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Méditons avec attention , respect, sincérité, cette marche d'un puissant esprit, qui a dû soulever le poids de tout son siècle, pour retrouver, par les plus prodigieux efforts et par la grâce de Dieu, les grands traits de la vie de rame tels que les a décrits la philosophie des chrétiens sous la lumière de TÉvangile.
L'âme donc, selon la vraie philosophie, la chrétienne, là seule entière, lame développe sa vie par ces trois grandes phases successives. Ce n'est d'abord que la vie implicite des sens, vie. impersonnelle, où la raison et la liberté sont en germe, et fermentent sous l'attrait du désirable et de l'intelligible : vie d'innocente enfance, où Dieu nous parie surtout par les S3rmboles de la nature visible, et par les sacœments du premier monde.
Puis le temps vient où, sous l'attrait de Dieu, la raison et la liberté se dégagent, se distinguent de la masse; T homme prend possession de lui-même, et la personne hiunaîne se déploie. Ici, Dieu parle surtout à l'homme par Thomme, à la raison par la raison, par la loi écrite ou parlée.
Mais le premier usage de la raison et de la li-
berté, c'est d'ordinaire l'abus de la lumière aussi bien que l'abus du feu. La crise d'indépendance mène d'ordinaire à l'esclavage; la possession de l'homme par l'homme mène à la ruine de l'homme. Mais l'homme, lihte d'ailleurs ^ toujours sollicité de Dieu par l'attrait du désirable et de l'intelligible, sent alors sa faiblesse, sa misère et son éloi* gnement de la sQurce des forces. Il cherche pour sa raison et pour sa liberté, un imimuable point d'appui. Cette recherche de l'immuable est, dans tous les ordres de chose, la loi de la raison et de la liberté. Et l'immuable ne se trouve pas dans la mobilité du monde des corps, et la force réel* lement substantielle ne se trouve pas dans les immuables fantômes de la raison, ombres ou reflets de Dieu. L'immuable et le substantiel absolus ne sont qu'en Dieu lui-même, et l'âme, sous l'attrait de Dieu, veut passer d'elle à Dieu. C'est la seconde crise. La première crise, c'est, en un certain sens, le passage de la nature à l'homme ; la seconde est le passage de l'homme à Dieu.
Étudions un instant les deux premiers états.
Voici l'âme au plus bas degré de la vie, enve* loppée dans la nuit des sens, tout unie à son corps, nullement dégagée de cette masse de chair. Elle ne sent et ne perçoit la vie qu'à travers les cinq
sens; elle Taperçoit très -réfrangée, très -morcelée. Elle voit Tinnombrable multiplicité des existences individuelles, et saisit encore peu leurs rapports et leur unité. Que de temps il lui faut pour pressentir ou entrevoir une loi ! Que de répétitions du fait pour imprimer une habitude équivalente au pressentiment de la loil II semble qu'il lui faille un grand nombre de jours pour amener rarement une année. L'âme, dans ce crépuscule, vit lente-^ ment : sa raison émerge à peine, peu à peu, et empiriquement, de la variété vers l'unité : c'est le crépuscule de la science, ou plutôt son absence. L'âme ne voit que lumière diffuse, et ne saurait saisir le centre, la source et l'unité de la lumière. Sa liberté, sans clair discernement, n'a pas de force, pas de mouvement; le côté personnel de la vie se développe à peine. Tout est à peu près implicite. La vie personnelle est peu distincte de l'impersonnelle, de même qu'il n'y a pas beaucoup de distinction dans le côté diurne et le côté nocturne de la vie des premières planètes. Il n'y a donc presque pas encore de liberté, ni de raison, mais peutêtre aussi moins d'erreur et de perversité. L'instinct domine, mais n'est pas perverti par calcul et par volonté. Dans cette faiblesse et cette pauvreté de la vie, il y a peut-être le reflet de la première
béatitude évangélique : « Heureux les pauvres d'es- « prit; » peu d'excès, peu d'excentricité furieuse allant entre les deux passions extrêmes , l'orgueil et la sensualité : naturelle innocence dans cette faiblesse de développement : c'est presque l'irresponsabilité du rêve.
Tel est le. premier degré de la vie de notre âme, comparable à la vie des mondes qui dorment dans la zone éloignée du centre, celle qui, dans l'hypothèse astronomique reçue, s'est formée la première.
