VI
306 lE LIEU DE LlAIMORTALITÉ.
organisation , imitant encore les planètes en ce qu'elles sont soumises à la loi nécessaire de l'attraction, et que Ton y distingue aussi une atmosphère et un noyau. Mais l'atmosphère et le noyau sont à peine différents l'un de l'autre : le noyau n'a pas plus de solidité qu'une vapeur, et l'atmosphère est une autre vapeur un peu moins dense que le noyau. Ce noyau même est si peu substantiel qu'on voit les étoiles à travers, et si inconsistant que ses formes varient sans cesse. Il n'est pas globe , et quekjuefeis il se divise en plusieurs centres. Quand il se rapproche du soleil , le solerl par son attraction semble un instant lui donner une forme meilleure ; mais d'ordinaire il le foudroie bîentô* , et en lance la fumée à des millions et des millions de lieue^. Ce9 msésses mortes se comptent par.milliers, mais toutes ensemble ont probablement moins de mass^ que Fune de nos planètes. Elles obéisseM nécessairement à l'attraction, comme toute matière, Mais semblent ne hii obéir qu'avec toute la réserve et toute l'opposition qu'on y peut concevoir. Elles ne flottent pas f comme les planètes , toutes dans le même sens, et presque dans le même plan , et selon des ellipses à peu près^ circulaires. Leurs or«bites se coupent en tous seti»^ sous tous le^ angles ; les unes tOHrnenl comme le» planètes d'occident
en orient, et les autres en sens contraire : leurs *bites ont d'ailleurs toute espèce d'excentricités. Il y en a qui tantôt viennent se brûler sur le soleil, et en sont foudroyées, puis s'éloignent à des distances inconcevables où elfe» languissent pendant des siècles. Tandis que la vitesse des planètes, quoique toujours un peu variable avec leur excentricité, est cependant à peu près uniforme, il y a des comètes qui, près du soleil , ont un mouvement de dix mille Keue^ par heure, et cjtlï, ait ïdiA, ne font plus que sept mètres par minute. H y en â mêtrie dont l'ellipse crève, et devient parabtilé oli hyperbole, c'est-à-dire que l'astre perdu, chassé ïbîwdti soleil paT l'excès de son excentricité , s^en sépare pour toujours et defecelnï dûiis Ifes ténèbres efc dans lé froïd.
Tel est ce monde tisible , à qui ndu* allons essayer de comparer le monde invisible dfe Fâme.
GHAPITBE iV.
Nous voulons comparer le développement d'une âme à celui d'une étoile, ou, si l'on veut, à l'état de l'étoile développée. L'étoile développée, c'est le soleil entouré des planètes.
Nous venons de décrire l'un des terpies de la comparaison. Nous y avons trouvé, outre les astres inconsistants, et outre le soleil central, trois zones qui ont dû se former successivement, en commençant par la plus éloignée du centre.
La première zone renferme des mondes énormes, lents et obscurs. La seconde ne semble renfermer que des débris. La troisième contient notre terre , et les autres planètes relativement agiles et lumineuses. Regardons maintenant l'autre termede la comparaison , l'âme et ses phases de développement.
J'écarterai d'abord ces astres inconsistants, ces flots d'écume du ciel qui ne me représentent que les ténèbres extérieures, et l'incapacité delà vie; où il n'y a ni ordre, ni forme, ni solidité, ni suite, ni organisation. Je le sais, il n'y a que trop d'âmes informes, où rien ne tient, ne dure , ne s'organise, et ne se suit ; dans lesquelles manque la force de centralisation qui les ramènerait à elles-mêmes et à Dieu : amies diffuses , âmes en dissolution , qui n'obéissent à rien qu'à la partie nécessaire et fatale de la loi : âmes entièrement stériles, où il ne peut y avoir de moisson, parce qu'il n'y a par leur faute ni base solide ni stabilité, et parce que leur allure à l'égard du principe de la vie consiste, tantôt à s'y brûler et tantôt à s'en séparer. Elles passent de la flamme qui dévore au froid qui tue, et reviennent ensuite à la flamme, si toutefois elles n'en viennent pas à descendre indéfiniment dans le froid. Certes le déchaînement d'une âme dans toute l'excentricité des passions , et l'emportement qui la lance successivement dans les flammes de la furieuse sensualité, puis dans l'absolue dureté de la haine et dans l'évanouissement de l'orgueil, certes
M» ic EMBD tm vmmÊmTÉÊni,.
