L'INCONSCIENT DANS LE CARACTÈRE ET LA MORALITÉ
conséquence immédiate est l'aclion, si les causes physiques ne s'y opposent pas. Si nous nous demandons maintenant comment s'opère cette réaction de la volonté contre le motif, ce conflit des désirs qui aboutit à un résultat unique, nous devons avouer que son existence nous est attestée d'une manière indubitable par les faits que la conscience saisit et qui dérivent de ce conflit ; mais que nous ne pouvons rien dire de sa nature et de ses conditions, et que notre conscience ne nous en apprend rien. Nous ne connaissons, dans chaque cas particulier, que le point de départ du phénomène total, le motif, et le point d'arrivée, la détermination volontaire comme résultat. Mais rcxjériencc ne nous dit pas d'où part la réaction contre le motif; nous ne pouvons jeter un regard dans la nature de cette réaction. Elle a tout à fait le caractère de l'action réflexe ou des mouvements réflexes de l'instinct. Le cas particulier de la compassion et de quelques autres penchants (ch. i, 2* partie) nous l'a déjà montré. Le combat mutuel des différents désirs est bien connu en partie par la conscience, mais seulement autant que, dans des cas plus simples, nous avons expérimenté l'action séparée des désirs particuliers par les résolutions finales de la volonté; autant que nous appliquons au présent nos précédentes expériences. Ces expériences toutefois sont incomplètes, et l'application qu'on en fait à ce qui se passe actuellement dans l'Ame est toujours bien imparfaite : c'est ce que chacun peut constater par lui-même.
Combien il arrive souvent «jne la conscience croit avoir livs-soigneuscmcnt comparé le poids de tous les désirs excites dans un cas particulier, et n'en avoir laissé aucun on dehors de son examen.: et pourtant, lorsque l'action se produit, la conscience voit à son grand étonnemcnt son industrieux calcul absolument démenli; et tout à coup elle se trouve en présence d'un résultat imprévu sous la forme d'une volonté souveraine (qu'on se rappelle les indications fournies au chapitre précédent, p. 279, 280, sur la volonté inconsciente. Qu'on en rapproche le chapitre ii, 3" parlie). 11 paraît donc qu'il n'y a en réalité qu'un critérium certain,
HAHTMAXN I- — 1^
pour reconnaître la nature spéciale de la vraie et décisive volonté : c'est Taclion. Peu importe d'ailleurs que l'acte réussisse, ou que, dès le premier effort, il soit arrêté par les circonstances extérieures. Toute supposition que fait la conscience, pour connaître par une autre voie ce que la volonté veut véritablement, n'est qu'une hypothèse incertaine et fréquemment trompeuse. Elle ne s'appuie pas sur la connaissance immédiate que la conscience aurait de la volonté, mais sur des analogies suggérées par l'expérience e*, sur des calculs artificiels. Comme la paille au vent, la résolution la mieux arrêtée, le projet le plus assuré se dissipe au souffle de faction : c'est là seulement que la volonté véritable sort de la nuit de Tlnconscienl. La fin qu'on croyait poursuivre ne répondait qu'à un désir parliculier, ou bien même n'existait qu'en idée dans la conscience, mais non en réalité dans la volonté. Si l'homme ne passe point à l'action, parce que l'impossibilité de l'exécution est toujours présente à ses yeux, il n'arrive jamais à connaître sûrement re qu'il veut dans le fond de son coeur. Ce que l'on appelle le choix volontaire et l'hésitation de la conscience n'est pas en réalité l'hésitation consciente de la volonté, mais l'hésitation de la pensée sur la vraie signification des motifs, sur les rapports qu'ont à la volonté les événements présents et futurs. Aussitôt que la pensée est éclairée, la volonté l'est aussi immédiatement. Si j'hésite à faire choix d'une femme pntre les deux sœurs, l'une intelligente et laide, l'autre sotte mais jolie, ce n'est pas ma volonté qui hésite, elle n'est pas encore entrée en jeu : mais ma pensée n'est pas encore fixée sur l'étendue relative des avantages et des inconvénients, qui se présentent dans les deux cas. Aussitôt que ma pensée s'est décidée sur ce poini, la volonté a enfin un motir d'agir : l'idée totale des satisfactions différentes que chaque cas promet à ma sensibilité.
Il faut donc affirmer que la décision de la volonté s'élabore dans la région de l'Inconscient; que l'on n'en voit que le résultat définitif, et au moment où l'application pratique en est faite par l'action. Les regards que l'on arrive à