LIVRE XV. — CHAPITRE I
côté, par Teffet même de ses erreurs, il apprit à faire de sa raison un meilleur usage. Plus vile il reconnut ses erreurs, plus vite il attacha d'importance à les corriger. Plus il avança dans sa carrière, plus son humanité se développa. Ou il la développera, ou il gémira pendant de longs siècles sous le poids de ses fautes.
Nous voyons également que la nature a choisi pour proclamer cette loi im théâtre aussi vaste que le lui permettait Tasile môme du genre humain. Elle a organisé rhomme avec autant de variétés qu'en pouvait compter l'espèce humaine sur notre terre. Près du singe elle plaça le nègre, et depuis lïntelligence du nègre jusqu'à l'expression la plus parfaite du génie le plus élevé, elle appela tous les peuples de tous les âges à résoudre le grand problème de l'humanité. Il n'est probablement pas une seule nation de la terre qui ait manqué absolument de ces choses de première nécessité qui indiquent le besoin et l'instinct. Pour l'amélioration de la condition de l'humanité, il se trouva des peuples plus ingénieux dans des climats plus doux. Mais comme tout ce qui est beau et harmonieux doit toujours se trouver entre deux extrêmes, les formes les plus pures de la raison et de l'humanité doivent de même trouver leur placé dans cette région moyenne. L'expérience démontre pleinement l'exactitude de cette règle, d'après la loi naturelle de cet ordre imiversel; car si leur indolence porta la plupart des nations de l'Asie à s'arrêter dans la voie du progrès et à regarder chacune des formes de la tradition comme immuables et sacrées, néanmoins elles ont toutes, surtout celles qui habitent au delà de la grande chaîne de montagnes, une excuse valable dans la vaste étendue de leur continent et dans la nature des circonstances. En somme, leurs premiers essais de culture sociale, eu égard aux temps et aux lieux, sont certainement dignes d'éloges. Encore moins peut-on mécon-
naître, les progrès qu'ont accomplis, dans leur incroyable activité, les peuples des côtes de la Méditerranée. Ils secouèrent le joug despotique des traditions et des anciennes formes de gouvernement et proclamèrent ainsi la loi suprême de la destinée humaine : tout ce qu'un peuple ou une nation voudra sérieusement pour son bien et poursuivra avec une persévérante énergie lui sera accordé par la nature, qui n'a montré comme but à ses efforts, ni les despotes, ni les traditions, mais l'humanité dans sa forme la plus pure.
Le principe de cette loi divine nous réconcilie complètement, non-seulement avec la condition présente de notre espèce sur la surface de la terre, mais encore avec les révolutions qu'elle a subies dans tous les siècles. L'humanité a été partout ce qu'elle s'est faite, ce qu'elle a pu ou voulu devenir. Tant qu'elle se trouva contente de sa condition, ou que les germes de perfectionnement déposés dans le sein des temps ne furent point arrivés à leur maturité, elle resta ce qu'elle était et rien de plus. Mais dès qu'elle fit usage des armes que son Dieu lui a confiées, c'est-à-dire de son intelligence, de ses facultés, de tous ces secours imprévus que fait naître le vent de l'occasion, elle s'éleva rapidement, aidée par l'art et le courage. N'agit-elle pas ainsi, son indolence ihontra évidemment qu'elle était peu sensible à ses malheurs ; car le sentiment profond de l'injustice, uni à la raison et à la force, est évidemment le plus puissant moyen de salut et d'affranchissement. Ainsi ce n'est pas sur la force des tyrans que le despotisme put s'appuyer, mais bien sur la faiblesse aveugle ou craintive des sujets, leur servile indolence; car il est plus facile de souffrir avec patience que de se guérir avec violence ; de là tant de nations ne firent aucun usage des droits qu'elles ont reçus de Dieu avec le don céleste de la raison.
Il n'est pas douteux, du reste, qu'en général ce qui n'a pas encore apparu sur la terre, y apparaîtra tôt ou tard ;