V. — LE CARACTÈRE TÉLÉOLOGIQUE DE LA PONCTION RÉFLEXE
. Ce qui prouve incontestablement la nature, psychique et interne du processus réflexe, c'est le caractère téléologique de cette réaction, lequel se manifeste dans l'absolue conve-
.nance du réflexe physiologique (je ne dis pas pathologique). — 11 va de soi que cette convenance ne s'observe pas indéliniment à tous les degrés de l'échelle des. excitations. De même que notre oreille, lorsque les sons sont exli êmement
CARACTËRE TÉLÊOLOGIQUE DE LA FONGTION*RÊFLEXE. 189
bas, ne perçoit pas d'abord une noie dil^tlncte, maïs un murmure confus, et, s'ils sont trop élèves, n'entend plus uifie note mais un bruit aigu ; de même que noire œil ne distingue pas les objets à une lumière trop faible, et est aveuglé et blessé par une lumière trop éclatante, sans qu'on conteste pour cela la perfection de l'organe : ainsi là convenance des réflexes ne se manifeste que sur une certaine étendue limitée de l'échelle des excitations : et cette limite ellè-nnème doit avoir sa raison téléologique. Si les centres
* réagissaiept contre de trop faibles excitations, ils feraient comme les centres malades, et dépenseraient toute l'énergie qu'ils tiennent emmagasinée contre lés faibles excitations qui se jouent incessamment autour d'eux. Ils ne la réserveraient pas pour les cas où l'intérêt de la vie organique exige qu^elle se déploie. Si, d'uii autre côté,. les centres nerveux avaient une constitution si solide et si robuste que même les chocs les plus violents ne pussent les désorganiser, ils ne seraient plus en état d'accomplir aussi bien leurs fonctions délicates, et ne réussiraient pas davantage à demeurer absolument indestructibles, ce qu'on ne peut raisonnablement démander. Le fait qu'une excitation extra-
. ordinairement forte provoque les mouvements convulsifs et la désorganisation des centres, non plus que cet autre que leur réaction ne manifeste sa convenance qu'autant que l'excitation atteint à un ceilain degré,^ ne prouve rien contre le caractère téléologique des réflexes, mais contribue bien plutôt à le faire bien enlendrel Il faut remarquer, en outre, qu^à mesure que Texcitation
.devient. plus intense, des centres nerveux de plus en plus
. élevés entrent en action. II suit de là que le caractère de la réaction doit changer avec l'énergie de l'excitation. Mais
:cela^ loin de. contredire, confirme la finalité des réflexes.
.11 est convenable, en eflet, pour l'organisme de répondre à de faibles excitations non-seulement pai* de plus faibles, mais encore par d'autres réactions motrices, qu'aux fortes excitations, qui agissent au même point.. Pour qoe celte diversité si convenable puiss.e être, obtenue^il faut que la
limite d*excitalion varie avee les différents centres. Lorsque l'excitation est très -faible, c'est seulement le centre où aboutit immédiatement le nerf sensible qui est provoqué h un réflexe ; et il ne se produit alors qu'une simple contraction, qui suffît, par exemple, pour effrayer la mouche qui s'est posée sur la peau d'un bœuf, ou pour déplacer un pli gênant de vêtement, ou pour changer en dormant la position incommode d'une jambe.
On ne peut donc déclarer sans but les réflexes qui suivent les excitations même les plus faibles, pourvu qu'elles dépassent la limite (ce que Wundt soutient à tort, p. 8^). Il faut dire seulement que la sphère d'innervation motrice pour le centre qui réagit seul contre les très-faibles excitations est une sphère restreinte; et par suite les changements qu'il est destiné à réaliser dans le monde extérieur sont aussi très-limités. A mesure que l'excitation se propage et se communique à des centres de plus en plus élevés, on voit s'étendre la sphère d'innervation motrice où se fait sentir l'action commune des centres associés dans le réflexe, et en même temps la possibilité d'une combinaison des mouvements musculaires, en vue de changer la situation extérieure indiquée par l'excitation. A retendue de la sphère d*innervation motrice, qui est sous la domination d'une place centrale, doit naturellement répondre l'énergie des impulsions nerveuses qui en viennent : autrement ces dernières seraient ù l'avance disproportionnées à leur cause et par suite sans convenance. Ainsi l'action réflexe, qu'il convient qu'une cellule isolée produise, est tout autre que l'action exercée par un groupe considérable de cellules agissant de concert ; celle d'une cellule de la partie inférieure de la moelle épinière toute différente de celle d'une cellule de la partie supérieure; enfln ces dernières cellules ont une réaction tout autre que les cellules de la moelle allongée. Li réaction de chaque point n'est vraiment intelligente que si elle a en vue de réaliser le maximum d'effet qui peut être . obtenu. Wundt n'a pas assez songé à cette considération :