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VI. — CLASSIFICATION DES QUATRE SÉRIES PRINCIPALES DE CENTRES NERVEUX

« Si nous examinons de près le système nerveux de l'homme, nous devons y distinguer tout d'abord différents centres nerveux :

« 1° Les centres primaires, ceux de la pensée^ qui sont formés par la substance grise des circonvolutions des hémisphères.

2** Les centres secondaires, ceux de la sensation^ que constituent les amas de substance grise entre la décussalion des pyramides et la base des ventricules latéraux.

3° Les centres tertiaires ou centres de l'activité réflexe^ composés surtout par la substance grise de la moelle épinière.

4** Les centres organiques (de la vie végétative), qui appartiennent au système nerveux du grand sympathique. Ces centres sont formés d'un grand nombre de tissus ganglionnaires, qui sont surtout répartis dans l'intestin, et que des filets conducteurs relient entre eux et avec la moelle épinière. »

€ Chacun de ces centres est subordonné au centre qui lui est immédiatement supérieur ; mais il possède aussi le pouvoir de produire spontanément et d'exécuter certains mouvements, sans l'intervention des centres supérieurs. L'organisme est ain^i disposé, qu'en ses diiTérentes parties une activité locale tout à fait indépendante se concilie avec l'action dirigeante d'une force supérieure. Une cellule ganglionnaire du sympathique coordonne les fonctions des divers éléments des tissus' de l'organe où elle est placée, et représente ainsi l'individuation sous sa forme la plus simple. Les ganglions de la moelle épinière coordonnent, à leur tour, les fonctions des divers centres organiques de la vie végétative, et produisent des mouvements qui tien* nent une place considérable, bien que subordonnée, dans la vie animale : on découvre là une forme plus étendue et plus élevée de l'individuation. Les centres de la moelle sont, delà même manière, subordonnés aux centres sensoriels; et ceux-ci, à leur tour, soumis au contrôle des hémisphères, et spécialement de la volonté: c'est ici que le principe d'individuation se manifeste sous sa forme la plus haute (Maudsley^ 53-54). »

La classification qui précède donne lieu à deux remarques : la première, qu'il vaudrait mieux intervertir Tordre des membres, et donner aux ganglions végétatifs le nom de « centres primaires » ; la seconde, qu'appeler les centres de la moelle du nom de centres réflexes, c'est une dénominalion trompeuse, qui ferait croire que les autres centres, ceux de la vie végétative, de la sensation et de la pensée agissent autrement que par des mouvements réflexes ; et nous avons déjà établi le contraire. Il faut affirmer, en outre, que les divers centres des cellules ganglionnaires ne présentent que des diflerences de degré, lesquelles sont dues à la différenciation progressive dans la série animale des propriétés générales de toute cellule garglionnaire. Ces propriétés générales persistent en chaque cellule, malgré les caractères spéciaux qu'elle a revêtus, en se développant dans une direction exclusive. Les cellules ganglionnaires,

comme les filels nerveux, sont douéesd' énergies spécifiques, si l'on entend par là les dispositions, développées en elles, à certaines fonctions déterminées. Mais, pour les unes comme pour les autres, cette spécification est purement relative, non absolue. Toujours elle se renferme dans les limites que lui tracent les propriétés communes des cellules ganglionnaires : la faculté de ressenlir l'excitation et de réagir contre elle, en d'autres termes la perception et la volonté.

A ce caractère relatif des énergies spécifiques des cellules ganglionnaires correspond la transformation progressive plutôt que subile des centres d'une espèce en ceux d'une autre. Si les ganglions du cœur, qu'on a enlevé à une grenouille, continuent d'y produire des pulsations pendant encore une heure, et à réagir contre les excitations par une contraction rhythmée, c'est en réalité plutôt à la place différente qu'ils occupent dans le corps qu'à la nature spéciale de leur énergie réflexe qu'ils doivent les différences qui les séparent des centres inférieurs de la moelle épinière. Entre la moelle épinière et les ganglions sensoriels du cerveau, la moelle allongée forme en quelque sorte im échelon intermédiaire. Par l'histoire de son développement, elle se rattache sans doute au cerveau ; mais ses fonctions la rapprochent bien plus étroitement de la moelle épinière. L'étendue de la sphère d'innervation motrice, qui croît à mesure que l'on s'élève dans la moelle épinière, est frappante surtout dans la moelle allongée.

