LXII INTRODUCTION DU TRADUCTEUR
demeurer toujours la même dans l'univers? Mais ce sont là des considérations qui demanderaient de longs développements, et que nous nous contenterons de livrer aux méditations du lecteur.
La théologie de M. de Hartmann n'appelle pas moins la critique que sa téléologie, bien qu'elle contienne aussi de précieuses vérités.
Son Dieu , l'Idée inconsciente , a la clairvoyance parfaite, et la sagesse infinie. Nous -avons vu qu'il jouait le rôle de véritable providence, inter>'enant par des actions particulières aussi bien que par des lois générales dans le cours des événements, dans la vie des individus. Pourquoi tenir tant à l'opposer au Dieu du théisme, dont il parait bien avoir presque tous les attributs? Cet Inconscient n'est même pas étranger absolument à la conscience, puis qu'il a conscience de la souffrance universelle : bien qu(? la conscience ait été définie par l'auteur comme résultant en partie de processus nerveux. M. de Hartmann a tellement le sentiment des contradictions de son concept du Divin, qu'il déclare lui-même qu'il vaut mieux l'appeler supraconscient qu'inconscient. Ce que veut au fond M. de Hartmann, comme l'école hégélienne, c'est que l'on ne prête pas à Dieu une conscience au sens humain, une ^conscience de soi, laquelle supposerait qu'il s'opposât un non-moi : or le panthéisme ne permet pas d'admettre une pareille distinction dans l'Absolu. Le Dieu de M. de Hartmann, ainsi que celui de Hegel, pense donc : mais, comme disait Spinoza, il y a entre la pensée divine et la pensée humaine une différence aussi grande qu'entre le chien, signe céleste, et le chien animal terrestre. M. de Hartmann fait très-habilement le procès à la théologie qui conçoit Dieu à l'image de l'homme, et semble prendre à lâche de justifier le mot de Voltaire : t Depuis que Dieu a fait