LIVRE XVII. — CHAPITRE I
interminable débat entre le pouvoir spirituel et le pouvoir temporel, débat qui, pendant tant de siècles, empêcha l'Europe de prendre une forme stable et consistante.
3<^ Le chHstianisme avait %n formvlairedont on devait faire professim en entrant dans son sein par le àaptime. Quelque simple qu'il fût, il n'est pas de mots dans les lafigues humaines qui aient soulevé autant de discussions, de persécutions et de troubles que ces trois mots si innocents : le Père, le Fils et le Saint-Esprit, Plus on s'éloigna de l'esprit du christianisme, considéré comme institution active, fondé pour le bien de l'humanité, plus on se perdit en vaines spéculations au delà de la sphère de la raison humaine. On inventa les mystères, et bientôt le système entier des doctrines chrétiennes fut transformé en mystères. Lorsque les livres du Nouveau-Testament eurent été introduits dans l'Église comme canoniques, on se servit d'eux et même des livres juifs, .:juoiqu'on les lût rarement dans l'original, et que le sens primitif en eût été depuis longtemps altéré ou perdu, pour chercher à démontrer des choses que les uns et les autres avaient grand'peine à démontrer. Aussi les hérésies, les systèmes se multipliaient à l'infini, alors que pour les combattre on choisissait le plus mauvaig moyen, les assemblées et les synodes ecelésiastiqties. Combien de leurs décisions ne sontelles pas un outrage honteux à l'esprit du christianisme et au sens commim! On vit s'imir l'orgueil et l'intolérance; partout régnèrent la discorde, l'esprit départi, l'insolence et la bassesse; et, à. laûn, ce furent la force, le caprice, l'arrogance, la ruse, le mensonge ou le hasard qui, sous le nom de Saint-Esprit, furent chargés de tout décider dans l'Église pour le temps et pour l'éternité. Bientôt personne ne se crut plus en état de déterminer les articles de \. croyance que les empereurs convertis, à qui Constantin avait légué le droit inné de promulguer des
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symboles et des canons touchant le Père, le Fils et le Saint-Esprit, touchant 6(Aoo6aio( et 6(i0toiot<K, sur la nature unique ou double du Christ, sur Marie, mère de Dieu, et sur la liunière créée ou incréée qui se fit voir au baptême du Christ. Ces prétentions sans nom ei les suites qu'dles amenèrent seront un étemel stigmate de honte pour les princes byzantins et pour tous ceux qui voudraient les imiter; car, avec leur aveugle puissance, ils entretinrent et perpétuèrent des persécutions, des schismes et des révoltes qui, loin de développer le génie ou la moralité des peuples, ne firent que saper souixlement les bases de TÉgUse, de rStat et de leurs tr6nes eux-mêmes. L'histoire du premier royaume chrétien, de Tempire de Constantinople, présente un spectacle si navrant de basses trahisons et d'odieuses cruautés, que, jusqu'au moment de son effroyable chute, il doit servir d'exemple frappant à tous les royaumes polé* miques de la chrétienté.
4^ Ze christianisme avait de saintes ierUures qni^ à Vex^ action d'un petit nombre^ se composai&ity soU d^épUres de circonstances t soit de communications orales^ Avec le temps elles devinrent l'étaidard de la foi, mais bientôt aussi elles servirent de bannière à tous les partis en lutte, et on en fit l'abus le plus d'é^table pour démontrer ce qu'il semblait utile à chacun de démontrer; on ne rougit pas d'invoquer de faux évangiles, de fausses épltres, de fausses révélations et de couvrir ces manœuvres du nom des apêtres. Loin de considérer comme un péché ces fraudes pieuses, plus odieuses que le parjure puisqu'elles atteignent toute la suite des générations, on les considérait comme un acte méritoire pour l'honneur de Dieu et le salut des âmes. De là cette foule infinie d'écrits supposés des apôtres et des Pères de l'JElglise; de là ces ûctions sans nombre de martyrs, de miracles, de donations, de constitutions, de décrets, qui se glissèrent dans l'histoire