Les réflexes de ce dernier centre se distinguent surtout des autres réflexes de la moelle par une combinaison plus intelligente de nombreux mouvements en vue de réaliser des effets détermmés. c La combinaison y consiste souvent dans une régularisation spontanée, qui repose sur l'action réciproque de plusieurs mécanismes réflexes (Wundt^ 178). )» Dans la moelle épinière, les cellules ganglionnaires à des hauteurs différentes sont assez régulièrement réparties dans les quatre colonnes de la substance grise. C'est seulement dans la moelle allongée que cette répartition régu-

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lière disparaît. Des groupes plus considérables de cellules ganglionnaires s'y agrègent pour former des noyaux distincts et isolés de leur voisinage immédiat, lesquels sont reliés entre eux, comme avec les autres centres supérieurs et inférieurs, par des tilets conducteurs. Des noyaux de ce genre président à des processus compliqués de mouvements : la régularisation des pulsations cardiaques et des mouvements respiratoires, par exemple, sont des fonctions rhythmées et durables, assez semblables à celles des ganglions végétatifs (comme celles d'où résultent les mouvements de rintestin, la tonicité des vaisseaux). L'union de deux ou plusieurs centres réflexes entre eux rend possible une action alternante, par exemple, celle d'un centre d'inspiration et d'un autre d'expiration (181). La première est (comme la plupart des fonctions soi-disant automatiques des centres inférieurs) provoquée par l'excitation du sang insuflisnmmenL néré; la seconde par la sensation du gonflemenl des poumons, laquelle est transmise par les nerfs sensibles {W., 177.)\Vundt admet de même l'existence dans la moelle allongée de centres spéciaux pour accélérer les pulsations du cœur, les ralentir ou les arrêter, pour dilater ou resserrer les vaisseaux (185), pour vomir, avaler, enfin pour tousser et élernucr; et tous ces actes conduisent par transition aux réflexes par imitation du rire, des pleurs, du sanglot (176 et 178). Ces derniers mouvements résultent de l'action combinée des réflexes des ganglions sensoriaux avec ceux do la moelle allongée.

Les centres que Maudsley réunit sous le nom de centres sensoriels (quoique ce nom ne convienne pas très-bien au cervelet qu'il comprend dans la même classe), constituent, chez beaucoup d'espèces d'animaux inférieurs, chez qui le cerveau antéiieur (ou les hémisphères) se réduit essentiellement au rôle de ganglion olfactif, le degré le plus élevé du développement du système nerveux, et suflisent parfaitement aux besoins de la vie. Ces animaux exécutent leurs mouvements à peu près avec la même sûreté et accommodent leurs actes avec la même intelligence aux circonstances

exléWeures perçues par leurs sens, que fait un homme somnambule, chez qui les fonctions des hémisphères sont complètement suspendues (M., 281). « Trousseau raconte qu'un jeune musicien, atteint du verligo epileptica, èlait souvent pris, pendant qu'il jouait du violon, par des accès dont la durée n'était pas moindre de 10 à 15 minutes. H perdait entièrement la conscience pendant tout ce temps, et ne voyait ni n'entendait son accompagnateur : il continuait pourtant de jouer pendant tout le cours de l'accès. » (M., 69). Il en est de même de l'aptitude de quelques idiots à ac(iuérir par l'effet d'une longue éducation certains talents qu'ils finissent par exercer avec une hal)ileté surprenante (M., 69). Si l'on enlève à un lat les deux hémisphères avec les corps striés et les couches optiques, on le voit, toutes les fois qu'on imite le miaulement perçant et bref du chat, faire un saut pour s'enfuir (M., 93). Les mammifères ou les oiseaux, sur lesquels on a pratiqué l'ablation des parties situées au*dessus des tuï)ercules quadrijumeaux, suivent de la lùte les mouvements d'une chandelle allumée : ils perçoivent donc encore les impressions lumineuses. Des grenouilles, auxquelles on a fait la même opération, et qu'on a provoquées à des mouvements de fuite par des excitations faites sur leur peau, savent éviter l'obstacle qu'on place sur leur chemin {WKncH, 194).

