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L'UNION DE LA VOLONTÉ ET DE L'IDÉE

passé; un nouveau présent lui a succédé, qui, par rapport au moment précédent, représente encore le moment futur. Le moment précédent, c'est le moment du vouloir; c'est donc un état futur que l'on veut transformer en un état présent. Cet état futur doit être contenu dans le vouloir comme le contraire de l'état présent; il donne au vouloir la fin ou le but, sans lequel le vouloir serait inintelligible. Mais puisque cet état futur, c'est-à-dire un état qui n'est pas actuel, ne peut être contenu comme une réalité dans l'acte présent du vouloir, et doit y être pourtant contenu, pour que ce dernier soit possible, il se trouve nécessairement en. lui d'une manière idéale, c'est-à-dire comme une idée. L'idéal est absolument la même chose que le réel, si ce n'est qu'il manque de réalité; et la réalité, à son tour, est dans les choses le seul élément que la pensée ne puisse créer en elles, par conséquent ce qui dépasse le contenu idéal des choses. (V. Œuv, de Schelling, première partie,vol. Ifl, p. 364, lignes 13-14.) L'état présent, pris comme une réalité positive, ne peut devenir le point de départ de la volonté, qu'autant qu'il s'unit à l'idée dans le sens le plus large de ce mot. Nous avons ainsi dans la volonté deux idées : celle d'un état présent comme point de départ; celle d'un état futur comme point d'arrivée ou comme but. La première se manifeste comme l'idée d'une réalité présente; la seconde comme l'idée d'une réalité à produire. La volonté est l'effort pour créer cette réalité, ou l'efibrt pour passer de l'état représenté par la première idée à l'état représenté par la seconde. Cet effort en lui-même se dérobe à toute analyse, à toute définition : notre pensée, en effet, ne se meut qu'au milieu des idées, et l'effort est en soi quelque chose de tout à fait différent de l'idée. Tout ce qu'on peut dire de lui, c'est qu'il est la cause immédiate du changement. Cet effort est la forme vide, partout semblable à elle-même, du vouloir; et cette forme se laisse indifféremment remplir par les idées les plus diverses. Toute forme vide n'est qu'une abstraction sans autre réalité que celle qu'elle doit à son contenu; on en peut dire autant de la forme vide de l'ef-

fort. Le vouloir n'existe ou n'a de réalité que par le rapport qu'il établit entre l'idée de l'état présent et celle de l'état futur. Supprimez le concept de cette relation, qui constitue justement son essence, vous le dépouillez de la réalité, de l'existence. Il n'y a pas en réalité de vouloir pur, qui n'ait ceci ou cela pour objet. Une volonté qui ne veut rien n'existe pas réellement. C'est à son contenu déterminé que la volonté doit la possibilité de l'existence; et" ce contenu (qu'il ne faut pas confondre avec le motif) est l'idée, comme nous l'avons vu. D'où cette conclusion : pas de vouloir sans idée, suivant le mot d'Aristote {de Anim.j 111, 10, ÂSS b,

27) I opexrtTAv 8î ovx ovsv ^«vrao'îoeç.

H faut ici prévenir un malentendu. Je ne dis pas que, partout où une chose est contenue dans une autre, sans y être contenue comme une réalité, elle doit s'y trouver à titre de contenu idéal. Ce serait au fond retourner, contrairement à la logique, la proposition incontestable que l'idéal est identique au réel, moins la réalité. J'ai déjà fait voir que j'étais très-éloigné de commettre une telle faute. X'aije pas cherché à expliquer la mémoire et le caractère par les dispositions latentes du cerveau à certains états détermines des vibrations moléculaires? N'ai-je pas présenté le vouloir comme la manifestation actuelle de la puissance, c'est-à-dire de la volonté? Les dispositions cérébrales sont certains états de la matière en repos (comme les rapports de situation des atomes) : on peut bien les regarder comme constituant la réalité d'une idée, dont la compréhension renfermerait implicitement certains étals futurs; mais ils n'ont rien eux-mêmes d'un état idéal. (V. Essais de phil, gén,, n" 2, p. 35-37.) La volonté, au contraire (la puissance du vouloir, vcux-je dire), n'est que le pouvoir formel de réaliser quelque chose d'une manière générale, sans aucun contenu déterminé. Le vouloir, dépouillé de son contenu, a sa possibilité dans la puissance qui le comprend à l'avance; mais il ne représente que le côté purement formel de l'acte déterminé delà volonté. Le contenu lui-même de cet acte volontaire ne peut êlrc conçu que comme repré-

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