Voici le second degré.
Le passage du premier degré au second, c'est, en quelque sorte, un passage de la nature à l'homme. L'homme sort d'une sphère passive, impersonnelle, pour entrer dans sa propre sphère.
Que dire des âmes arrivées à cette crise ? C'est la crise la plus dangeureuse de la vie ^ Ici com-
* Nous ne saurions trop engager nos lecteurs à lire le livre inti« tulé : Maine de Biran, sa vie et ses pensées. Cette crise du milieu a été la grande crise de ce noble esprit, et a duré pendant la meilleure partie de sa vie. Il en .est sorti philosophe chrétien. Dans son journal intime, il décrit amplement, et dans les mêmes termes que
mence vraiment la personnalité. La lumière et le feu augmentent, et sont plus explicites. Mais c'est alors, à peu près toujours, qu'arrive l'abus de la lumière aussi bien que l'abus du feu. Nous avons décrit amplement la naissance, les effets de ce double foyer, la séparation qui tue l'âme, la dévore ou la brise, la laisse en ruines pour toute la vie.
Il est visible que,' sous nos yeux, la plupart des âmes sont des ruines , des palais renversés , des mondes brisés, qui ont été détruits à cette époque, à cette seconde phase de la vie où commence la personnalité bien distincte, où Tâme, sortant de sa simplicité native, de l'innocence passive, commence à vivre par pensée propre et par volonté ^personnelle. Elle reçoit de Dieu pour cela une augoientation de lumière et de feu , mais en abuse pour développer en elle les deux foyers mauvais, où la lumière se dissipe en orgueil, où le feu se dévore en sensualité.
Et voici unç particularité qui rentre bien dans notre comparaison. C'est que la seconde zone du ciel , à laquelle nous voulons comparer cette se-
nous, cette région de Veffort, de la lutte, de l'inquiétude, de la mobilité, de Vinstabilité, Ce sont les termes qu'il répète sans cesse : je tiens à constater que depuis la lecture de ce journal je n'ai ni ajouté ni changé un seul mot à mon texte.
conde phase de la vie de Tâme, ne nous' présente qu'un seul objet, savoir : un monde en ruines ! Une planète brisée, un vaisseau naufragé, dont on voit flotter les débris ! Sans doute, le fait de ce naufrage peut être contesté ; mais voici qiii ne saurait l'être, c'est qu'en cette zone moyenne, d'après les lois du mouvement, la condition des masses qui s'y trouvaient était celle d'un mouvement instable * . Ainsi, que le naufrage ait ou n'ait pas eu lieu, il est certain que la zone moyenne est, en tout cas, la région des tempêtes. Ceci suffit à la solidité de la comparaison; car des trois grandes stations de l'âme, la moyenne est bien évidemment la région des tempêtes *.
' Lagrange a entrevu, et M. Leverrier a suivi encore plua loin ce résultat des lois du mouvement, savoir que dans la région qu'occupent les nombreuses petites planètes, la condition des masses destinées à devenir ultérieurement des planètes, était celle (fuit mou* vement instable. (Babinet, Revue des Deux-Mondes^ 4 5 janvier 4 85&.)
