‹ Philosophie de l'histoire de l'humanitéChapitre 47 sur 208 · LIVRE XV. — CHAPITRE II · texte numérisé non relu

LIVRE XV. — CHAPITRE II

rétemité au cours immuable des choses, serait-U possible de douter que cette loi naturelle ne soit aussi imiversellement répandue qu'une autre et qu'elle n'agisse sur la pensée aussi puissamment. qu'une vérité primitive? Tout ce qui peut s'élever à une certitude mathématique ou à la hauteur d'un calcul politique doit tôt ou tard être reconnu pour vrai ; car personne jusqu'ici n'a songé à mettre en doute l'exactitude de la table de Pythagore ou des propositions d'Euclide.

Et même notre histoire, quoique si courte encore, prouve déjà qu'à mesure que se répandent les lumières parmi les peuples, les sauvages ennemis de l'humanité diminuent dans la môme proportion. Depuis la chute de Rome, on n'a Yu aucune nation civilisée baser son existence entière sur la guerre et les conquêtes; car les peuples les plus redoutables au moyen âge étaient sauvages et grossiers. Comme la culture commença à être en honneur chez eux et qu'ils s'attachèrent à la propriété, peu à peu le génie plus paisible de l'industrie, de l'agriculture, du commerce et des sciences s'introduisit parmi eux, souvent à leur insu, quelquefois môme contre leur gré. On apprit à jouir sans détruire, parce qu'on sentait que ce qu'on détruisait était perdu pour soi comme pour les autres. Ainsi la nature môme des choses établit entre les peuples un pacifique équilibre, parce qu'après de longs siècles de querelles ils reconnurent enfin tous que, pour atteindre le but qu'ils cherchaient, ils devaient unir leurs efforts communs et leurs volontés. Le commerce lui-môme, qui semble si égoïste et si exclusif, n'a pas pu prendre d'autre voie, car c'est une loi de la nature contre lacjuelle sont impuissants tous les préjugés et toutes les passions. Les nations commerçantes de l'Europe se plaignent aujourd'hui, et se plaindront bien davantage encore, que l'envie et la superstition cherchent à les détruire. Plus l'empire de la raison

^ PHILOSOPHIE DE LfllSTOIRE.

«era étendu, plus l'art de la navigation perdra l'esprit de conquête qui l'animait et servira l'industrie, qui a pour base la justice, la confiance mutuelle, une noble émulation dans les arts et les sciences, en un mot, l'humanité et ses lois étemelles.

Notre âme tressaille d'un indicible joie, lorsque nous respirons ce parfum de. vertu qui s'élève des lois de la nature humaine et qui, par sa propre force, enveloppe les hommes comme d'un nuage, malgré leurs volontés. Ne pouvant ôter à l'homme la faculté de se tromper, Dieu a voulu que les fautes finissent par se montrer comme telles pour détromper les créatures raisonnables. Jamais en Europe un roi, jouissant de sa raison, ne voudra suivre l'exemple des rois de Perse ou de ceux de Rome dans la manière de gouverner ses provinces. S'il n'est pas guidé par l'amour de l'humanité, il le sera au moins par une plus sage appréciation des choses, aujourd'hui que les calculs politiques sont plus faciles, plus rapides et, par conséquent, plus certains. Un insensé pourrait seul songer à élever de nos jours- de nouvelles pyramides d'Egypte; et celui qui concevrait seulement l'idée d'une pareille entreprise deviendrait la fable du monde, sinon par pitié pour son peuple, au moins par des considérations d'économie sociale. Nous ne souffrons plus les jeux sanglants des gladiateurs, ni les combats contre les bêtes féroces : l'humanité ne se livre plus à ces sauvages amusements de sa jeunesse, depuis qu'elle a compris que la joie extravagante qu'ils procurent coûte beaucoup plus qu'elle ne vaut. De même nous n'avons plus besoin, comme les Romains ou les Spartiates, d'écraser sous le joug de pauvres esclaves ou des ilotes. Dans nôtre état actuel, nous savons obtenir de créatures libres comme nous ce qu'ils ne pouvaient arracher qu'à grand frais et avec beaucoup de dangers de ces bêtes de somme humaines. Il viendca

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