Tout cela montre qu'en dehors de la perception des impressions sensibles par la conscience des grands hémisphères, la perception peut encore résulter d'une conscience particulière et indépendante de la précédente, celle des ganglions sensoriels. Maudsley le reconnaît expressément et l'affirme d'une façon très-décidée. On doit seulement distinguer entre la perception qui appartient à la sphère de l'intelligence oii se rencontre la conscience de soi, et la perception dans la sphère de l'activité sensorielle à laquelle n'est donnée que la simple conscience (Maudsley^ 102). De la même façon on doit admettre l'existence dans la sphère sensilivo motrice d'une volonté qui n'a pas plus

besoin d'être consciente que l'impression sensible qui la motive. Maudsiey admet que la maladie des ganglions sensoriels produit un « délire sensoriel » (^77), où les hallucinations des sens et la réaction maladive produisent un état pathologique que caractérise l'impuissance de la conscience cérébrale, qu'elle y soit suspendue, ou qu'elle persiste à résister vainement à la volonté des ganglions sensitivo-moteurs. Il faut donc regarder comme la manifestation d'une volonté l'action ganglionnaire, que la peiception sensible a motivée, qui entre en conflit avec la volonté des hémisphères, et qui sort victorieuse de cette lulte (1).

Nous arrivons à la même conclusion, si nous comparons * cette activité sensitivo-motrice de l'homme et des animaux supérieurs avec l'activité psychique des animaux, dont le système nerveux ne s'élève pas en général au-dessus des centres sensoriels. Si nous ne pouvons refuser une volonté à ces animaux, nous ne le pouvons pas davantage à l'activité des g^mgiions sensoriels chez l'homme. J'en dirai autant de la finalité des réflexes sensitivo-moteurs. Les animaux, auxquels on ne saurait refuser la perception et la volonté, témoignent d'une convenance trop évidente dans leurs rapports avec le monde extérieur, pour qu'on puisse douter de la présence en eux d'une intelligence. Sans doute cette intelligence n'est pas encore capable de former des pensées abstraites ou de s'élever à la conscience du moi; mais elle est comme l'antécédent de Tintelligence manifestée par les grands hémisphères chez les animaux supé* rieurs.

La comparaison de ces actions réflexes avec les actes connus, et qui témoignent en partie d'une intelligence Irès-développée chez les somnambules, nous apporte sur ce-

(i) Dans des exemples de ce genre, on peut dire souvent que le fou a eupleinement conscience de la différence du bien du mal et des conséquences de ses actions; mais qu'il tétait malgré cela hors d'élat de défendre sa volonté malade des excès pathologiques ; qu'il ne saurait donc être rendu responsable des actes commis dans co cas. La législation des divers pays aurait besoin d*dtj« niodifiéc, relativement ù la question controversée de rirresponsabilité..

point de précieux éclaircisseitients. Chez les unes et les autres, on observe la persistance des impressions, c'est-àdire la mémoire. Mais il leur manque également ce degré de la réflexion, qui est nécessaire à la récognition, c'est-àdire au souvenir conscient. La mémoire ne s'y manifeste pas tanl par l'intelligence que par la volonté : elle y sert surtout et exclusivement à faciliter la liaison de la perception et de la réaction volontaire. Cette mémoire contribue à rendre plus facile et plus sûr l'instinct ; et c'est à l'instinct qu'il faut rapporter les actes les plus nombreux et les plus importants .de la vie chez l'homme comme chez l'animal. Chez les somnambules aussi, dont l'accès est périodique, on remarque des traces incontestables de mémoire. Ils reprennent les travaux qu'ils avaient laissés inachevés lors de l'accès précédent, juste au point convenable; et montrent en les menant à bonne fin qu'ils ont eu conscience des rapports de ce qu'ils font avec ce qu'ils ont fait précédemment. Mais la conscience des hémisphères ne saurait garder nalurellcment aucun souvenir de ce que l'intelligence des ganjrlions cérébraux a exécuté pendant le sommeil somnambulique : puisque, pendant que celle-ci agissait, la première était comprimée, et ne pouvait par conséquent conserver aucun souvenir.

Même dans les fonctions psychiques des centres sensoriels, on observe comme dans celles des centres de la moelle épiniére que l'activité consciente et l'activité inconsciente de l'àme agissent simullanément. Je rappelle seulement à ce sujet que la plupart des instincts animaux appartiennent à l'activité sensitivo-motrice, par exemple, les instincts constructeurs. Comment, lorsqu'on entend l'oiseau chanteur répéter constamment la mélodie et le rhythme du chant de son espèce, échapper à la tentation de le comparer au musicien épilcptique, qui continue de jouer sur son violon pendant la durée de son accès le morceau qu'il a appris. Il y a cette diiïérence toutefois que l'oiseau chanteur perçoit son chant et en jouit avec la conscience de ses hémisphères, tandis que l'épilcptique en est incapable.

