RÉFLEXIONS ET CONSÉQUENCES GÉNÉRALES
Ainsi nous apparaît le tableau des peuples de TEurope, tableau aux contours vagues et confus, et dont le désordre augmenterait encore si nous en poursuivions l'image à travers les siècles qui nous sont môme le mieux connus. Il n'en est pas ainsi du Japon, de la Chine, de l'Inde, ni en général de tout pays à qui sa constitution ou sa situation assurent des limites fixes. Et cependant l'Europe, au delà des Alpes, n'est-eUe pas arrêtée par une vaste mer, en sorte qu'il semblerait que ces peuples ont pu s'adosser les ims aux autres comme des murailles vivantes? Un coup d'œil rapide sur la situation de cette partie dû monde, sur le caractère de ses peuples et sur les événements qui s'y produisirent, nous donnera d'autres résultats.
1® Jetez les regards de ce côté de l'Orient, sur cet immense plateau qui s'appelle la Tartarie asiatique, et, en lisant l'histoire des troubles et des désordres de l'Europe au moyen âge, vous pourrez redire douloureusement avec Tristaan : « C'est de là que vinrent nos malheurs. » Ce
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n'est point le moment de rechercher ici, si tous les Européens y ont demeuré, ni combien de temps ils y ont demeuré, car alors il n'y avait guère de différence entre l'Europe du Nord et la Sibérie ou la Mongolie, avec ses essaims de hordes. Ca et là erraient nonchalamment des tribus nomades, dépendant du gouvernement héréditaire des Khans, sous ses magnats tartares. D'un autre côté, comme l'Europe, de ce côté des Alpes, présente une sorte de plan incliné qui s'étend des sommets populeux de la Tartarie jusqu'aux rivages de la mer, une horde suivait l'autre, de sorte que l'Europe offrit longtemps le spectacle d*un vaste camp de Tartares. L'histoire de l'Europe continue à présenter ce triste aspect pendant plus de mille ans, les empires et les nations n'ayant aucune stabilité, aucun repos, soit habitude d'errer, soit obéissant à la pression exercée par des peuples nouveaux. Mais s'il est incontestable que dans l'ancien monde la grande chaîne de montagnes asiatiques, en se prolongeant en Europe, a établi une étonnante différence entre le cUmat et le caractère du Midi et du Nord, nous pouvons nous consoler d'habiter de ce coté des Alpes, en pensant que par les mœurs et les institutions nous appartenons à la chaîne européenne et non pas aux steppes de la Tartarie.
2<> L'Europe, surtout en comparaison de l'Asie septentrionale, est une terre tempérée^ coujfie paur une infinité de cours d^eaUy de côtes, de promontoires et de baies. Cela seul suffirait déjà pour faire pencher la balance en faveur des peuples qui l'habitent. Par la mer d'Azof et le Pont- Euxin, ils étaient voisins des colonies grecques et du plus riche commerce du monde. Toutes les nations qui s'y arrêtèrent ou qui y étabhrent le siège de leur empire, se mirent en relations avec d'autres peuples. Au reste, la Baltique fut toujours pour le Nord de l'Europe ce que la Méditerranée fut pour le Midi. Le commerce de l'ambre