‹ Philosophie de l'inconscientChapitre 5 sur 122 · INTRODUCTION DU TRADUCTEUR. VU · texte numérisé non relu

INTRODUCTION DU TRADUCTEUR. VU

L'apparition du grand ouvrage de Lange, V Histoire du Matérialisme y 4866, traduisait et paraissait consacrer définitivement celte disposition des esprits. C'est sur la base d*un idéalisme critique, dégagé des contradictions de Kant et enrichi des travaux de la science contemporaine et principalement de la physiologie des sens, que devait être conclu entre la science et la philosophie un traité de paix, dont la dernière faisait naturellement tous les frais (I).

Au milieu de ce découragement ou de celle impuissance des intelligences métaphysiques, un homme de vingt-sept ans, à peine connu du public lettré par un essai sur la méthode dialectique de Hegel, vint tout à coup lancer, en i869> avec la confiante témérilé de la jeunesse, le livre qui devait secouer l'indifférence générale, enflammer la curiosilé spéculative des uns, braver le scepticisme et la raillerie des autres, provoquer enfin le réveil de l'activité métaphysique, je veux dire la philosophie de l'Inconscient.

Ce fut d'abord un étonnement universel. Puis à la surprise succédèrent, ici l'admiration, ailleurs, la critique passionnée. Ce qui est plus remarquable, c'est que l'efl'et ne se borna pas au public habituel des universités; mais que le grand public, les hommes et les femmes, dévorèrent avec un égal empressement le livre nouveau. La presse de tous les partis dut se faire l'écho de l'émotion unanime. Il est curieux de suivre dans les feuilles littéraires ou politiques du temps l'expression des sentiments et des jugemenls des difi'érents partis. Libéraux, protestants, catholiques, tous s'accordaient à louer chez le jeune auteur l'art de la composition et du style, la clarté et la franchise du langage, la verve de l'esprit, l'éclat de l'imagination, la finesse de l'observation psychologique, la pénétration et la

(I) Voir notre préface à la traduction de l'Histoire du Matérialisme do Lange, que la librairie Reinwald doit publier prochainement.

VIIÏ I>TflODUCTION DU TRADUCTEUR.

vigueur de l'argumenlation, enfin la richesse de Térudilion toul à la fois philosophique et scientifique. A ceux qui ne connaissaient que la philosophie des écoles, et pour qui le mot de métaphysique était synonyme d'abstractions à priori, de subtilités dialectiques, d'aridité scolastique, le livre nouveau révélait la possibilité et affirmait Texistence d*une philosophie toute pénétrée du soufile de la science et de la vie, a laquelle rien de la nature et de Thomme ne demeure indifférent et étranger, et qui, sans dédaigner le passé, sait être équitable et sympathique au présent. Les revues théologiques se réjouissaient de voir affirmer, sous le nom d'Inconscient, une sagesse toule-puissante qui semble bien plus se rapprocher du théisme chrétien que de la logique inflexible de l'Idée hégélienne, filles saluaient comme une manifestation providentielle le triomphe d'un pessimisme qui enseigne avec le christianisme la vanité et le néant de la vie. Les politiques radicaux étaient frappés des considérations sociales auxquelles l'auteur s'abandonne volontiers, et lui savaient gré d'insister sur le dogme de la solidarité universelle ; les libéraux constitutionnels appréciaient surtout en lui le sens de la tradition historique et les préférences monarchiques. Les feuilles purement littéraires étaient sensibles à la poésie et à la vie, répandues sur la nature entière par une philosophie qui prêle a tout l'activité et la pensée, aux boutades humoristiques, aux fines analyses qui abondent dans les chapitres de l'amour et du pessimisme.

Les principaux organes du public lettré, les revues de philosophie ou de science, ne se montraient pas moins empressés à reconnaître et à signaler les qualités du livre nouveau, bien qu'ils fussent aussi préoccupés d'en découvrir les défauts ou d'en mesurer exactement la valeur. Ce qui devait d'abord rallier leurs suffrages les plus divers, c'est que la doctrine nouvelle se donnait pour l'héritière

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