ce dédxauDemeDt dissout les Hme&, anéantit en elles tout çenoe^ 6te k la rie toute liasa, toute force aam ÏM^ultés. La raison et la liberté se fondent dans la fOssioB. Où est le oeadne àe oes âme^? Ou «at ieiir CQBurPOn ne le saii:. Lear fanBe, lear lieu, lofls ■dations w^xieoÈ sansoeaser icMes spgit jarf ats abfioIaBWBtdoHLfesrdfes A*<»it pliisâe£fintiY!^z «Iks «'ont ^pie 1 «centriciié^ soit cb elWi irnieB,, à r«ga0é du prÎBcâpe ^ ia lie; et l-esoès de Ti CKsoincité cnfife parfoîs lenr oiiùle- et Ifis âétaciie alieoi Ti— PMft du oeBiPEu on du moins ies lanop daatf hçimd que ^"ompenfee toajdms le salril éiemel, 4|Hi nV nenent plus. L expéiâfiBoe tt J^liwanirnf nog-j ■iontmit ■dHiTTinfiimmnrit qu^ilTJi de telles
Mais hiMmii tnti : ce soni 1k aiaescB defams
^*bo9S deiD8â œ palais •qpe dé- PaiioDs des iiBes «■ lûe de €f sooîxûâa ai leur ceotnei ajKBS qui pmiKiit, « r<Mi pevt sTesprÔEDcr aônâ «pac saint Ausustia. la fenne s^CÉHii|iae. soLde. oenlniisêe, «fijie rtftractkMi divine ieoir doBoe, «rt qui vivmt en rapport coosÊsual • et ndtagmaaml uiiiîonnp^ mec le principe de ia ne.
LE Lieu DE JL'JBIMIWITALITÉ. 311
Koiis n!entendpii$ pgs exposer la science des as* très, mais ce^le de lame. >Ce qui concerne ie ciel physique peut n'être ici qu'image et poésie, mais ce qui regarde Tàme elle-mén^e, nous le donnons comme vérité. C'est le résumé de la science des chrétiens, qui sont les vrais observateurs de l'âme. Ici les Pares, les docteurs, les mystiques et les scch lactiques, saiiit Thomas, saint Bonaventure, s^int Avigustin, Richard de Saint- Victor, Thon^ssin, Sugrez, et tous ceux qui ont commenté cette parole de la sainte Écriture ; a Le juste dispose dans son K «coeur des degrés d'ascension vers DIqu , » tous sont d'accord.
