‹ Philosophie de l'histoire de l'humanitéChapitre 94 sur 208 · LIVRE XVI!. — CHAPITRE L · texte numérisé non relu

LIVRE XVI!. — CHAPITRE L

une sorte d'oisiveté religieuse, allièrent principalement ridée du sacerdoce avec celle de la sainteté du célibat, et regardèrent la virginité, la solitude, la vie contemplative, comme autant d'états agréables à Dieu : déjà, en Egypte surtout, les esséniens, les thérapeutes et d'autres solitaires avaient tellement développé le goût de la retraite, les vœux, les pénitences, les jeûnes, les prières et la vie monastique, que le christianisme n'eut plus qu'à les encourager. Se prêtant aux lieux et aux temps, ce goût produisit tantôt du bien, tantôt du mal, selon les modifications qu'il subit; mais en général le mal l'emporta, surtout lorsque ce caractère devint une loi irrévocable, ou un joug servile, ou un instrument politique : il fut alors aussi funeste à la société entière qu'à ses membres en particulier. Depuis la Chine et le Thibet, jusqu'à l'Irlande, au Mexique et au Pérou, ces cloîtres de bonzes, de lamas ejt de talapoins, ces cellules de moines chrétiens et de nonnes, selon leurs ordres et leurs règles, furent le plus souvent des prisons d'État, des oubliettes religieuses, des écoles de barbarie, de vice et d'oppression, ou plutôt d'infâmes repaires de débauches et de désordres de toute espèce. Sans vouloir enlever ici à aucun ordre spirituel la reconnaissance que lui doivent l'agriculture, les sciences et l'éducation, nous ne pouvons nous empêcher de prêter l'oreille aux lugubres gémissements, aux soupirs étouffés qui s'échappent de ces sombres enceintes et d'arracher le voile qui couvre les rêves furibonds et les cabales de ces' moines en délire, rêves impossibles dans un siècle éclairé. Ils sont complètement étrangers au christianisme, car le Christ n'était pas un moine, ni Marie une nonne. Les apôtres primitifs étaient accompagnés de leurs femmes, et jamais on ne trouve chez le Christ ou chez les apôtres la moindre trace de ces visions insensées.

1^ JSnfittj comme le InU du eAristiamsme était de fonder

ntr la terre w^rofowme du ^7 et de rendre claire aux yeux des hommes Tinstabilité de toutes choses, il forma à la vérité, dans tous les temps, des âmes pures et paisibles qui ne cherchaient point les jeux du monde et faisaient le bien en présence de Dieu. Malheureusement aussi, de graves abus provoquèrent un faux enthousiasme qui, presque dès Torigine, créa une foule aveugle de martyrs et de prophètes; ils voulaient étabtir un royaume du ciel sur la terre, sans savoir où ni comment l'établir. Ils se révoltèrent ccmtre Tautorité, bris^ent les liens de la discipline politique sans pouvoir en constituer de meilleurs ; et bientôt Tenthousiasme chrétien servit de prétexte pour déguiser un v3 orgueil, des prétentions rampantes, d'im-» purs désirs, la eonvmtise, une folle ignorance. Si les Juifs éblouis et trompés avaient suivi de faux messies, les chrétiens en firent autant et s'abandonnèrent à de hardis imposteurs, ne craignant pas de flatter et de porter aux nues les décotes les plus odieux, les plus abominables tyrans, comme si l'on établissait le royaume de Dieu sur la terre en bâtissant des ^hses et en faisant des dlonations. Ainsi, Constantin, le lâche et le faible, trouva des flatteurs, et, selon les temps et les circonstances, ce langage mystique d'un fanatisme visionnaire devint celui des femmes aussi

bien que des hommes. Souvent déjà le Paraclet était apparu, souvent aussi TEsprit avait parié par la bouche d'ime femme éperdue d'amour à un amant entibtousiaste. L'histoire nous montre les discordes et les ravages que causèrent au monde chrétienles ehiëastes, les anabaptistes, les donatistes, les mantanistes, les prisciUianistes, les drcumeellions; etc.; elle nous fait voir ces .imaginations déréglées et sans frein qui affichent leur mépris pour les sciences, les institutions et les arts qu'elle^ renversait et détruisent; elle nous apprend comment une imposture manifeste, un accident ridicule, ont suffi pour ébranler des

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