‹ Philosophie de l'histoire de l'humanitéChapitre 65 sur 208 · LIVRE XVI · texte numérisé non relu

LIVRE XVI

plus frappantes. C'est là, qu'assise sur son trône étemel, elle distribue les fleuves et les saisons, elle règle les climats, les besoins, souvent même les^ destinées des peuples. Si donc nous remarquons que, par delà ces montagnes, des nations, après avoir habité, pendant des siècles ou des milliers d'années, les immenses déserts de sable et de sel de la Tartane, ou les forêts et les bruyères de l'Europe septentrionale, ont introduit dans le domaine de la civilisation grecque et romaine la plus polie, un caractère vandale, gothique, scythe, tartare, dont on retrouve encore les traces en Europe, cela ne doit ni nous étonner, ni nous porter à nous attribuer à nous-mêmes ce faux éclat de civilisation. Nous devons , au contraire , chercher , comme Renauld, à reconnaître notre image dans le miroir de la vérité; et si nous portons encore sur nous les ornements et le cHnquant de la barbarie de nos pères, ce sera pour nous xme gloire véritable de les échanger contre la culture et l'humanité, seule parure dont notre espèce puisse être fière.

Mais, avant de pénétrer dans l'intérieur de cet édifice, si connu sous le nom de République ev^^opéenne^ et qui, par ses effets, s'est signalé à l'admiration ou à la crainte de la terre entière, apprenons à connaître les peuples qui, activement ou passivement , ont contribué à élever ce temple gigantesque. Il est vrai que notre histoire du Nord compte à peine quelques pages : chez les peuples les plus connus elle ne va pas au delà des Romains, et nos données sur ces nations barbares ou nomades ressemblent à celles de l'homme 'sur sa naissance ou ses premières années. Les débris des plus anciennes se cachent au fond des montagnes, dans des contrées retirées, agrestes, inaccessibles, où quelques traces de leurs langues, de leurs traditions, de leurs mœurs, indiquent à peine leur origine. Leurs vainqueurs se sont partout emparés des territoires les plus

m PHILOSOPHIE DE L'HISTOIRE.

riches et les plus étendus, et s'ils n'eu ont pas été expulsés par d'autres, ils les possèdent encore par le droit de la guerre, légué par leurs ancêtres, et les gouvernent d'une manière plus ou moins tartare, plus ou moins équitable, suivant les règles si lentement acquises de la justice et de la politique. Adieu donc, douces cpntrées, riv^tges riants de rinde, de l'Asie, de la Grèce et de l'Italie; si jamais nous vous revoyons, ce ne sera plus que comme des conquérants du Nord.

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