Tous voient trois phases, trois jours de marche. Chercher la vérité, dise.ntiils, c'est chercher Dieu, d'abord dans la nature visible , puis dans l'âme , puis en Diqu même. La raison le cherche dans le monde des corps ; puis elle cherche Dieu en ellemême, en sa propre lumière, reflet de Dieu; et puis elle cherche Dieu en Dieu, Et il est fort à remarquer, selon tous ces auteurs, que le troisième degré n'a plus seulement pour principe la raison : la raison ne s'appuie plus seulement sur sa lumière
naturelle, reflet de Dieu, mais surtout, et c'est ce qui caractérise ce degré, sur la lumière surnaturelle qui vient de Dieu directement et immédiatement. Selon Richard de Saint- Victor, chacun des trois degrés est double. Le premier des deux degrés de la première phase, c'est l'imagination seule ; le second , c'est l'imagination aidée de la raison , et remarquant l'ordre et la beauté des lois du monde des corps. La seconde phase, c'est d'abord la rai* son passant des choses visibles aux invisibles, puis ne s'appuyant plus que sur elle-même {in ratione secundum raiionem). La troisième phase comprend ces deux degrés : la raison s'attachant aux vérités claires de la révélation, et puis s'attachant aux mvstères de la révélation ' . Saint Thomas admet tout cet ordre et le commente ainsi : i* D'abord
* Qwiram prima est seconduni sobm imaginatîoDeai, dum attendiOMis ras coiporales. Secunda autem est in inu^natîoiie secuiiduin ratHMMm, proirt sciUcel sensàbiUum ordinem el dispositionem oonsidefamus, Teriîa M in ralione secundum îmaginationem, quando $anli<trt per inspectii^nem fcmm Tiàbilîum ad invisibilia suUeva- MMir. i^rta aut<m est in ralione secundum ratîonem, quando sâ- Ï¥Cti ammu^mtenô.t inxîsibu btt$ qua?;nu^lnabonon nofiU Quinla autv^i ii^>t suivra rjit.viMtu. qianJo ex d:vina re^viatione cognoscim«$ <va «)uj^ Kunuiaa rjitkMEie tom;«vèien<M non possmL Seita auh^m «M :>4:|Mra r«Lvnoni ^ |r\\<rr raikoeoi. quando scilioei tx di- \ 4M ù ^ux'Mi;\Yie <\v:;hx>c a:.;^ «m «;..;e Luo^ud ratîoni re|Hignare >iMKii;ur. ^RxlvMvl ^V S* nlA>v:r, 1-*». I, Oe (v&l«n)*laL Cap. vi.)
perception du sensible ; ^^ commencement du passage du sensible à Tintelligible ; 3° comparaison du sensible et de l'intelligible ; 4° puis considération du pur intelligible ; 5® et puis contemplation de Tântelligible que la raison ne peut trouver , mais peut comprendre; 6® enfin contemplation de l'intelligible, qu'elle ne peut ni trouver ni comprendre , ce qui est la contemplation de la vérité divine (^quœ pertinent ad contemplationem dmnœ veritatis *).
« Il y a^ dit saint Bonaventure, trois jours de «c marche dans la solitude ^. Par ces trois jours, « nous devons passer, comme Jésus, du monde à « notre Père '. Ces trois jours correspondent à la
* Per illa sex designantur gradus quibus per creaturas in Dei contemplationem ascenditiir. Nam in primo gradu ponitur perceptio ipsorum sensibilium. In secundo vero gradu ponitur progressas a sensibilibus ad intelligibilia. In tertio vero gradu ponitur dijudicatio sensibilium secundum intelligibilia. In quarto vero gradu ponitur absolula consideratio intelligibilium , in quae per sensibilia pervenitur. In quinto vero gradu ponitur contemplatio intelligibilium quae per sensibilia non inveniri possunt, sed per rationem capi possunt. In sexto gradu ponitur consideratio intelligibilium quae ratio nec invenire nec capere potest, quae scilicet pertinent ad sublimem contemplationem divinae veritatis, in qua fmaliter contemplatio pei^ ficitur. (2* 2" q. 480, a. iv.)
' Haec est via trium dierum in solitudino. (Do gradibus ascensionis in Deum. Cap. i.)
> Cum Christo transeuntes ex hoc mundo ad Patrem. (/6id.)