11 ne sera pas nécessaire de répéter à cette place les raisonnements du paragraphe précédent, qui reçoivent seulement ici une évidence plus grande. Les cellules ganglionnaires des centres sensoriels agissent aussi par une action réflexe et mécanique : mais elles ne témoignent pas pour cela d'une moindre finalité; au contraire, elles manifestent une finalité d'aufant plus grande que leur sphère d'innervation motrice et leur aptitude interne à absorber et à transformer les perceptions sont plus grandes que dans les cellules de la moelle épinièro. L'activité interne et spirituelle dans les centres sensoriels correspond exactement à la mécanique externe des mouvements moléculaires. Leur conscience est d'autant plus riche et plus distincte, que les impressions qui leur sont transmises par les nerfs des sens supérieurs sont plus variées et plus nettes que celles que les centres de la moelle reçoivent des nerfs sensibles du corps; et que les centres sensoriels» sont plus capables de modifier les perceptions que les centres de la moelle. Ce développement supérieur de la finalilé du mécanisme externe et du mécanisme intellectuel, n'est que la double manifestation phénoménale d'une fin supérieure (inconsciente), qui détermine la vie individuelle de l'organisme correspondant. Dans un cas comme dans l'autre, la réaction de la volonté contre le motif, le travail exécute sur les impressions par l'action combinée de nombreuses cellules, la modification intelligente de la fonction qui, en se répétant, amène des dispositions convenables dans l'organe, se produisent comme autant de phénomènes inconscients. Ces trois manifestations supérieures de l'individu organicopsychique, qui ne sont au fond qu'une seule et même activité vue de trois côtés différents, constituent essentiellement l'individualité de l'organe. On pourrait les nommer l'actualité de sa fin individuelle, ou, ce qui revient au même, la fonction téléologique de la substance métaphysique, dont les phénomènes psychiques-internes et externes ou matériels de l'organe individualisé sont les accidents ou les modes.

Ce serait une grave erreur de croire que cette prédominance de Tactivité psychique inconsciente dans les centres nerveux constitue une différence spécifique entre elle et l'activité des hémisphères. Ce qui augmente dans les hémisphères, c'est essentiellement le travail accompli sur les perceptions. En langage physiologique, cela revient à dire que la route, que l'excitation doit parcourir dans cet organe depuis le moment de son entrée jusqu'à ce qu'elle aboutisse à se décharger par une réaction motrice, est bien plus longue dans les hémisphères. En passant d'une cellule à l'autre l'excitation produit dans chacune un réflexe nouveau (perception et réaction). Elle produit ainsi une série d'idées conscientes qui s'enchaînent et constituent la réflexion discursive, laquelle se déroule entre la perception sensorielle et la réaction correspondante et détermine la constitution de la dernière. Mais le nombre absolu des éléments conscients de ce processus ne rend pas plus intime le rapport de ce nombre à celui des actes correspondants de l'Inconscient. Le processus qui fait passer l'excitation d'une cellule à une autre est un processus réflexe, qui se produit en soi d'une façon inconsciente. Cela est vrai aussi de l'absorption de l'exication par la cellule, et de sa transformation en perception consciente. La marche de la réflexion discursive est inconsciente; et ce sont seulement en quelque sorte les empreintes de ses pas qui sont saisies par la conscience. Il est rare que ces empreintes soient toutes assez fidèlement marquées, pour qu'on puisse y reconnaître chacun des pas de la réflexion. La plupart du temps, il faut admettre entre eux un plus ou moins grand nombre de sauts faits par l'activité inconsciente de l'âme : les éléments de la liaison logique ne sont alors qu'implicitement contenus entre les moments conscients.

Le développement qu'ont reçu en partie ces idées dans la seconde partie a été si souvent mal interprété par les savants comme une spéculation mystique, que je suis heureux de pouvoir les confirmer par les vues que l'empiriste

CLASSIFICATION DES CENTRES NERVEUX. .Ml

anglais Maudsley a tirées de sa pratique de psychiatre et et de ses observations psychologiques. Le témoignage sera d'autant moins suspect aux savants que Maudsley lui-même incline au matérialisme, et cherche à donner une explication malét ialiste des faits que lui a fournis son observation psychologique. Il n'y réussit pas partout sans doute à son gré, surtout dans les cas les plus importants : nous l'avons déjà montré par un exemple.

