INTRODUCTION DU TRADUCTEUR. LIX
joies, pour n'être pas réelles. Et, si la nature clémente lesr ménage, les prodigue surtout aux faibles d'esprit, aux déshérités de la science et de l'art, ne faut-il pas bénir celte sollicitude maternelle? Dira-t-on que l'expérience finira par dissiper pour l'âge mûr et surtout pour la vieillesse de l'humanité les illusions dorées dont sa jeunesse avait vécu? Mais M. de Hartmann reconnaît que le vieillard n'est pas moins mené que le jeune homme par la corde de fou de l'espérance. Pourquoi n'en serait-il pas de même pour riiumanité vieillie? Comment prétendre d'ailleurs que la science aura si bien achevé son œuvre quelque jour, que l'avenir se puisse prédire avec une certitude mathématique, et qu'il n'y ait plus de place pour les hypothèses flatteuses, pour les doux mensonges de l'espérance ? Tant qu'un voile d'incertitude sera étendu sur l'avenir, il y aura toujours des natures portées à interpréter l'énigme dans le sens de leurs désirs.
D'ailleurs, dirons-nous à notre philosophe, la puissance de rinstinct sera toujoui^ plus forte pour alimenter TillusioD, que tous les ingénieux calculs de votre froide sagesse pour la détruire. Et ne reconnaissez-vous pas vous-même quelle haute félicité est attachée aux satisfactions de l'instinct? En vain, vous vous évertuez à mettre en lumière les déceptions des amants, des époux, des parents. L'instinct vit surtout du présent; et les maux qu'il prévoit pour l'avenir n'enlèvent rien à l'énergie de ses jouissances actuelles. Les sacrifices mêmes qu'il s'impose sont comme ceux de l'amour : plus ils sont grands, plus est profond le bonheur qui en découle.
Est-ce que le cœur d'une mère, ou la conscience de l'homme de bien, ou l'enthousiasme de l'artiste et celui du savant, ont besoin de s'alimenter et d'être soutenus par autre chose que par le contentement qu'ils puisent en euxmêmes? Les stoïciens et toutes les âmes vraiment ver-