3i4 LS lieu m VmJAQRTàUTt
a triple nature des choses, la matière , Tesprit, « Dieu. Us correspondcoit anssi à la triple subs^ a t^nce qui est en }ésus*Christ , la corporelle , la « spirituelle, et la substance divine * . Ils correspond a dent encore aux trois époques, aux trois degrés ce de la loi de Dieu, loi de nature, loi écrite, loi a de grâce ^. Ces trois jours répondent encore à ff nos trois puissances , dont la première peut se a dire animale, la seconde intellectuelle, et la troi- « sième divine ^. Dans le premier degré notre âme « voit les corps qui sont hors d'elle-même (coipo^ (^ raUÇ' exteriora) : dans le second eUe est en ^e- « même et se voit {iiUra se et in se) : dans la o .troisième qU^ regarde au - dessus d'elle - même « (^supra se), et voit Dieu. Dans le premier elle « voit Dieu dans ses vestiges, dans le second Dieu
^ Uœc respicit tripUcem rerum existentiam, scilicet in materia, in intelligentia et in arle divina.. . Hsc etiam respioit triplicem substantiam in Christo, qui est ^csila nostra, scilicet corporalem, spirilualem et divinam. (De gradibus ascensionis in Deum. Gap. i.)
' Trium legum tempera, sciiioet natures, scripturae, et gratis. {Ibid. Cap. I.)
' Très potentias, animalem, intellectualem, divinam: l^'potentia anim^lis duplex, vel in ot^ecta sensuumparticulariuim; sive in pban* tasmata sensibilium, et sic est potentia imaginativa ; 2* inteiieclualis potentia duplex : scilicet ratio et inUllectus ; 3° potentia divina duplex : una qua se convertit ad txAenda divina spectacula • alia qua se convertit ad gusUmda divina solaiia* {Ibid.)
ÎM IMV QM XVMRMRTÂUTJt di5
« dans «5611 iii|i^, dans le troisiènie *pîeu en lui* a même. Le -pvemier e^ le patriÂs eu ten^de, le sea coBd est le lieu saint, )le ^Foîsième est le «aint a des sakits * . »
Mais , dit encore saiot fionaventura, chacun de ces trois degvés se sid^divise^n deux, sdon le sens dans lequel rame regarde. Ce qu'il explique au long; d'où il ^eondut, comme sainte Thérèse, qu'il y a dans notre âme six 4emauFes«qui mènent à la septième, lieu du repos. £( de même, ajoutet-ily que Dieu fit le monde en six jours, et se reposa le septième , de même ce monde abrégé qui est l'homme doit arriver par six degrés d'iUiuninations •successives au repos de la contempiation ^, comme il est dit dans l'Évangile que Jésus-Christ , après six jours^ conduisit ses disciples sur la montagne
* Quoniam autem contingit oontemplari Deum non solum extra nos et intra nos, verum etiam supra nos : extra nos per vestigiùm, intra nos per imaginem, et supra nos per lumen quod est signatnm super mentem nostpam, quod est lumen veritatis aeternae, cum ipsa mens nostra immédiate ab ipsa veritate formetur; qui exercilati sont in primo modo intraverunt jam in atrium; qui vero in secundo, intraverunt in sancta; qui autem in tertio, intrant, cum Summo Pontificot in sancta sanctorum. (Ibid. Cap. v.)
* Ut sicut Deus sex diebus per^cit universum mundum et in septimo requievit, sic minor mundus sex gradibus illuminationum sibi succedentium ad quietem contemplationis ordinatissime perdu-
. catur. (Ibid.)
M6 LE UEO DE LUmORTàUIÉ.
et Col tran^guré devant eux. Lorsque Tâme a vu Dieu hors d'elle - même daus la nature sensiUe, reslige de Dieu, puis en dle-méme dans Timage de Dieu, puis au-dessus d'elle-même dans la lumière de Dieu, il lui reste à passer et à s'élancer en Dieu tout entière par Jésus-Christ, qui est notre passage, et il £aut que le centre de Tâme et de Famour soit tout entier transporté et transformé en Di^i. C*est là mourir. Et celui qui aime cette mort verra Dieu. Mourons donc et passons avec Jésus-Christ crucifié, du monde à notre Père ' .