^ Ceci est précisément une des idées fondamentales de Maine de Biran. M. Ernest Naville, 'son intelligent éditeur, résume ainsi, d'après les nouveaux essais d'anthropologie, que nous n'avons pas encore, la doctrine des trois vies ou des trois degrés successifs du développement complet : « L*homme est donc placé dans une posi- « tion intermédiaire entre Dieu et la nature. En s'abandonnant à « ses appétits et à toutes les impulsions de la chair, il trouve une « Sorle de triste repos dans Tunlté d'une vie purement animale. En <c s'abandonnant sans réserve à Tinfluence de V Esprit- Amour, il
Mais avançons! Ne parlons pas des âmes en ruines, des naufragés de la première crise; parlons de celles qui survivent et qui traversent la tempête. Ces âmes seules développent la fleur, Fintelligence. Elles emploient et consacrent la première sève de la jeunesse, non au plaisir, mais à la vérité. Elles ne la perdent pas dans les joies sensuelles, mais rélèvent jusqu'au sommet de l'homme, jusqu'à la tête qu'il faut organiser pour la pensée, pour la raison. Elles commencent à sortir de la bassesse de l'égoïsme, par le culte de la lumière, qui est universelle et qui est Dieu. Ces âmes alors sentent redoubler l'attrait du désirable aussi bien que de l'intelligible, et sont appelées, par la grâce de Dieu , à porter le vrai fruit de la vie, l'amour libre de la justice et d u souverain Bien , c'est-àdire de Dieu et des hommes. Et c'est alors que commence la soif de la lumière directe, substantielle, pleine de ses trois rayons, rayon de force, rayon d'ardeur, en même temps que rayon lumineux. La lumière diffuse, indirecte, ne suffit plus;
« trouve, dans Tabnégation de sa volonté propre^ la joie du renon- « cernent, et parvient à la paix [dans Tunité de la vie divine. Mais a dans Vèiat moyen où l'homme lutte contre les impulsions [sensi' « blés, sans s'abandonner à la puissance supérieure de V Esprit di' « vin, se trouve la région des luttes, du trouble et de rinquiétude. »
"^U DE L'IiUMORTALITÉ. 329
leur insuffisance; la lumièœ . )I(3 plus que Tombre et le fantôme . L esprit entre dans la grande crise cillent décrite par Platon, lorsqu'il afi alors Tintelligence cherche le soleil , et plus seulement son reflet sur les corps , ou vil son image dans les eaux. Selon nous, Fesprit humain s'élève alors à sa plus haute pensée : la raison est à sa limite ; Tintelligence a traversé ce degré de l'intelligible divin qu'il est possible de connaître par notre raison seule, et qui est un reflet de Dieu, et elle cherche cet autre degré que le reflet ne peut donner, qui est une certaine vue directe, une certaine connaissance immédiate de Dieu même. C'est la crise de l'intelligence arrivant à la foi.
C'est donc ici l'époque où l'àme, sortie de la nature {ab exteriorihus)^ et rentrée en elle-même {ad interiora)^ veut' commencer à sortir d'ellemême pour s'élever vers Dieu {ab interioribus ad superiorà). C'est l'entrée dans le troisième monde qui n'est plus ni le monde des corps, ni celui des esprits créés, mais qui est Dieu^ qui est la charité, où l'àme, selon la belle distinction d'Aristote, s'élève au-dessus des deux substances naturelles qui naissent et meurent^ pour s'appuyer sur la troisième
qui seule est immuable. C'est ce que les chrétiens Domment la vie surnaturelle. La recherche de la lumière chaude, de la lumière directe, de la lumière pratique qui est justice et charité: le mépris de la connaissance stérile, qui ne se tourne pas à aimer : l'amour dans la lumière (charitas veritatis) ; c'est le troisième degré.
Ce degré est symbolisé par les demeures du ciel qui, après cette région vide où surnagent des débris, forment un groupe de planètes centrales, dont la dernière, la plus centrale , Mercure, comparée.à la moins éloignée des planètes extérieures, Jupiter, reçoit, sur une même surface, deux cents fois plus de lumière et de chaleur, et, pour une même unité de masse , deux cents fois plus de force d'attraction. Qu'on se représente, sur l'immense corps de Jupiter, la plus centrale des planètes extérieures , un jour vingt-cinq fois moindre que le nôtre, et cette faible lumière tombant sur l'épaisse atmosphère de l'énorme planète. Il est possible que l'œil d'un homme placé sur cette dernière , et à plus forte raison sur la plus éloignée, n'aperçoive jamais le soleil et ne connaisse que la lumière diffuse. Mais au contraire, sur les planètes centrales, le soleil est radieux. Nous, nous savons distinguer du soleil ce jour diffus qui n'est qu'un reflet du soleil.
^ar nous voyons le soleil même directement, nous en apercevons le disque, nous saisissons ses rayons droits , nous connaissons sa forme , sa rotation , son poids et presque sa constitution physique.
