‹ Philosophie de l'histoire de l'humanitéChapitre 93 sur 208 · LIVRE XVII. — CHAPITRE I · texte numérisé non relu

LIVRE XVII. — CHAPITRE I

du cliristiaiiisme dès Tantiquité , et pendant tout le moyen âge, jusqu'à la réforme, semblables au voleur qui profite des ténèbres de la nuit pour accomj[dir son forfait. Aussi, dès qu'on avait admis ce principe abominable qu'il est permis, pour le plus grand bien de l'Église, de mentir, d'inventer des fraudes, d'écrire des impostures, on devait ne plus s'attendre à trouver la vérité historique. La parole, la mémoire, l'imagination des hommes n'avaient plus ni règles, ni entraves, à tel point que la véracité ckrétwtM aurait pu devenir proverbiale à plus juste titre que la foi grecque ou punique. Cela apparaît d'une manière d'autant plus frappante, que l'ère chrétienne s'ouvrit immédiatement après le siècle des meilleurs historiens de la Grèce et de Rome, et qu'à dater de ce moment, et pendant de longues périodes séculaires, l'histoire véritable semble presque complètement perdue. Bientôt on la voit tomber au rang des chroniques monacales des évoques et de l'Église; elle n'a plus en vue l'intérêt de l'humanité du monde ou de l'Etat, mais uniquement celui de l'Eglise, ou plutôt des ordres, des cloîtres et des sectes. Cherchant ses inspirations dans les homélies, n'ayant de croyance que celle que lui imposait son évèque, le chroniqueur considéra le monde entier comme un peuple de croyants, comme im troupeau de chrétiens.

5® Le christianisme rC avait que deux cérénumies très^ simples et tout à fait appropriées à leur objets puisqu'il n'entrait nullement dans l'intention de son fondateur d'en faire ime religion cérémoniale. Bientôt cependant, suivant la différence des contrées, des provinces et des temps, le christianisme admit dans son sein un mélange de cérémonies judaïques et payennes; ainsi, par exemple, le baptême des innocents fut changé en un exorcisme de Satan, la commémoration du départ d'un ami en la manifestation d'un Dieu, im sacrifice sans victime en un miracle pour

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la rémission des péchés, en un viatique pour l'autre mondp. Malheureusement aussi le christianisme se développa dans une époque d'ignorance, de barbarie et de mauvais goût, en .sorte que la noblesse et la véritable grandeur devaient souvent faire défaut à ses coutumes, ses édifices, ses fêtes, ses hymnes, ses prières et ses rites. Les cérémonies émigrèrent de lieux en lieux, de contrées en contrées. Ce qui, dans l'origine, était le résultat d'une ancienne tradition ou avait un sens local perdit ce, sens pçir l'effet du temps et de l'éloignement. Les liturgies chrétiennes se changèrent ainsi en un étrange mélange de pratiques juives, égyptiennes, grecques, romaines, en sorte que ce qui, dans le principe, était beau et grand, ne tarda pas à devenir plus d'une fois ridicule ou suranné. Une histoire du génie dn christianisme^ considéré dans ses fêtes, ses temples, ses rites, ses consécrations, ses compositions Httéraires, présenterait, si elle était traitée à un point de vue philosophique, l'image la plus singulière qui se soit jamais offerte au monde d'une institution qui ne devait avoir ni cérémonies, ni formes extérieures. Or, comme avec le temps cet esprit pénétra peu à peu dans la jurisprudence et dans la politique, dans les établissements domestiques, les fêtes, les spectacles, les danses, les chants, les tournois, les guerres, les armes, les triomphes, les fêtes publiques, on ne peut dire jusqu'à quel point la direction de la pensée humaine en fut longtemps faussée, et quelle marque ineffaçable la croix laissa sur le front des peuples qui la regardaient comme le symbole de leur foi. Les jnsciculi chriétiani nagèrent, pendant des siècles, dans des eaux troubles et boueuses.

6® Le Christ vécut dans h célibat et sa mère était vierge; calme et tranquUh dans sa confiance, U aimait la solitude et priait en silence» Les Orientaux, les Égyptiens surtout, naturellement portés à la contemplation, à l'isolement, à

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