Tous les maîtres de la vie intérieure comprennent comme saint Bonaventure ' , et sainte Thérèse , ce progrès et cette marche de l'âme. Tous
* Restât ut base gpeculando transcendât et transeat, non solum mundum istum sensibilem, verum etiam semetipsnm, in quo transitu Christus est via et ostium... Pascha, hoc est transitmn, cum eo facit... In hoc transitu, si sit perfectus, oporlet quod... apQx affectus totus transferatur et transfonnetur in Deum... Qaam mortem qui diligit, videre potest Deum... moriamur ergo et transeamus cum Cbristo cruciBxo ex hoc mundo ad Patrem. (De gradibus ascensionis in Deum. Cap. vu.)
* Juita igitur sex gradus ascensionis in Deum, sex sunt gradus potentiarum animœ, per quos ascendimus ab imis ad summa , ab exlerioribus ad intima, a temporalibus ad œterna, scilicet sensus, imaginatiOf ratio, intelligentia, apex mentis seu synderesis scintilla. Ho s gradus habemus in nobis plantâtes per naturam, déformâtes per culpam, reformalos per gratiam, perficiendos per sapientiam. {Ibid, Cap. 1.]
voient trois jours de marche, pour arriver au centre, où rame trouve le repos.
Or, j'aperçois dans ces trois jours de marche, dans ces trois degrés de la vie, et dans ce centre vers lequel tout convergé, la véritable science de l'âme, de sa vie et de son avenir, science dont les modernes, et surtout les contemporains , s'occupent bien peu.
in.
Mais, au moment où j'écris cette plainte contre la psychologie des modernes, qui ont rompu avec la grande tradition catholique, comme avec Platon tout entier et avec Aristote lui-même, voici que la Providence suscite, ou, pour mieux dire, exhume un grand observateur de Tàme, pour confondre, par la plus éclatante leçon , la philosophie séparée qui regarde l'âme isolée, et qui refuse de voir ses trois vies, ses trois jours de marche, ses trois degrés d'élévation.
Ce penseur, que tous les penseurs séparés appelaient « notre maître, » semble sortir aujourd'hui de la tombe pour leur dire i « Il n'y a pas « seulement deux principes opposés dans l'homme, a II y en a trois. Car il y a trois vies et trois or-
« dresde facultés *. Il y a trois espèces de disposi- « tions d'âme bien différentes : la première, celle a àé presque tous les hoitimes , consiste à vivre « exclusivemefnt dans le hionde des phénomènes « qu'or* prend pour des réalités.... Là deuxième « est celle dfes esprits les plus réfléchis qui cherce chent longtemps la vérité en eux-mêmes ou dans a la nature — La troisième enfin est celle des Cl âmes éclairées des lumières de la religion, les ce seules vraies et immuables. Ceux-là seuls ont ce trouvé un moyen d'appui fixe ^. »
Ces ti*ois vies sont appelées par fe grand psycho- Ibgue tes degrés ef infériorité de notre âme. Selon lui, la première est lu ne animale, La seconde est proprem^ént la Vie de l'homme. Cfe sont là « les dieux ce vies , animate et pensante ^ . Mais au - dessus de cr cette deuxième vie, il en est tme troisième qui, « pas plus qiie lia vie organique, n'a en elle son tt principe, ses aliments, ses irtobites d'activité, rt mais qui les emprutite d'une source plus haute, ce La deuxième vie de l'homme ne semble hii être ce donnée que pour s'élever à cette troisième.... Le cf Christianisme seul explique ce mystère : seul, il
^ Maine de Biran, sa vie ses écrits, p. 399. — ' Ibid»^ p. 328. ' Ibid,, p. 3éi.
