PRÉFACE DE L*AUTEUR. III
compliquer, la traduction de mes idées dans une langue étrangère. Le savant traducteur était sans doute remarquablement préparé à sa tâche par ses profondes études sur la philosophie allemande; et j'ai pu, par une comparaison attentive des passages les plus difficiles dans l'original et dans la traduction, me convaincre que la perfection de la traduction réalisait, et au delà, tous mes souhaits. Pourtant cette comparaison m'a permis de mieux juger des difficultés d'une traduction que je ne l'avais fait jusque-là, surtout lorsque j'ai vu que le génie de la langue française s'opposait prèsque invinciblement à la création de mots nouveaux.
D'ailleurs, j'ai pu faire l'expérience que déjà l'original allemand, lui aussi, prêle à une série interminable de malentendus, même pour les lecteurs les plus bienveillants et les plus intelligents. Je dois m'attendre à ce que l'expression de mes idées dans une langue étrangère sera exposée à de pareilles mésaventures : d'autant plus que le public français ne connaît qu'une très-petite partie seulement de mes autres écrits, et aucun même des commentaires qu'ont publiés les partisans de mes idées pour notre commune défense.
La Philosophie de l'Inconscient n'est pas un système : elle se borne à tracer les linéaments principaux d'un système. Elle n'est pas la conclusion, mais le programme d'une vie entière de travail: pour achever l'œuvre, la santé et une longue vie seraient nécessaires. Elle n'est pas le produit de la réflexion et de la maturité, mais Tessai téméraire d'un talent juvénile, et présente tous