Mais arrivons à Tâme. L'âme dans cette troisième phase entre dans la zone intérieure , non pas au centre, mais dans ces demeures rapprochées où l'attrait, la lumière et l'amour du soleil divin se font sentir ou voir déjà si fortement : où la vie hors de Dieu est transformée en un commencement de vie en Dieu. Un germé de la vie éternelle, un principe d'immortalité {initium substantiœ ipsius.,,, semen ipsius in eo manet) développe, selon Dieu, toutes ses forces intérieures, de sorte qu'il n'y aura rien dans la vie éternelle en Dieu , qui ne soit commencé ici-bas , par la grâce et par le don surnaturel de Dieu.
Mais l'âme ainsi régénérée et transformée estelle au terme ? Est-elle dans le repos et dans la paix ? N'y a-t-il plus de marche nécessaire ? N'y a-t-it plus de progrès possible ? Loin de là , car à vrai dire c'est ici que commence le progrès.
R^ardez la vigueur de la course de notre terre. Nous courons, nous volons avec l'incroyable vitesse de sept lieues par seconde, et le vaisseau le plus central de notre groupe, Mercure, marche beaucoup plus vite. Ce dernier serre de si près le centre, qui est le principe de sa vie, il en est si avide, il est tellement emporté par Fattrait, qu'il en fait presque mille fois le tour pendant qu'aux confins du système , Neptune , dans sa lenteur et son indifférence, parcourt une fois sa route.
Il y a, dans cette demeure presque centrale, comme une vie violente sous un attrait, sous une lumière, sous des splendeurs et des ardeurs sept fois plus énergiques que celles de notre plus radieux soleil. C'est un monde de vigoureux et rapides contrastes, et par la grande inclinaison du pôle .sur l'écliptique, et par l'excentricité empressée de l'orbite. On dirait un vaisseau très-penché dans sa course, que son extrême vitesse jointe à la résistance des flots, fait avancer par saccades et par bonds.
Or, je crois voir dans la vie de cet astre si rapproché de son soleil l'image des empressements de
rame vers Dieu. C'est la vie, telle que la décrit sainte Thérèse, dans la sixième demeure où Tâme aspire au terme et veut mourir, pour aller au principe de la vie. « A ce degré, dit sainte Thérèse, a l'âme est blessée d'amour *. » Dans- cette demeure, on souffre vigoureusement, comme on aime I L'âme déjà connaît quelque chose des richesses et de la beauté de la patrie dernière où elle aspire. Elle sent et connaît mieux ie contraste de sa misère et de la plénitude de Dieu ; elle entre d'ailleurs dans une plus grande union de toutes ses puissances. Elle croit s'être retrouvée ellemême, et Dieu la comble de félicité. Mais, à son tour, cette joie divine augmente l'attrait, le besoin de mourir, pour aller s'unir à la source, et ne plus voyager loin de Dieu. Et pourtant, dans ce degré de la vie, dit toujours sainte Thérèse, les puissances unies et distinctes, très- rassemblées et très-développées, sont plus que jamais dans la vie, dans la force, dans la lumière, l'amour et le bonheur. Le sens touche avec transport Dieu présent. L'âme se sent puissamment elle-même et croit se retrouver : et en même temps ce sens d'autrui, d'ordinaire si
* 11 faudrait lire tout ce que dit sainte Thérèse de la sixième demeure. Nous n'en donnons ici qu'une très-courte analyse.
33/t LE LIEU DE L'IMMORTALITÉ.
effacé dans rame, prend toute sa force. Il y a société sensible de Tâme aux autres âmes. Celles que l'on ne voit plus et qui, dépouillées de leur corps, vivent éu Dieu , Tâme , sans les voir ni les entendre, les sent présentes. Dans notre vie triviale, égoïste, diffuse et dispersée, l'âme se sent peu et ne sent point autrui. Qu'est-ce que la mémoire des autres en cet état? C'est un mot sans substance et sans vie. Mais quand l'âme vit de la vie vrAie, la mémoire est une communion. C'est aussi le moment par excellence de la vie et de la vision. Il y a quelquefois de véritables vues de Dieu. Ce n'est point l'extase vide des faux mystiques ; car Tâttie dans cette contemplation ne veut point séparer l'humanité de la divinité. Loin de rester à perdre le temps dans une stupide attente , l'âme cherche Dieu, comme l'épouse du Cantique, en s'adressant à toutes les créatures. Maintenant les images qu'elle voit sont réelles, elles sont intelligibles; l'image et l'idée, la substance et la vie coexistent. C'est l'époque des plus grandes lumières , où Ton voit le rapport de tout à Dieu. C'est l'heure du plus grand amour et aussi de la plus vigoureuse et de la plus femie liberté. L'âme se sent, et connaît, et aime sa vie en Dieu. Aussi elle brûle de soif, elle veut mourir : elle meurt chaque jour, die meurt à tout
moment. Or, dit toujours sainte Thérèse,'il y a une septième demeure qui est le centre, la demeure de Dieu même. C'est là seulement queTâme trouve le repos, la paix dont Tardent désir la transporte, et où elle aspire par la mort.