LE LIEU DE L'IMRfORTALItÉ; %\i
« révèle à l'homme une troisième vie, supérieure « à celle de la sensibilité, et à celle de la raison ou « de la volonté humaine. Aucun autre système de a philosophie ne s'est élevé jusque-là ' . »
a L'illusion de la philosophie est de regarder le « principe de la vie spirituelle comme exclusive- « ment propre au moi, et de le considérer comme <f indépendant de cette autre influence supérieure « d'où lui vient toute cette Itimière qu'il ne fait « pas^. Cette vie est supérieure, non-seulefnent à «r Finstinct de Fanimalité, mais encore à Finstinct de a Fhumanité '.... L'Esprit de Dieu connaît seul ce
« qui est de Dieu : méritons d'en être éclaif es *'
a J'ai été autrefois embarrassé pour concevoir cômcc ment l'Esprit de vérité pouvait être en nous, a sans être nous.... J'entende maintenant la cont- « munication intérieure d^un esprit supérieur à « nous, qui nous parle, que non» entendons au « dedans, qui vivifie et féconde notre esprit sans se
«confondre avec liri Cette communication de
« f Esprit stvec notre esprit propre, qtiand nt^us srf- « vous l'appeler oit lui préparer une demeure au « dedans , est itn véritable hàt psychologique , et a non pas de foi setrltettient *. ri
« Ibid., p. 364 et 362. — » 7W(J., p. 405. — »/6t(l., p. 416.— ^ Ihid. p. 442. — 8 Ihid,, p. 440.
320 LE LIEU DE L'IMiMORT ALITÉ.
Mais écoutons encore ce penseur admirable qui, par un demi -siècle de méditations originales et opiniâtres, et par la plus éclatante sincérité, a retrouvé les grands principes de la science de l'âme, foulés aux pieds par ses contemporains. Voici que, comme nous, il semble comparer, en quelque chose, les trois phases de la vie de Fâme, à certains traits de la vie des astres : ce Notre âme, dit -il, tf semble obéir à «diverses attractions, comme la
<c matière » Tantôt <c les affections de Vorga-
« nisme attirent à elles presque toutes les forces a de Tâme, et la fixent ou l'absorbent dans le a corps.... »
Tantôt, a la force active peut concentrer Tâme a en elle-même, en la faisant tourner, pour ainsi « dire, sur elle-même et autour de ses propres a idées : c'est la vie philosophique, qui consiste c( dans la méditation intérieure, dans l'exercice de ce l'activité employée à atteindre un but intelleca tuel * . . . . » Or le plus souvent, « les âmes même a les plus parfaites, les plus réfléchies, ne font que a tournoyer autour d'elles-mêmes sans avancer <c vers Dieu *. » Mais « pourtant la force active « peut aussi porter l'âme hors d'elle-même, vers un
* Maine deBiraD, sa vie et ses écrits, p. 381. — * Ibid.y p. 339.
LE UEU DE LlxHMORTALITÉ. 321
a idéal, un infini qui est donné ou qu'elle se donne « pour but de ses efforts. En entrant ainsi dans « une sphère supérieure^ toute lumineuse, rame a peut encore obéir à une attraction tout à fait op^ « posée à celle du corps. C'est la vie mystique de « l'enthousiasme, et le plus haut degré où puisse (c atteindre l'âme humaine, en s'identifiant autant a qu'il est en elle avec son objet suprême , et rea venant ainsi à la source d'où elle est émanée ^ » Mais comment concevoir « cette troisième vie , « plus haute que nous et que tout ce qui peut être « atteint par l'entendement ou l'esprit qui est a nôtre ^ ?. . . )i Comment concevoir « cette influence « surnaturelle de la grâce ou de l'Esprit de Dieu « sur nos âmes?. . . » et ces « deux états opposas de « l'homme, où c'est comme un autre être, une a force autre que sa force personnelle. . . . qtii agit a en lui sans être lui ^?... » Comment concevoir, <c ce qui paraît inconcevable, d'après l'expérience, a que la vie intellectuelle reste inaltérable, indépen- « damment de toutes les conditions naturelles?. . . » Aces questions, le philosophe répond ceci : «Voila
« LE MIBACLE DE l'HoM3ME-DiEU *. »
* Ihid,, p. 384. — « îhid., p. 402. — » /6td., p. 403. — * Ihiil, p. 384.