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kmajçne, pour désigner le panthéisme nouveau qu'ils essaient de substituer au panthéisme idéaliste de leurs prédécesseurs ; panthéisme qui doit mieux que le précédent réaliser la conciliation de la science et de la spéculation. — Le pessimisme de notre auteur n'est, avec certaines modifications, que celui même de Schopenhauer — Enfin, faut-il rappeler tout ce que M. de Hartmann doit aux découvertes des physiciens et des naturalistes de notre temps?
Mais c'est là justement ce qui fait l'intéi^êt et le prix inestimable de ce livre, que cette abondance d'informations^ que ces emprunts multipliés à toutes les sciences du présent et aux doctrines du passé, que cet emploi industrieux des résultats de l'expérience et des données de l'histoire.
La philosophie n'est jamais que la synthèse des connaissances humaines. Suivant le beau mot de Platon, le philosophe est «ruvoTTTixo; ; il embrassc les choses dans leurs rapports et aspire à ressaisir l'unité du tout. Mais, tandis que l'idéaliste, trop exclusivement préoccupé ou trop pressé de reconstruire l'unité des choses, croit pouvoir atteindre le général, les lois, les rapports, sans donner une attention sérieuse, sans s'arrêter au particulier, aux faits; tandis que l'empiriste s'oublie dans les détails, s'égare et s'épuise dans l'analyse des phénomènes, et ne songe plus ou renonce à s'élever à des vues d'ensemble, le vrai philosophe, comme un Leibniz, comme un Kant, ne dédaigne ni les faits, ni les principes, ne sacrifie ni le particulier au général, ni la fonne à la matière. La vérité et la beauté d'un système sont pour lui, comme celles de Tœuvre d'art, dans l'union de l'idéal et du réel.
C'est ail lecteur à juger si M. de Hartmann a mieux réussi que ses devanciei's à opérer cette conciliation de rexpérience et de la spéculation, qu'il affirme comme son
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principal dessein dans l'épigramme même de son livre. A coup sûr, on ne lui refusera pas d'y avoir énergiquement travaillé. Les additions de la T édition, ses études de philosophie naturelle (1), postérieures aux premières éditions de son grand ouvrage, montrent avec quel soin il s'est tenu au courant de toutes les nouveautés scientifiques. On a pu voir, d'un autre côté, par les rapides indications biographiques de notre introduction, combien, avant d'écrire son livre, M. de Hartmann s'était nourri des enseignements des sciences physiques et naturelles. Si sa téléologie sur bien des points paraît alarmante aux défenseurs jaloux des droits de l'expérience, n'oublions pas, comme nous avons essayé de le démontrer, que M. de Hartmann s'incline devant les droits absolus du mécanisme dans l'explication scientifique des phénomènes; et que sa véritable pensée sur ce point n'a pu être voilée ou compromise dans son livre que par les erreurs de détail ou les inexactitudes de l'expression. C'est sur un malentendu plutôt que sur une opposition irréconciliable que reposent, selon lui, les mutuelles accusations que se lancent les philosophes et les savants.
En tout cas, M. de Hartmonn a le mérite d'avoir tenté de fondre, avec les principes essentiels du monisme idéaliste, une philosophie de la nature plus vraie que celle des philosophes antérieurs. Il montre très-bien, dans la dernière série des Etudes et Essais^ que la physique à priori est ce qui a le plus vieilli des doctrines de l'idéalisme de Hegel et de Schelling; et que le discrédit où elle est tombée a rejailli sur le reste du système. Il a voulu écrire cette
philosophie de la nature plus vraie; et incontestablement, il a déployé dans ce but une véritable puissance de dialectique et une incroyable richesse d'érudition. Il n'était pos-
(I) Voir la troisième partie de ses Sludien und Auf$at%e (Berlin, Duncker, 1876), et son Eisai mur le Darwinwne, qui vient de paraître ches Gernier- BailUère.
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sîble de sauver ridéalisme hégélien qu'en montrant que ses principes peuvent s'accommoder des récentes découvertes des sciences, et ne sont nullement liés à la fortune de ses conceptions physiques. Il fallait établir que ni la théorie de Hayer et de Joule sur la conservation de l'énergie, ni les données de l'analyse spectrale, ni les conceptions de la chimie atomique, ni les travaux de la physiologie récente ou ceux de la psycho-physique, ni les principes essentiels du darwinisme, etc., ne sont incompatibles avec les vérités fondamentales de l'idéalisme. Il était urgent enfin de prouver que, si la philosophie de la nature de Hegel et de Schelling est inacceptable aujourd'hui, tout comme le serait celle de Leibniz ou de Kant, les principes de l'idéalisme commun, dont se sont inspirés ces grands penseurs, n'ont rien perdu, mais au contraire ont beaucoup gagné aux découvertes récentes. C'est ce que Volkelt entend trèsbien et démontre supérieurement dans son livre : V Inconscient et le Pessimisme. A travers les nombreuses critiques de détail qu^il adresse à M. de Hartmann, il affirme que la Philosophie de l'Inconscient a communiqué une vie nouvelle à l'hégélianisme.
Hais rappelons surtout l'idée maîtresse de notre philosophe : et n'est-ce pas assez d'une idée pour faire la fortune d'une doctrine !
Sans doute ceux qui sont familiers avec les conceptions de l'hégélianisme ne verront pas une conquête nouvelle dans la doctrine d'un Inconscient absolu, laquelle n'exprime au fond, comme celle de Hegel, que l'action d'une logique immanente et supra-consciente au sein de la nature. Mais avoir, sinon le premier appelé l'attention, du moins insisté plus qu'on ne l'avait jamais fait sur l'existence d'un Inconscient relatif dans le monde des corps, comme dans celui des esprits ; en avoir suivi les manifestations variées dans tous les processus de la vie organique; avoir établi,
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par l'analyse des facultés spirituelles, que l'activité consciente de la pensée repose au fond et toujours sur une activité inconsciente; avoir mis en lumière le rôle et le prix de cette dernière par opposition à la philosophie de la réflexion, trop disposée, comme celle (le Kanl ou des dialecticiens, à exalter la vertu de la pensée discursive; avoir montré que le phénomène vulgaire et si fréquent de l'association des idées, que nos sentiments, nos perceptions, nos jugements, nos résolutions de chaque jour, comme les inspirations les plus hautes et les plus rares du génie ou de la vertu, que toute notre vie psychologique en un mot est dans la dépendance de cette activité sourde, mystérieuse de l'Inconscient : n'est-ce pas avoir ouvert à l'observation de la nature des voies nouvelles, à la poésie des sources plus profondes, n'est-ce pas avoir renouvelé et agrandi noire science de la vie et de l'esprit?
A côté de ces mérites divers, l'ouvrage de M. de Hartmann en présente un dernier sur lequel nous ne saurions trop insister, et qui le recommande à l'étude des Iccteui's français. C'est la première fois, croyons-nous, que les conceptions originaires de la métaphysique allemande se présentent sous une forme accessible à tous, dégagées du voile desréticences officielles ou des formules scolastiques. Môme à ce point de vue, la philosophie de Schopenhauer, dont les livres sont à coup sûr des modèles d'exposition philosophique et dont le style l'emporte même par la perfection de la forme sur celui de son illustre continuateur, s'adresse encore à un public d'initiés et suppose l'étude approfondie des doctrines antérieures. L'ouvrage de M. de Hartmann jse passe plus aisément de ces connaissances préliminaires. C'est ce qui explique son succès et presque sa popularité, en dehors des universités.
Les mêmes raisons le recommanderont à coup sûr parmi nous. Grâce à M. de Hartmann, le lecteur français saura