Nous allons parler maintenant de cette demeure centrale ; car nous suivons toujours notre recherche, la recherche du lieu de Timmortâlltè.
33& LE LIEU J»S LIHHORT*
effacé dans 1 ame, prend tout
ciété sensible de Tâme aux
l'on ne voit plus et qui,
vivent en Dieu , Tâmc
dre, les sent présr y/ITRE V.
égoïste^ diffuse r
ne sent point
des autres e * l'immortaxité (suite)
et sans v' ^ la mén^ ment
^^ jivons fait une première lecture dans le
.V Uieu. Nous y avons trouvé un premier en-
^ofe^it. C'est que l'état présent du monde est
;al de dispersion, de morcellement et de vicis-
,>va\ de vie et de mort. Ce n'est pas là l'état dé-
^.«uf de l'œuvre de Dieu. C'est le premier état que
4 >ainte Écriture a nommé « la vieille forme ! »
. w^ro) et dont elle dit : « La vieille forme a passé. . .
4< tout a été renouvelé! » (yeieFu iransierunt..,,
*^ucta suni omnia nat^a*). De plus, nous avons
^Hunmeiicé à comprendre vers quel état meilleur et
>nte et s'élève la création. Il y a
ai y comme dans la vie de Tâme,
v^neures de plus en plus centrales. Jje
, pour tout être créé, consiste à diminuer
>tance qui le sépare de son principe et de sa
Hirce, à s'approcher du centre, et puis à y entrer
afin d'y trouver le repos.
Mais y a-t-il une demeure centrale ? A force d'approcher du centre y arrive-t-on ? Oui, disons-nous; car pourquoi Dieu fait-il marcher les créatures , sinon pour les faire arriver ?
Mais pouvons-nous poursuivre ici notre comparaison de l'âme au ciel visible? Y a-t-il dans les demeures du ciel, outre les trois grandes zones que nous avons décrites, une demeure meilleure que les autres, qui soit aux autres ce qu'est le centre à l'égard de l'ehceinte, ce qu'est le repos au mouvement, le tout k la partie, l'unité à la dispersion, la vie pleine à la vie et à la mort mêlées ? Évidemment il y a, au centre des mondes qui circulent, un monde central, immuable au milieu de ces mouvements, qui renferme, et bien au delà, toute la vie et toute la lumière des autres , pleinement et sans vicissitude, puisqu'il en est la source. Ce monde, nous le voyons, c'est le soleil.
Mais le soleil est-il véritablement une demeure ? VI. 22
538 US UEU m yniNORTAUTÉ.
N'est-il pas simplement un océan de feu ? Tavoue qu'il ne m'est pas possible de ne. voir dans le père du jour, dans le père de toute la nature , qu'une simple lampe, ou une lave qui bouillonne. La poé> sie, et surtout la parole prophétique, font une plus haute estime de ce centre des mondes, a Dieu, dit a l'Écriture sainte, Dieu a (ait du soleil son tabera nacle * . » Et Tun de nos grands théologiens commente ainsi ce texte prophétique : « Dieu créateur a de toutes choses a mis son tabernacle dans le a soleil, la plus noble des créatures visibles. Dieu, a parmi toutes les choses corporelles , a choisi le a soleil comme un royal palais, et comme un sanca tuaire divin, afin d'y habiter. Certes, Dieu rema plit le ciel et la terre, ou plutôt ni le ciel, ni le a ciel des cieux ne peuvent le contenir. Cependant ce on peut dire que Dieu habite surtout là où il a £ût éclater sa présence par ses plus grandes mer- « veilles ^. n Si le soleil est la plus belle des créa-
>^ * In sole posuit tabernaculum suum. Ps. xviii.