L'existence d'une vie insconsciente de l'âme est considérée par Maudsley comme une vérité incontestable. Voici ce qu'il dit : « C'est une vérité qu'on ne peut affirmer avec trop d'insistance, à savoir que la conscience et l'âme ne sont pas des concepts d'une égale extension (15). » Et il ajoute : < La partie la plus considérable de l'activité de l'âme, le processus essentiel d'où la pensée dépend, consiste dans une activité inconsciente (19). » « Un homme, dont le cerveau fait sentir sa présence à la conscience n'est pas sain; et une pensée, qui est consciente d'elle-même, n'est pas une pensée saine (21). » « Une conscience active est toujours nuisible à la pensée la meilleure et la plus féconde. Le penseur, qui fait attention à la suite de ses pensées, pense avec peu de succès. Le véritable penseur n'a conscience que des mots qu'il prononce ou qu'il écrit. Les pensées sont élaborées chez lui par l'action inconsciente de l'organisme cérébral, et surgissent d'une profondeur impénétrable à la lumière de la conscience. La réflexion résulte en fait de l'activité réflexe des cellules ganglionnaires du cerveau dans leurs rapports mutuels. Elle est la réaction d'une cellule contre l'excitation qui lui vient d'une cellule voisine, et la communication de l'énergie de la cellule ainsi excitée à une autre cellule, en dautres termes sa réflexion (126). > « Le cerveau ne reçoit pas seulement des impressions conscientes (t); il les enregistre, en quelque

(1) Cela signifie ici seulement que de telles impressions peuvent rester audessous de la limite de la conscience générale des deux hémisphères; mais elles ne peuvent produire d'efTet que si elles dépassent la limite de la con.«-

sorte, sans le concours de la conscience, travaille d'une façon inconsciente sur ces matériaux, réveille, sans que la conscience en sache rien, les traces cachées de celle activité; il réagit encore comme un organe doué de vie organique fait contre les excitations intérieures, qu'il reçoit sans en avoir conscience des autres organes du corps (19). » € Le processus de l'association des idées non-seulement se déroule indépendamment de la conscience; mais l'identi* fication ou le mélange intime des idées semblables ou des éléments semblables que présentent des idées différentes se fait sans que la conscience exerce aucun contrôle ou même en ait la moindre connaissance (1 7). » « La conscience de l'écrivain est tout entière au travail de la plume, à la mise en forme des propositions; mais, en même temps, les fruits de l'activité inconsciente de l'âme, qui ont mûri sans conscience, sortent de profondeurs inconnues et font leur apparition dans la conscience, dont toute l'œuvre consiste alors à les revêtir des formes appropriées du langage (16). > « Si l'activité cérébrale d'un individu s'exerce régulièrement, si elle a reçu la culture convenable, les résultais de celte activité cachée se révèlent soudainement à la conscience et ressemblent souvent à des intuitions immédiates. Elles paraissent indépendantes de l'esprit de l'individu et provoquent son propre étonnement, comme font les songes, dont se montre surpris l'esprit lui-même qui les a produits 17. » (( Les meilleures pensées d'un auteur sont habituellement celles qu'il n'a pas voulues, et qui le surprennent lui-même: et le poète, dont les créations sont vraiment inspirées, n'est, en tant que producteur conscient, que l'instrument d'une activité inconsciente. Si nous y réfléchissons, nous verrons qu'il en doit être ainsi. Les produits de l'activité créatrice, s'ils dépassent les œuvres précédentes du poète, sont inconnus de leur auteur, avant qu'il les ait

cience de la cellule correspondante. Maudsley ne fait pas' cette distinction, parce quMl ne voit pas assez nettement qu*une excitation pour être perçue a besoin d*ôtrc perçue par une conscience déjà éveillée, ou d*en éveiller ud«.

