élevèrent Romulus et Numa, les places qu'ils établirent pour les assemblées du peuple, indiquent la prépondérance d'ime démocratie puissante et victorieuse. Bientôt après vinrent Ancus et Tarquin qui posèrent les fondements de cette architecture dont l'immensité devait devenir le cachet principal. Le roi étrusque bâtit les murs de Rome en pierres de taille. Pour

fournir de Teau à son peuple et maintenir la propreté de la ville, il éleva ces gigantesques aqueducs dont les ruines font encore aujourd'hui Tétonnement du monde, et que Rome moderne n*#st en état ni de nettoyer, ni de réparer. Ce sont les enfants du même génie, ces temples, ces galeries, ces tribunaux; ce vaste cirque qui, élevé seulement pour l'amusement du peuple, excite encore notre respect par la vue de ses ruines écroulées. Dans cette voie, qu'avaient ouverte les rois, et surtout Tarquin le Superbe, entrèrent les consuls et les édiles, les conquérants et les dictateurs, principalement Jules César et les empereurs qui le suivirent. Ainsi surgirent peu à peu ces portes, ces tours, ces théâtres, ces amphithéâtres, ces cirques, ces stades, ces arcs de triomphe, ces colonnes, ces riches tombeaux, ces mausolées, ces routes, ces aqueducs, ces palais, ces thermes, qui, non-seulement dans toute l'Italie, maîfe dans les provinces conquises, imprimèrent la trace étemelle de ces maîtres du monde. C'est à peine si l'œil peut mesurer leurs ruines colossales, c'est à peine si la pensée peut embrasser la conception de l'artiste perdue dans ces masses imposantes. Nous nous sentons plus petits encore, lorsque nous nous représentons la destination de ces édifices, les coutumes et les institutions qui les nécessitaient, le peuple à qui ils étaient consacrés, les hommes qui les ont élevés et qui souvent étaient de simples particuliers. Alors l'âme reconnaît qu'il n'y eut^ jamais qu'une Rome dans l'univers, et que depuis l'amphithéâtre de bois de Curion jusqu'au Colysée de Vespasien, depuis le temple de Jupiter Stator jusqu'au Panthéon d' Agrippa, ou jusqu'au temple de la paix ; depuis la première porte triomphale élevée au vainqueur à son retour, jusqu'aux arcs de triomphe et aux colonnes d'Auguste, de Titus, de Trajan, de Sévère : en un mot, dans toute espèce de monument, ou public, ou privé, partout on reconnaît le souffle du même génie, de

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