L'UNION DE IX VOLONTÉ ET DE LIDÊE
un rien, si la volonté en effet n'a d'autre antécédent que le néant; mais nous n'avons pas dans les faits empiriques à nous occuper d'un cas semblable. Pour nous, le point de départ de la volonté est toujours la sensation positive d'un élat présent. Tout vouloir inconscient, qui existe en réalité, doit être uni à une idée; d'après l'analyse précédente, il n'y a pas d'autre moyen de discerner un vouloir conscient ou inconscient d'un autre. La sensation positive de l'état présent devra même, dans le vouloir inconscient, cire perçue par la conscience du centre nerveux auquel le vouloir se rapporte; car toute sensation, réellement excitée par la matière, doit être perçue par la conscience. Mais le vouloir inconscient demeure naturellement étranger à la conscience du but ou de l'objet qu'il poursuit. De même à tout vouloir réel des centres nerveux inférieurs est associée une idée; et, suivant la nature de la volonté qui agit, une idée inconsciente relativement au cerveau ou absolument inconsciente. Si la volonté, qui réside dans les ganglions, veut imprimer une contraction déterminée aux muscles du cœur, il faut qu'elle contienne en soi l'idée de cette contraction, aulrement elle contracterait toute autre chose, mais à coup sur pas le muscle du cœur. L'idée de ce mouvement est certainement ignorée du cerveau; mais sans doute le ganglion en a conscience. La contraction en question ne peut s'opérer qu'autant.que, comme nous l'avons vu dans le second chapitre, où il était question des mouvements provoqués par la volonté cérébrale, une volonté apparaît dans le ganglion capable d'exciter les racines correspondantes des nerfs moteurs. Mais il faut pour cela que l'idée de la position de ces racines nerveuses soit présente au ganglion. Cette idée, comme l'idée inconsciente que le cerveau possède de la place occupée par les racines des nerfs moteurs, doit être regardée comme absolument inconsciente pour le ganglion. Ainsi que ces idées elles-mêmes, la volonté de contracter le muscle du cœur sera considérée comme inconsciente relativement au cerveau, tandis que la volonté qui doit assurer la réalisation de la première, en excitant les
racines correspondantes au mouvement du muscle cardiaque, sera regardée comme absolument inconsciente.
Nous avons vu que le vouloir est une forme vide qui a son contenu dans l'idée et doit à ce contenu toute sa réalité; que cette forme est quelque chose en soi d'entièrement différent de Tidée, qui ne peut être déterminé par une définition parce qu'il est seul de son espèce. C'est ce prin» cipe indéfinissable, en effet, qui, sans être encore réel par lui-même, fait, par son acte, que l'idéal devient l'actuel ou le réel. Le vouloir est ainsi la forme de la causalité par laquelle l'idéal engendre le réel : activité pure, il n'est que l'acte par lequel la volonté sort d'elle-même, tandis que l'idée reste inviolablement renfermée en elle-même. Si la causalité, qui agit au dehors et sort d'elle-même, fait toute la différence formelle de la volonté et de l'idée, celle-ci, que son essence condamne à demeurer en elle-même, ne saurait donc se passer de l'action extérieure de la causalité. Autrement la différence marquée s'évanouirait de nouveau. Le vouloir est toujours uni à l'idée. Si l'idée avait le pouvoir d'agir au dehors, toute différence s'effacerait entre la volonté et l'idée. Nous retrouverions au sein de chacune d'elles les deux éléments différents, et nous aurions à les définir de nouveau. JS'ous nous en tenons pour distinguer ces deux éléments, naturellement opposés, aux mots volonté et idée; et nous admettons qu'ils sont intimement associés (mais non pas identiques), partout où nous les trouvons à la fois. Nous avons déjà démontré cela pour la volonté. 11 reste que nous reconnaissions partout à l'avenir la volonté dans l'idée, là où l'idée agit au dehors. C'est ce qu'Aristole a déjà exprimé {de An. 111,10. 433. di, 9) : mû h focnatrii Si, OTov xtv^, oj xiv£t aveu ô/3s|ewç, c'cst-à-dire « l'idée, quand elle agit au dehors, n'agit pas sans la volonté ».
Nous avons vu précédemment que les disciples rigoureux de Schopenhauer reconnaissent bien, à un certain point de vue, la volonté inconsciente, mais n'admettent pas la nécessité de lui chercher un contenu dans la représentation ou l'idée inconsciente. Les disciples de Hegel et de Herbart