‹ Philosophie de l'inconscientChapitre 4 sur 122 · IV PRÉFACE DE L'ACTEUR · texte numérisé non relu

IV PRÉFACE DE L'ACTEUR

les défauts el les qualités d'une œuvre de jeunesse. II y a maintenant dix ans que le manuscrit en a été complètement achevé, et je concevrais aujourd'hui bien des choses autrement que je ne les présentais alors. Ma tâche a consisté non pas seulement à étendre par des additions le livre d'essai de ma jeunesse; mais à mûrir et à développer les germes qu'il contenait. Celui qui comparera la première partie avec l'essai composé en 4875 sur la physiologie des centres nerveux, comprendra le sens de mes paroles.

J'ose espérer que les lecteurs de mon livre auront égard à toutes ces raisons, et voudront bien le juger avec quelque indulgence.

Edouard de Hartmann.

Berlin, décembre 187J.

L^TRODUCTION DU TRADUCTEUR

Le succès du livre dont nous offrons la traduction au public français, peut être regardé comme Tévénement philosophique le plus considérable qui se soit produit en Europe depuis dix ans. Publié pour la première fois en 1869, Fouvrape de M. de Hartmann a vu ses éditions se succéder d'année en année, sans que les préoccupations d'une guerre redoutable, sans que le tragique intérêt des événements politiques aient suspendu ou troublé le cours de cette fortune inouïe. Si M. Bûchner croit devoir tirer avantage pour le matérialisme qu'il défend des éditions nombreuses que son opuscule de Force et Matière a obtenues, combien plus la métaphysique idéaliste aurait-elle le droit de s'enorgueillir de ce retour inespéré de l'attention et de la laveur publiques., qui ne semblent pas près d'être épuisées par l'apparition de la 7' édition de la Philosophie de Vinconscient !

Depuis que la grande voix de Hegel et de Schelling avait cessé de se faire entendre, il semblait que la parole ne fût plus en Allemagne qu'aux sciences de la nature. Et la popularité tardive, mais relativement restreinte de l'éeole de Schopenhauer, était due en partie à ce qu'elle s'é-

VI INTRODUCTION DU TRADUCTEUIl.

carlail moins que les autres des méthodes et des conclusions de la science positive. Les grandes découvertes de la physique, de la zoologie, de la physiologie paraissaient exclusivement dignes de la curiosité des tètes intelligentes; et la philosophie n'était plus guère qu'une pure affaire d'érudition.

De 1850 à 1868, les beaux travaux historiques de Brandis, d'Erdmann, d'Uberweg, de Zeller, de Kuno Fischer, de Prantl, les monographies excellentes de nombreux auteurs sur les points controversés des systèmes dupasse, témoignent seuls de la persistance de l'activité philosophique, et ne s'adressent d'ailleurs qu'au public spécial et limité des universités. Sans doute, durant cette période, d'intéressantes et remarquables tentatives se produisent pour arracher les esprits aux séductions du matérialisme. De louables efforts sont Faits pour accommoder aux exigences légitimes et aux résultats incontestables de la science contemporaine soit les enseignements délaissés de Ilégel {Lettres psychologiques d'Erdmann), soit les doctrines trop oubliées de la Monadologie de Leibniz (Microcosme de Lotze), soit même l'austère dogmatisme de Fichte {Système de psychologie de Fortlage).

En dépit de ces ingénieux essais de conciliation , le divorce de la spéculation et de la science se confirmait; et» bien que de généreux esprits comme Zôllner eussent exprimé le désir de le faire cesser, les savants et les métaphysiciens continuaient de se regarder avec une mutuelle défiance, et le public s'entretenait dans la pensée que la rupture était définitive. On revenait à Kant pour lui emprunter des raisons nouvelles de renoncer à la métaphysique ; et le culte que les savants, comme Du Bois-Reymond, Helmholtz, Wundt, témoignaient pour cette grande mémoire était autant l'expression d'une incurable défiance pour la spéculation que d'une vive admiration pour la doctrine critique.

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