enfantés; ils ne peuvent Hve les résultats d'un acte déterminé (conscient) de volonté; car l'acte de volonté n'e^t possible qu'autant qu'on se fait déjà une idée de ce que l'on veut (18). » c 11 arrive parfois qu'une intelligence ainsi disposée s'applique a trouver l'explication d'une série nouvelle de faits, et que la loi qui les ré<>it se révèle d'elle-même tout à coup comme par un éclair d'intuition à l'esprit qui la cherche, bien qu'il n'ait fait encore qu'un nombre relativement restreint d'observations. L'imagination (1) devance avec succès les lents résultats d'une recherche patiente et méthodique, répand sur les ténèbres la lumière de la vérité, et en projette l'éclat sur les relations demeurées obscures, sur les combinaisons les plus compliquées des phénomènes, (l'est ainsi qu'un esprit bien doué et bien cultivé révèle l'harmonie inconsciente qui existe entre la nature et lui. i^es œuvres les plus éclatantes du génie apparaissent ainsi indépendantes de toute conscience et de tout effort. Ce n'est pas la croissance, c'est seulement le choix et l'usage des aliments qui dépendent de la volonté (197). « «De même que l'enfant n'a aucune conscience de son moi, ainsi l'homme à son plus haut développement, comme il nous apparaît chez les plus grands hommes de notre nation, semble être également inconscient de son moi; il a la sympathie profonde et innée de l'enfant pour toutes choses, et se développe avec la même inconscience et le même bonheur que lui (:tâ). » « Les régies et les méthodes sont nécessaires au commun des mortels, dont c'est la tâche de travailler en commun à rassembler et à coordonner des matériaux. Le génie est un architecte, dont l'art, comme celui de la nature, a sa méthode propre et inconsciente. C'est la destinée naturelle et non la faute de la chenille, qui la condamne à ramper; c'est la destinée et non le libre choix du papillon qui le pousse à voler (.13). » « Ce n'est pas en se tourmen-

(1) « Si rtma(pnatioti ckI une des foniies du dévelopiiement de rort^nisme spirituel, rimagination raisonnable du philosophe et du poèlc est la fleur la plus élevée du développement organique, ot ^es créations, comme celles de la nature, sont inconscientes {V*H). ^

tant par de pénibles eiïorls, en sondant péniblement dans les profondeurs de sa conscience, que Thomme fait naître en soi le génie. Comme le fruit mûr d'un développement nconscient, le génie se montre au temps convenable, et surprend af^réablement la conscience, et vient de temps en temps secouer le sommeil d'nn siècle (i). » (r35)

Si un tel génie apparaît tout à coup au temps convenable^ dans une harmonie inconsciente avec la nature entière, et montre par son développement qu'il s'est nourri des idée$ que les autres ont à l'avance préparées à l'aveugle pour lui ; on devra considérer un tel processus comme un processus inconscient au sens le plus élevé du mot. Maudsley, comme on doit bien s'y attendre, ne croit pouvoir l'expliquer qu'en recourant à un dessein impénétrable du créateur. En d'autres termes les processus psychiques incons(4ents manifestent d'aulant plus clairement l'insulTisance de loute tentative d'explication, que nous nous élevons plus haut dans l'échelle des centres organiques (qu'ils soient placés à l'intérieur d'un seul et même organisme, ou qu'ils soient répartis entre les individus aux dispositions diverses, dont SiC compose l'humanité). Comra« les différences ne sont pjis essentielles, mais tiennent seulement au degré inégal de développement des dispositions primordiales communes a toutes les cellules ganglionnaires, cette conséquence doit servir à mieux faire entendre les processus réflexes les plus simples, qui se déroulent dans la cellule ganglionnaire.

(1) H est amusant et attristant tout ù la luis de cunlcniplcr lu douloureuse surprise du savant, son indignation jalouse, son eri de douleur, quand le grand résultat final que lui et ses conip;i;;nons do travail ont préparé si patiemment, bien que tout ù fait à leur insu, quand le génie du siècle, dont il a aidé le succès, se révèle soudainouicut et réalise tout d'au coup la grande révolution du monde. Il est amusant de voir que le patient travailleur ne prévoyait pas le résullal auquel il travaillait; attristant de voir sa personnalité sacrifiée ainsi, et toute la peine qu'il a dépensée à son œuvre personnelle disparaître dans le produit total où concourent les recherches et les pensée> des esprits les plus divers, et qui, on même temps qu'il témoigne de ruaité du développement suivi par eux, ne se traduit que par la simple épigénèse. c'est-à-dire par le nombre naturellement croissant de ses facteurs générateurs.

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