‹ Philosophie de l'histoire de l'humanitéChapitre 48 sur 208 · LIVRE XV. — CHAPITRE II · texte numérisé non relu

LIVRE XV. — CHAPITRE II

môme un temps où nous regarderons la traite des nègres avec la môme indignation que Tesclavage antique, si ce n'est par humanité au moins sera-ce par calcul. En résumé, remercions la Divinité qui, avec notre faible nature, nous a donné la puissance de la raison, immortel rayon du foyer divin, dont l'essence est de disperser la nuit et de montrer les objets sous leurs formes réelles.

3<> Les progrès des arts et des découvertes donnent à Vhu-. manité d'inépuisables moyens d^ajfaidlir ou de combattre les forces qu'elle ne peut détruire.

Il est nécessaire que des tempêtes courent sur l'Océan et l'agitent, et l'auteur des choses ne pouvait, en vue du bien de l'humanité, les empêcher de se former. Mais que lui donna-t^il en retour? L'art de la navigation. Forcé par ces orages, l'homme a multiplié ses essais et il a fini par inventer le mécanisme si merveilleux et si compliqué de son vaisseau qui, non-seulement l'aide à venir à bout de la tempête, mais à profiter des vents et à fuir sur leurs ailes.

Egaré au sein des mers, à quoi eût servi au pilote d'invoquer les Tyndarides? Il découvrit donc la boussole, sou guide et chercha dans les cieux ses Tyndarides, le soleil, la lune et les étoiles. Aidé par l'art, il s'élança sur l'Océan immense et le parcourut de l'équateur au pôle.

La nature ne pouvait davantage enlever à l'homme l'élément destructeur du feu sans lui enlever son humanité même. Mais alors que fit-elle? Le feu devint entre ses mains un art multiple qui purifia les vapeurs empoisonnées et sut en tirer pour l'homme les avantages les plus nombreux.

Or, il en est des passions du cœur de l'homme comme des tempêtes de l'Océan, comme des principes destructeurs du feu. C'est par elles et avec elles que le genre humain aiguisa sa raison, essayant, inventant mille

9e PHILOSOPHIE DE L'HISTOIRE.

moyens pour les dompter, pour les faire tourner au bien universel, ainsi que le démontre toute Thistoire. Un genre humain sans passions ne Terra jamais se former sa raison: il restera éternellement confiné dans les antres des Troglodytes.

La guerre, par exemple, la guerre qui dévore les hommes, ne fut pendant des siècles qu'un aveugle instrument de dévastation et de mort. Longtemps elle fut Tapanage d'hommes aux passions déchahiées : tant que la force personnelle, Tartifice et la fraude décidèrent de tout, même dans les plus nobles natures, elle ne put entretenir que les sauvages vertus des brigands et des assassins. Telles sont les guerres de la haute antiquité, celles du moyen âge, et même de quelques époques des temps, modernes. Au milieu de cela, naquit l'art de la guerre, peut-être contre le gré des honmies ; car ceux qui le découvrirent ne songeaient pas qu'ils allaient détruire la guerre par ses fondements mêmes. Plus le génie de la guerre devint un art raisonné, compliqué par diverses inventions mécaniques, plus la force brutale et les passions individuelles perdirent de leur puissance. Changés en véritables automates que faisait mouvoir la voix de quelques chefs, les soldats ne formèrent plus qu'un seul corps, mu par une seule pensée; bientôt, du reste, le droit de guerre fut réservé aux seuls monarques, tandis que dans l'antiquité les nations guerrières étaient toujours sous les armes. Nous en trouvons la preuve dans l'exemple de la plupart des peupkis orientaux, des Grecs et des Romains. Pendant des siècles, la vie de ces derniers se passa sur les champs de bataille. La guerre des Volsques dure 106 ans, celle des Samnites 71 ans. Comme une seconde Troie, Veïes soutint un siège de dix années; et l'on sait que la guerre du Péloponèse, si cruelle et si sanglante, dura 28 ans. Au reste, 1^ pertes en hommes qui signalent ks batailles

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