LIVRE XV. — CHAPITRE U
durera cette loi, à la fois si simple et si grande par laquelle tous les pouvoirs s'équilibrent et se balancent Tun l'autre, rédifice du monde restera immuable, car il repose sur une règle et une propriété divines.
Second exemple. De la même manière, lorsque notre globe s'échappa d'une masse informe pour prendre la forme d'une planète, ses éléments luttèrent entre eux jusqu'à ce que chacun eût trouvé sa place, et qu'après de longs et violents bouleversements ils aient tous contribué à établir l'harmonie dans la sphère terrestre. Le sol et l'eau, l'air et le feu, les saisons et les climats», les vents et les courants, l'atmosphère et ses phénomènes, tout fut la conséquence de la forme de la terre, de sa densité, de^son mouvement, de son plus ou moins grand éloignement du soleil. Ces innombrables volcans qui vomissaient leurs flammes par toutes les ouvertures du sol déchiré, s'éteignirent pour jamais. L'océan cessa de vomir ces flots de vitriol et d'autres matières bouillonnantes qui couvraient alors la surface des continents. Des millions de créatures périrent, qui étaient destinées à périr. Tout ce qui put se conserver, survécut, et concourt encore, après des milliers d'années, à l'harmonie universelle des choses. Les animaux sauvages ou pacifiques, carnassiers ou herbivores, les insectes, les oiseaux, les poissons, l'homme, furent appropriés les xms aux autres, ainsi que le mâle et la femelle, la naissance et la mort, la durée de la vie et ses diverses périodes, le besoin et la joie, le plaisir et la peine. Enchaînement inexplicable qui, loin de dépendre du caprice d'un moment, repose sur cette loi primitive, inhérente à la structure môme de chaque créature, c'est-à-dire sur les rapports de toutes les forces orgmiçties qui se sont conservées dans notre système solaire. Aussi longtemps que sxibsistera la loi naturelle de ce grand organisme et de ses rapports, ses conséquences subsisteront aussi et conserveront entre les
parties animées et inanimées de Tunivers cet ordre harmonieux qui n'a pu être établi, comme le démontre Tintérieur de la terre, que par la destruction d'un nombre infini d'êtres et de formes.
Comment cette loi, résultat des forces intimes de la nature, ne prévaudrait pas dans la vie de l'homme, elle qui, du sein du chaos, fait jaillir l'ordre et rétablit l'équilibre au milieu de la confusion des affaires humaines? Comment en douter? Nous portons ce principe en nous, et il doit agir conformément à sa nature. Toutes les erreurs de l'homme sont une ombre de la vérité. Toutes les passions de son cœur sont les sauvages instincts d'un pouvoir qui s'igncye et qui, suivant son essence môme, ne peut servir qu'au bien. Même les tempêtes qui soulèvent la mer, semant sur leur passage le ravage et la désolation, naissent de l'ordre harmonieux des choses et y concourent autant que le souffle des zéphirs. Qu'il me soit permis d'exposer ici quelques observations qui confirment cette douce vérité.
1 . Comme les orages de l'océan sont plus rares que les vents réguliers, de même dans l'espèce humaine c'est une loi bienfaisante de la nature que c^îix qui détruisent smU moins nombreux que cetcx qui conservent.
Dans le règne animal, une loi divine a voulu qu'il y eût moins de lions et de tigres que de brebis et de colombes. Dans l'histoire, c'est à un ordre tout aussi bienfaisant que nous devons de voir les Nabuchodonosor, les Cambyse, les Alexandre, les Sylla, les Attila, les Gengiskan paraître moins souvent que les guerriers cléments et les monarques pacifiques. Poussés par des passions déréglées qui témoignent d un désordre dans la nature, les premiers passent sur la terre comme d'effroyables météores; ou plus souvent encore, les circonstances de l'éducation, un événement imprévu, ime prétendue nécessité, les besoins cruels