‹ Philosophie de l'histoire de l'humanitéChapitre 41 sur 208 · LIVRE XV. — CHAPITRE I · texte numérisé non relu

LIVRE XV. — CHAPITRE I

des lois et des formes de gouvernement qui toutes avaient en vue d'assurer l'individu contre les agressions d'autrui et de lui garantir le libre exercice de ses forces et un genre de vie plus beau, plus heureux et plus indépendant. Dans ce but, les droits de la propriété furent reconnus et assurés; le travail, les arts, le commerce, les communications sociales furent facilités. On établit des châtiments pour les crimes, des récompenses pour les bonnes actions ; une foule de pratiques morales, selon les conditions et les âges, pour la vie publique et privée et même pour la religion. Enfin, on entreprit des guerres, on conclut des traités ; puis on vit s'établir une sorte de droit de la guerre et des gens, se nouer de nombreux liens d'hospitalité et de commerce, de façon que la vie de l'homme fût respectée et honorée lorsqu'il avait franchi les frontières de sa patrie. Ainsi, tout le bien que consacre l'histoire a été fait pour l'humanité; tout ce qui a été mauvais, injuste, tyrannique, a été conçu contre l'humanité; de telle sorte que dans ses institutions d'origine terrestre, l'homme ne peut imaginer d'autre fin que celle qui est en lui, c'est-à-dire dans sa nature ou forte ou faible, ou basse ou élevée, telle que Dieu la lui a donnée. Maintenant, si, dans la création entière, une chose ne nous est connue que par ses propriétés et son action, la fin de l'homme sur la terre nous est indiquée par sa nature et son histoire, comme la démonstration la plus évidente.

Reportons encore une fois nos regards sur les contrées que nous avons parcourues jusqu'ici; dans tous les établissements des peuples, depuis la Chine jusqu'à Rome, dans toutes les révolutions, dans là paix comme dans la guerre,* même dans les fautes et les égarements des nations, on voit apparaître cette grande voix de la nature : Que l'homme soit l'homme I qu'il modifie sa condition dans le sens qui lui semblera le meilleur 1 C'est pour cela que

les nations se sont emparées de leur territoire et s'y sont établies comme elles ont pu. Les rapports des deux sexes, Tordre des conditions dans TÉtat, Tesclavage, la manière de se nourrir et de se vêtir, les fêtes, les sciences, les arts, tout cela a été réglé dans le monde entier comme l'homme Ta jugé le plus à propos pour servir son intérêt particulier ou le bien général. Aussi partout trouvonsnous le genre humain en possession du droit et de la volonté de s'élever à un certain degré d'humanité dès qu'il l'a reconnue. S'il se trompe ou s'il s'arrête dans la voie de la tradition héréditaire, il doit expier ses fautes et subir les conséquences de ses erreurs. La Divinité l'a laissé libre; les seules hmites qu'elle lui ait imposées sont celles qui dépendent du temps, du lieu et de ses propres facultés. Jamais elle n'a fait de miracle pour secourir ceux qui souffraient parleur faute, toujours elle a laissé le mal sortir ses effets, afin que l'homme apprît enfin à les connaître.

Autant cette loi de la nature est simple, autant elle est digne de Dieu et féconde en conséquences pour l'espèce humaine. Si l'homme doit être ce qu'il est et devenir ce qu'il peut, devenir, la spontanéité doit être une des qualité de sa nature et aucun miracle ne doit venir le troubler dans le centre d'affections libres qu'il occupe. Toute la matière inanimée, tous les êtres vivants que guide un instinct aveugle, sont restés ce qu'ils étaient aux premiers jours de la création. Dieu fit de l'homme ime espèce de Divinité sur la terre; il déposa en lui un principe d'activité personnelle et, par l'effet de ses besoins physiques et moraux, il lui imprim£[ un mouvement qui dure depuis sa création. L'homme ne pourrait ni vivre, ni se conserver, s'il n'apprenait à faire usage de sa raison ; à peine, en effet, eût-il commencé à s'en servir, que les portes furent ouvertes aux erreurs et efux méprises; mais, d'un autre

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