* Primùm igitur conditor omnium rerum Deus, in sole tanquam in re nohilistima, pûauit tabernaculum suum; id est inter omnes carporales res eUgit Deus solem ut in ipso Uuiquam in palatio regio, vel divino sanctuario habitaret, Cœlum quidem et terram Deus implet, et cœlum et cœli cœlorum eum non continent : tamen t6f fiui^tf habitare dieikiT, ubi msyora signa sas prœsentiœ, mira-
tures visibles, s'il peut être appelé demeure de Dieu, palais, sanctuaire, tabernacle de Dieu, il ne peut être, ce me semble, une simple masse de lave, objet affreux ; il doit être plus beau que la terre, plus vivant et plus riche que toutes les demeures qui circulent au dehors de la source. La science d'ailleurs n'a aucune raison d'affirmer que cet astre ne soit pas un monde.
Qu*on se figure une terre qui porte l'auréole, comme on dit que la tête des saints la porte dans le ciel ; qu'on se figure un globe, mille et mille * fois plus grand que notre terre et que toutes les planètes, éclairé, vivifié par sa propre atmosphère, et non plus par un point situé hors de lui; une terre toute revêtue de gloire, dont chaque point de l'immense surface, au pôle, à Téquateur, et sous toute latitude, est, en tous sens et en tout temps, le centre delà voûte d'or, de la sphère lumineuse, du dôme vivant et vivifiant qui enveloppe chaque horizon !
En toute rigueur et géométriquement, sur tous
bilia operando manifestât (Bellarmin. De ascensione Mentis in Dcum. Gradus vw).
* Le soleil est quatorze cent mille fois plus gros que notre terre. La terre est à Tégard du soleil ce qu'est un grand vaisseau à l'égard de l'île de Jersey
les mondes extérieurs au soleil, il n'y a jamais qu'un seul point qui, pour un seul instant, reçoive un rayon plein, et jouisse de son maximum de lumière. C'est comme un fugitif attrait vers la vie pleine au milieu de la vie partielle, comme il arrive qu'il y a toujours en toute âme, dans sa vie la plus dispersée , un frêle et fugitif souvenir de plénitude et d'unité. Dans les mondes extérieurs, hors ce seul point privilégié, tous les autres sont toujours en deçà de leur lumière possible, et leur mouvement consiste à la poursuivre incessamment. Ici, dans le monde central, tout point jouit toujours du rayon plein. Aucun point ne regrette, aucun point ne poursuit sa pleine lumière, puisqu'il eu jouit en tout temps ; et s'il se meut, il se meut avec sa lumière, en sa lumière, non pour l'atteindre ou pour la fuir, mais comme pour mieux s'en envelopper. Tous les mondes du dehors tournent autour du principe qui les vivifie, et il leur faut un an de course pour l'embrasser, non pas pleinement, mais pour l'envelopper d'une ligne; à peu près comme notre pensée discursive n'atteint jamais le plein d'aucune idée, mais tourne autour, et la regarde point par point, et l'enveloppe d'une ligne, mais non d'une sphère. Ici, dans la demeure centrale, le mouvement se fait sous l'auréole et dans
. I centre. Le globe illuminé ne perd jamais de vue aucun point de Timmense total de lumière. Au dehors, il faut tout un jour pour être éclairé tour à tour dans la surface entière, et il faut une année pour envelopper d'un cercle la source lumi<neusc, et additionner point par point tous les as* pects possibles de cette ligne à cette sphère. Mais le monde central au contraire possède toujours, et en tout temps, toutes ses lumières possibles : son vaste mouvement intérieur, nullement discursif, mais toujours concentrique, saisit et embrasse toujours tout. Il y a bien encore ici des jours et des années, mais le jour est égal à Tannée, et le jour n'a jamais de nuit, comme Tannée n'a jamais d'hiver. Plus de crépuscule, ni de nuit, plus de saisons, plus de vicissitudes. Il n'y à plus que le sentiment idéal de ces choses, qui peut-être n'est que le battement double des vibrations de la lumière. .
Mais que devient la mort dans un tel monde ?
