CHAPITRE I
l'humanité est le but de la nature humaine, et
DIEU, en assignant CE BUT AUX HOMMES, A PLACÉ LEUR DESTINÉE ENTRE LEURS MAINS.
Toute chose qui n'est pas un instrument purement passif doit renfermer en soi-même sa propre fin. Semtlables à l'aiguille aimantée qui se dirige vers le norji, si nous étions créés pour tendre inutilement, et malgré nos étemels efiForts, à un point de perfection qui serait en dehors de nous et que nous ne pourrions atteindre, nous serions réduits à l'état de simples machines dont le sort serait autant à déplorer que celui de l'Être qui les aurait condamnées au supplice de Tantale, pour se faire un spectacle aussi cruel que contraire au caractère de la divinité. Si, pour l'excuser, on disait que ces efforts inutiles qui se produisent à vide, sans jamais pouvoir atteindre leur but, ne sont pas' sans faire quelque bien, en ce sens qu'ils maintiennent notre nature dans une continuelle activité, ce serait une pitoyable excuse qui ne prouverait pas moins l'imperfection que la cruauté de l'Être qu'elle tenterait de
justifier. Une activité qui n'atteint pas son but ne peut faire naître aucun bien, et Tacte de celui qui, par une détermination indigne de sa nature, nous aurait trompés de cette façon, serait un acte d'impuissance et de méchanceté. Heureusement, ce n'est pas la nature des choses qui nous enseigne de semblables doctrines. Si nous considérons le genre humain tel que nous le connaissons et suivant les lois qui lui sont inhérentes, nous ne parviendrons pas à trouver pour l'homme une fin supérieure à l'humanité ; car même en nous figurant ou un ange ou un Dieu, nous nous les figurons comme des êtres supérieurs à l'humanité, comme des êtres appartenant au monde idéal. Xous avons vu plus haut (1 ) que c'est pour cette fin que notre nature est évidemment organisée; que c'est pour elle aussi que nous avons reçu nos sens et nos instincts les plus délicats, notre raison, notre liberté, notre santé si faible et si durable à la fois, notre langue, nos arts, nos religions. Dans toutes les conditions, dans toutes les sociétés, l'homme n'a positivement pu ni chercher, ni se proposer un autre résultat que l'humanité, quelle que soit d'ailleurs l'idée qu'il s'en soit faite. Partant de ce principe, la nature a réglé l'ordre de la famille et des époques de la vie, de façon que, par la prolongation de l'enfance, l'éducation développât dans l'individu im premier germe d'humanité. C'est sur ce principe également qu'ont été établies les mœurs, les lois, les formes sociales de tous les peuples des points les plus opposés de la terre. Chasseur ou pêcheur, berger, laboureur ou citoyen, dans chaque état l'homme a appris à distinguer sa nourriture, à construire ime habitation pour lui et pour les siens, à confectionner des vêtements pour les deux sexes, des omeijients et à -ordonner l'économie intérieure de sa maison. Il a inventé
(1) Liv. IV.