‹ Philosophie de l'inconscientChapitre 56 sur 122 · INTRODUCTION DU TRADUCTEUR LXXI · texte numérisé non relu

INTRODUCTION DU TRADUCTEUR LXXI

désormais quelle opposition au juste sépare l'idéalisrae de rAllemagne du spiritualisme cartésien ou leibnizien : et peut-être trouvera-t-il qu'entre les deux métaphysiques l'opposition n'est pas aussi absolue, sur bien des points, qu'il semblerait au premier abord.

Les qualités de notre esprit national ne peuvent que gagner d'ailleurs au contraste des qualités différentes du génie étranger. Notre sens pratique et notre bon sens un peu sceptique se sentiront sans doute affermis par le spectacle des paradoxes ou des témérités d'une spéculation sans frein. Mais nous apprendrons aussi que ni la vie ni l'esprit ne sont choses aussi simples que l'ironie charmante mais un peu superficielle d'un Voltaire réussit trop aisément à nous le persuader; et que l'impuissance ou la médiocrité de l'esprit s'accusent aussi bien par le dédain de la métaphysique que par l'abus qu'on en fait.

En tout cas, il nous a semblé que c'était servir la cause de la philosophie frapçaise, que d'ouvrir aux penseurs de notre pays une source nouvelle d'inspirations, de méditations, de discussions.

Notre esprit et qotre philosophie ont besoin de se renouveler au cx>ntact des nations voisines. L'Angleterre commence à nous être familière; il ne faut pas que l'Allemagne nous soit moins bien connue. Dans les choses de la pensée comme dans celles de la politique, pour les philosophes comme pour les peuples, l'isolement est toujours un danger.

D. NOLEN.

Paris, ti octobre 1876.

OBSERVATIONS GENERALES PREUMLNAIRES a. — Objet du livre.

€ Avoir des idées et pourtant n'en avoir pas conscience, cela parait contradictoire : comment pouvons-nous savoir que nous les avons^ si notre conscience ne nous en dit rien? — Nous pouvons cependant connaître indirectement, que nous avons une idée, bien que nous n'en ayons pas une conscience immédiate. » (Kant, Anthropologiej § 5. c Des idées que nous avons, sans en avoir conscience. >) Ces paroles si claires d'un penseur aussi clair que le grand philosophe de Kœnigsberg, indiquen le point de départ de nos recherches et le champ que nous avons à parcourir.

Le domaine de la conscience est comme un coteau planté de vignes, que la charrue a labouré dans toutes les directions : le public est déjà presque excédé de voir ce travail se continuer sans fin. On n'a pourtant pas encore trouvé le trésor que l'on cherche : bien que de riches récoltes, qu'on n'espérait p^s, aient été tirées de ce sol tant travaillé. Il

était naturel que la curiosité philosophique s'appliquât d'abord aux données immédiates de la conscience. Ne serait-il pas tentant aujourd'hui, si l'on songe à la nouveauté de l'entreprise, et aux riches découvertes qu'elle promet, de chercher le trésor, l'or caché dans les profondeurs de la montagne, dans les nobles filons du roc sur lequel elle repose, et non dans la couche superficielle du terrain végétal? II faudra sans doute perforer, tailler, se donner beaucoup de peine, avant d'atteindre les filons d'or; le minerai devra être longtemps travaillé, avant qu'on ait extrait le trésor qu'il contient. — Que celui qui ne redoute pas la fatigue se mette à ma suite : le travail n'est-il pas déjà par lui-même la plus haute jouissance !

La notion ^ d'idée inconsciente », parait assurément paradoxale au bon sens : pourtant, comme Kant le remarque lui-même, elle n'est contradictoire qu'en apparence. Si nous ne connaissons que ce que la conscience nous apprend, si nous ne pouvons rien savoir de ce qu'elle ne nous dit pas, quel droit avons-nous d'affirmer que les idées,, dont l'exislence nous est attestée par la conscience, ne pourraient pas aussi exister en dehors de la conscience? Nous devrions dans ce cas n'affirmer ni l'existence ni la non-existence, et par suite ne nous en tenir a l'hypothèse de la non-existence qu'autant que nous n'aurions pas été autorisés par quelque autre raison à soutenir positivement l'existence : et telle est la façon de penser qui a dominé jusqu'ici généralement. Cependant, plus la philosophie s*éloignait du point de vue auquel se place le dogmatisme instinctif de la sensibilité et de l'entendement, plus elle apprenait à regarder comme une certitude indirecte au suprême degré tout ce qu'elle avait considéré jusque-là comme une certitude immédiatement fournie par la conscience, plus d'un autre côté la démonstration indirecte de l'existence des choses acquérait d'importance. Il arriva nécessairement que çà et là des têtes pensantes trahirent le besoin de recourir à l'existence d'idées inconscientes comme à la seule cause capable d'expliquer certains phénomènes

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