Sur notre terre, et sur toutes les planètes, l'irrésistible mobilité de la nature, à chaque révolution autour du principe de la vie, entraîne presque tout vers la mort. Chaque année, à la chute des feuilles,
a&2 LE LIEU HE LIHHORTALITÉ.
tout ce qui vit traverse une crise. Des milliers d'êtres meurent. Les plus faibles succombent, et les plus forts survivent en résistant et combattant. Là au contraire, sous Tauréole, l'immuable sérénité, la pérennité continue de toutes choses , la plénitude des flots de la lumière, entraîne tout vers la vie croissante, non vers la mort. Là, d'ailleurs, la vie des êtres est à peine successive. La vie est plus unie, plus concentrique et rassemblée. Les âges sont moins divers , et se pénètrent davantage. Il n'y a pas ce violent et inégal mouvement des saisons qui pousse si vite la fleur, depuis son tendre germe , jusqu'à sa chute dans l'herbe aride ; qui la tue par de perfides retours de glace^ ou la livre, si la glace l'épargne, au subit et cuisant soleil, pour être brusquemetit épanouie , dévorée et fanée en un jour. Il n'est pas facile de comprendre comment, sous l'auréole, les fleurs, si elles peuvent naître, peuvent se faner. Sans doute, elles se transforment tout entières en fruit sans cesser d'être fleurs. Ici le fruit chasse et abat la fleur : là il la glorifie. Une sainte dit avoir vu ou rêvé des vergers célestes où les fleurs ne mouraient jamais ; et un esprit charmant A prononcé ces mots inspirés par la poésie la plus vraie : « En ce monde, nous sommes suc- 'c cesslfs ; mais quand la mort nous aura faits ce
LE UEU OB LlMMORtALITÉ. 3&3
« que nous pouTOrïs être, n'est-11 pas à croire qu'il € nous sera donné de posséder, ensemble et en a même temps, notre gracieuse enfance et notre « belle jeunesse, notre âge mûr et notre vieillesse, tf comme ces arbres privilégiés qui portent ensema ble, sur un tronc noueux, des feuilles, des fleurs « et des fruits ? v Dans la demeure centrale, la fleur de la jeunesse et de l'enfance ne passe donc point, comme sur notre terre, en un jour. Ici-bas, la suave et angélique adolescence se transforme parfois tout à coup en rude commencement de sèche virilité, qui emporte la fleur de beauté sans apporter la force. La précipitation du mouvement vital parfois fait sauter une saison < Le brillant et noble passsige de la gracieuse adolescence à la puissante virilité de l'homme complet, la belle jeunesse est étouffée. A son tour, l'âge viril est un âge abrupte, qui ne conserve rien de la jeunesse ou de l'enfance, ni la foi sainte, ni l'immense espérance, ni l'élan magnanime, et n'admet rien encore de là calme sagesse qui doit conduire, par le soir de la vie, à la consommation. Là haut, sous l'auréole, s'il y a des vivants, les âges ne se précipitent pas si vite, ne s'excluent pas si durement. Ils se rassemblent au contraire, ils se complètent, ils se pénètrent. Oh ! qui nous donnera cette pénétration mu-
^liU LE LIEU DE L'IMMORTAUTÉ.
tuelle des âges , cette pénétration mutuelle des forces , des facultés , des idées , des amours ? Qui nous donnera la vie totale et rassemblée ? a Oh ! « s'écriait saint Augustin, patrie céleste, demeure « de Dieu, cité de paix, terre de vision, mère de ce mon âme, Jérusalem d'en haut, quand donc, me « retirant de ma difformité présente , de ma dis* a persion actuelle , me recueilleras- tu tout entier ce dans ton sein ! » Ohl oui, notre âme désire la vie totale et rassemblée aussi bien que la vie sans fin. Possession entière et parfaite d'une vie sans fin , c'est la définition théologique de la vie éternelle (înter^ minabilis vitœ tota simul perfectaque possessio).
