‹ Philosophie de l'histoire de l'humanitéChapitre 46 sur 208 · LIVRE XV. - CHAPITRE II · texte numérisé non relu

LIVRE XV. - CHAPITRE II

d'une politique sanguinaire, font tomber sur le genre humain ces fléaux de Dieu. Cependant, s'il est vrai que la nature ne dévie pas de son cours ordinaire, lorsque dans le nombre infini des formes et des tempéraments qu'elle produit se rencontrent çà et là des hommes aux sauvages passions, des êtres faits pour détruire et non pour conserver, du moins est-il libre aux peuples de ne pas confier leurs troupeaux à des tigres, à des loups, mais de les plier au contraire à la loi de l'humanité. On ne trouve plus aujourd'hui ces troupeaux d'aurochs qui peuplaient autrefois les sombres forêts de l'Europe. Rome elle-même put à peine se procurer en Afrique le nombre de bêtes féroces' nécessaires à ses jeux. L'agriculture empiète tous les jours sur les déserts, et, avec ceux-ci, diminuent leurs sauvages habitants. Il en fut. de même pour l'espèce humaine. La violence des passions de l'homme alla en s'affaiblissant avec ses forces animales, et il devint ainsi un être plus sensible, plus humain; néanmoins il se produit encore parfois des désordres d'autant plus dangereux qu'ils sont souvent le résultat d'une faiblesse puérile, ainsi que le prouva si souvent l'exemple des despotes de Rome et de l'Orient. Mais, comme un enfant gâté est plus facile à contenir qu'un tigre avide de carnage, la nature, dont l'exemple doit nous guider, nous indique la manière d'apprivoiser ces bêtes fauves par des règles qui, placées audessus de toutes les règles, doivent se baser sur une volonté attentive et prévoyante. S'il ne se trouve plus nulle part de dragons contre lesquels pourraient combattre les géants, il n'est pas davantage besoin d'Hercules pour employer leurs forces contre les hommes. Que ne vont-ils, ces héros invincibles, poursuivre le cours de leurs jeux sanglants au pied du Caucase, dans les déserts d'Afrique, défier im nouveau minotaure ! La société dans laquelle ils vivent a le droit de détruire par elle-même

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tous les bœufs de Oéryon qui vomisseat des flamnaes. Elle souffre, mais c'est par sa faute, parce qu'dle s'est abandonnée à leur bon plaisir. Si tant de peuples ont été écrasés, c'est parce qu'ils ont négligé de s'unir contre Rome dans une cause commune pour la liberté du monde. •

2. LoL suite de Vhistoire prmce qu'avec le dévelopfemewt de la véritable AunumUi^ les êtres destrudewrs de T espèce kimmiie ont diminué depuissance et de wmibre^ et cela par ï effet d'une raison ei Svfne politique qui s'éclairent dleswênies.

Plus la raison prend d'empire sur l'homme, plus celuici s'aperçoit qu'il est une autre gloire, plus pure et jdtos vraie, que la gloire sanglante des tyrans, et que, s'il est plus difficile, il est plus noble aussi de cultiver un pajs que de le ravager, de fonder une cité que de la renverser. L'Égyptien actif, le Grec intelligent, le Phénicien indus* trieux ont, non-seulement joué im plus beau rôle dans l'histoire, mais leur vie a été plus heureuse et surtout plus utile que celle des Perses, des Romains, des Carthaginois, par leurs déprédations, leurs conquêtes ou leur avance. Le souvenir des uns vit encore avec gloire et son action ira toujours croissant, tandis que la haineuse puissance des autres ne réussit qu'à en faire un peuple misérable, assis au milieu des ruines, dans l'oisiveté et la corruption. Tel fut le sort des Assyriens, des Babyloniens, des Perses, des Romains; les Grecs également eurent plus à souffrir de leurs propres discordes que des coups de leurs ennemis. Or, comme ces principes ressortent de l'ordre môme delà nature; que, loin de se produire comme des cas isolés de l'histoire, comme des phénomènes inattendus, ils naissent et dépendent d'eux-mêmes, c'est-à-dire des conditions de la force et de la faiblesse, des suites de la conquête, de l'incurie ou de l'orgueil ; comme ils reposent sur les lois d'un équilibre détruit et qu'ils tiennent dans

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