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CHAPITRE VI

CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES SUR l'hISTOIRE ET LA DESTINÉE DE ROME.

Une des questions sur lesquelles s'est de tout temps le plus exercée la controverse des philosophes politiques est celle de savoir si le courage a plus contribué que la fortune à la grandeur de Rome. Déjà Plutarque et nombre d'autres écrivains, tant grecs que romains, ont exposé leur manière de voir à cet égard, et dans les temps modernes, tous ceux qui ont fait de l'histoire l'objet de leurs méditations, ont résolu ce problème, chacun suivant son opinion personnelle. Plutarque, tout en étant forcé de faire une large part à la valeur romaine, laisse tout l'avantage à la fortune ; mais dans cette dissertation, comme dans ses autres écrits, il se montre comme im Grec ingénieux, agréable, .riche en ornements, plutôt que comme un penseur profond qui creuse patiemment son sujet. D'un autre côté, la plupart des Romains tombeht dans l'excès contraire en n'attribuant leurs succès qu'à leur valeur, tandis que les philosophes modernes ont iînaginé une espèce de système

politique sur lequel ils cherchent à faire reposer tout le développement de l'édifice de Rome, depuis la base jusqu'au faîte. L'histoire montre qu'aucim de ces systèmes, pris à part, n'offre de solution satisfaisante, mais que la vérité et la lumière peuvent se trouver dans leur réunion mutuelle. C'est à la valeur, à la fortime et à la politique combinées qu'on doit d'avoir vu naître cette œuvre grandiose, et dès le temps de Romulus, ces trois divinités s'unirent pour la cause de Rome. Voulons-nous, à l'exemple des anciens, appeler nature ou fortune l'enchaînement des causes et des effets : dans ce cas, c'est à la fortune également qu'ils doivent leur dureté, leur égoïsme, leur pohtique et leur duphcité. Nous n'arriverons jamais à un résultat complet, si nous ne considérons qu'un seul de ces points de vue ; si, ne voyant que les nobles quaUtés des Romains, nous oublions leurs égarements et leurs vices ; si, dans l'étude de leur caractère, nous ne tenons pas compte du concours des objets environnants; si, en admirant le génie et la fermeté qu'ils déploient pendant la guerre, nous ne faisons aucun cas des accidents qui, tant de fois, leur ont apporté un secours heureux et inespéré. Les oies qui sauvèrent le Capitole furent pour Rome des divinités protectrices aussi puissantes que le valeureux Camille, que Fabius le Temporisateur ou que son Jupiter Stator. Dans le monde physique, les forces qui agissent concurremment, et l'une sur l'autre, pour produire, pour conserver ou pour détruire, sont Hées entre elles et forment un tout indivisible ; il n'en est pas autrement dans le monde naturel de l'histoire. Ce serait un agréable exercice que de rechercher ce que Rome serait devenue sous des circonstances différentes ; si, par exemple, elle avait été transportée à Veïes, si le Capitole eût été pris par Brennus, si Alexandre eût porté la guerre en Italie, si Annibal eût conquis la ville ou si Antiochus eût suivi ses conseils. De même nous pourrions

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