INTRODUCTION DU TRADUCTEUR. LXI
Si le monde est mauvais, et rinconscient impuissant, d'où vient la confiance de M. de Hartmann dans la vertu libératrice de Tldée et dans la défaite du mauvais principe? Pourquoi, s'il n'hésite pas, malgré les misères de la réalité, à confesser sa confiance dans la victoire du bon principe, n'a-t-il pas en lui une foi assez vive pour en attendre la félicité et la perfection finales? Après tout, la foi dans la délivrance ne repose chez le pessimiste, comme la foi de l'optimiste dans la félicité future, que sur une espérance à priori. Espérance pour espérance, nous préférons sans hésiter celle du sage optimiste, qui, même dans le présent, ne voit pas que la somme des maux l'emporte si démesurément sur celle des biens; qui, ne croyant
.4 , ., ^^ .- ,^ nrinudire le présent, se ffarde bien plus
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encore de desespciv. . * avenir; qui, en un mot, pratique
la fière devise : Fais ce que dois, advienne que pourra, et
se consolerait au besoin de l'impuissance de la nature et
de la stérilité de ses efforts par la fière conscience qu'il
vaut mieux que sa destinée.
En résumé, nous répéterons avec Aristote et Leibniz
que la perfection et la félicité s'accompagnent toujours (1);
que le degré de l'une mesure celui de l'autre; et que
chaque être a la félicité que sa nature ou sa perfection
remporte. Il n'est pas vrai que les plus pauvres des biens
de la vie ou de la pensée soient les plus heureux; et que,
le bonheur, comme le soutient M. de Hartmann, soit en
raison inverse de la perfection. Ne pourrait-on pas ajouter
que la somme de l'action étant invariable dans l'univers,
comme Kant rétablit dans son Traité des forces vives (2),
et le plaisir résultant de l'action, la somme du plaisir doit
(I) Lire radmirablc opuscule de Leibniz Von der Glûckseligkeit. (Éd^. Krdmann, 671.)
(t) Voir notre livre sur la Critique de Kant et la métaphysique de LeibnU, p. 105.