‹ Philosophie de l'inconscientChapitre 67 sur 122 · L*1NC0NSCIENT DANS LE CARACTÈRE ET LA MORALITÉ · texte numérisé non relu

L*1NC0NSCIENT DANS LE CARACTÈRE ET LA MORALITÉ

I^ volonté ne manifeste jamais son action, sans être excitée par une cause, sans avoir un motif. La volonté de rindividu n'est d'abord qu'un être en puissance, qu'une force latente; elle ne passe à l'action extérieure, elle ne prend une détermination spéciale, que si elle en trouve une raison suffisante dans le motif, qui prend toujours la forme d'une idée. Je suppose ces principes établis par la psychologie. Le vouloir ne diffère que par l'intensité : toutes les variétés apparentes qu'il présente se rapportent à son contenu, c'est-à-dire aux idées de ce que l'on veut; et ce contenu est en corrélation, à son tour, avec les motifs. Les distinctions que l'on établit d'ordinaire entre les principaux objets de la volonté humaine (les plaisirs des sens, la fortune, et l'argent, la louange, l'honneur et la gloire, les joies de. l'amour, les jouissances de l'art et de la production artistique, celles de la science, etc.), correspondent à autant de directions différentes de la volonté (de penchants), comme les appétits sensuels, le désir de la propriété, la cupidité, la vanité, l'ambition, Tamour de la gloire, la passion amoureuse, le penchant artistique, la soif de la science, le goût de la recherche, etc.

Si le choix de la volonté ne dépendait que des motifs, la psychologie serait très-simple ; et son mécanisme, uniforme dans tous les individus. Mais l'expérience montre qu'un même motif, indépendamment de la diversité des dispositions passagt^res, agit très-différemment suivant la varit>lé

des individus. L'opinion des autres laisse celui-ci indifférent; elle est tout pour celui-là. Les lauriers du poète paraissent méprisables à Tun, tandis que Vautre leur sacriiic le bonheur de sa vie. On observe les mêmes faits, lorsqu'il s'agit d'une belle femme. Celui-ci fait bon marché de sa' fortune pour sauver son honneur; celui-là vend sa conscience pour une. somme d'argent. Les bons enseignements, les beaux exemples enflamment chez l'un le désir de les suivre ; Ils trouvent l'autre insensible. La réflexion cl la raison déterminent ici toutes les actions; elles n'ont même pas là l'influence d'un motif, et la sûre prévision de la ruine ne peut^ arracher l'homme à sa légèreté habituefle, etc. La plupart du temps ma conscience ne saisit aucune raison d'expliquer pourquoi tel motif (par exemple la nouvelle qu'une découverte scientifique vient d'être faite) m'émeut fortement, tandis qu'un autre (la nouvelle que l'on jouera dans la réunion où je suis invité) me touche faiblement. La seule influence que ma conscience perçoit, c'est l'attente d'un grand ou d'un petit plaisir : mais le mystérieux, l'inexplicable dans ma nature, c'est justement que je me promette un grand plaisir de connaître une nouvelle découverte, un faible ou même aucun d'un jeu de hasard, tandis que l'effet tout contraire est produit sur mon voisin.

La conduite que telle personne tiendra, en présence de tel ou tel motif, ne peut se connaître que par l'expérience. Si on sait comment un homme répond à l'impulsion de tous les motifs possibles, on connaît toutes les particularités de sa nature, on connaît son caractère. Le caractère est donc la manière dont Tame réagit contre chaque classe de motifs ; ou, ce qui revient au même, l'ensemble des excitations que chaque classepartîculièrede désirs est capable de subir parFactionde ces motifs.Commeaucun motif ne se rapporte à l'une ou l'autre de ces classes d'une manière exclusive, constamment ou d'ordinaire un grand nombre d'impulsions nous sont communiquées à la fois. La résultante des désirs ainsi excités simultanément est la volonté actuelle, dont la

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