Eh bien, la demeure centrale, l'île de lumière autour de laquelle voguent les mondes n'offre-t-dle pas du moins l'image d'un séjour éternel? Et n'aperçoit-on pas d'ailleurs, au ciel, des groupes d'astres qui semblent disposés aussi pour la vie pleine, ou du moins pour une vie moins partielle et moins passagère que la nôtre? « Là, dit un religieux con- « templateur de la nature, là, dans la région des a étoiles doubles et des amas d'étoiles, nous voyons « souvent deux soleils, quelquefois trois et plus, « associés comme des frères. Nous en voyons qui c( marchent ensemble par multitudes en troupes « serrées , aussi nombreuses que des armées. Au
« milieu de ces chœurs d'étoiles, la lumière ne dé- (c cline jamais. Dans ces assemblées de soleils -le a feu de mille et mille auréoles réunies entretient « un jour éternel. Mais quels êtres peuvent habiter 'c de telles régions ? Ce sont probablement des êtres ce très*élevés qui n'ont plus besoin d'alternances a entre la lumière et la nuit , ni de vicissitude de a froid et de chaud. Peut-être que, dans ces- ré- « gions, avec la nuit et le sommeil, ces images de a la mort, la mort aussi a disparu, ou du moins « ce qui pour nous, dans notre forme si imparfaite, (c s'appelle la mort, n'est plus, pour ces organisa- « tions supérieures, qu'un doux changement. Ijà « sans doute, la nature vivante se transforme au <c lieu de mourir, comme dans nos rêves nous pas* « sons doucement d'une forme à l'autre : et ces « transformations d'un passé achevé, en un jeune « et brillant avenir, au lieu de l'horreur et des larcc mes , n'apportent aux êtres intelligents qu'un « ravissement de joie à la vue des admirables et (C continuelles nouveautés de la vie grandissante * . » Il me semble que cette poésie est utile 1 Et ne futelle qu'un rêve, ce rêve n'est-il pas bienfaisant?
• Schubert, boé aBeltgcbâube; § 6.
ZM Lt UKO t)B LlMMORTALrrÉ.
Telles sont les sublimes images qu'inspire l'idée d'une demeure centrale dans la pleine lumière du soleil^ ou dans les mondes qui vivent dans une as* semblée de soleils. Mais la demeure centrale elle* même est-elle le lieu suprême de l'immortalité? Ou bien n'en est*elle que l'image, ou peut-être le vestibule, le tabernacle provisoire et voyageur encore? Il en serait de ce beau tabernacle comme de ces tabernacles du Dieu vivant, qui, sur toute la terre aujourd'hui, portent en eux le corps de Jésus-Christ, la substance de l'immortalité, et ne sont pourtant pas encore le lieu de l'immortalité. Les âmes saintes aussi, celles qui déjà portent Dieu et la substance de l'immortalité, ces âmes elles-mêmes ne portent ce trésor que dans un corps mortel, et ne sont pas encore dans l'immuable lieu de l'immortalité. Notre soleil lui-même mourra et s^éteindra^ puisqu'on a déjà vu d'autres soleils s'éteindre. Et d'ailleurs son auréole elle-même a des défauts et des lacunes. Ses immenses déchirures montrent parfois la nuit à tout un horizon de sa surface, et laissent voir à ceux qui l'habitent, s'il est habité en effet, qu'il n'est pas seul, qu'il y a d'autres soleils
LS UEO DE LlUttORTÂlITÉ. S&7
au loin, et une immensité dont son globe radieux n'est qu'un point. Le solqil voit que cette immensité est morcelée , que toute là vie présente des mondes est voyageuse et dispersée, et qu'elle est un exil où lui-même voyage isolé, en avançant vers la patrie et vers l'éternelle unité.
Mais cela rentre d'autant mieux dans notre comparaison de l'âme à toiit l'ensemble.
Nous l'avons vu, l'âme, et ses trois stations dont parlent les mystiques, et la demeure centrale de l'âme que décrit sainte Thérèse, répondent aux trois groupes de mondes , et au soleil qui les vivifie. Il nous reste dond à parler de la demeure centrale de l'âme, et il nous faut la comparer à la vie solaire sous la lumière de l'auréole.
Or, que dit notre sainte conductrice, qui nous mène à travers les cercles de l'âme, comme Béatrice mène le poète à travers les cercles du ciel, que dit-elle de la demeure centrale de l'âme ?
Le voici 2 « Cette demeure est le centre de l'âme, •c c'est le lieu du divin soleil, c'est le centre où « habite le grand Dieu *...., Dieu étant ce divin a soleil qui est, et qui demeure toujours dans le « centre de l'âme...., qui la féconde par sa douce
* Château de l'âme, chap. i®'.
a et vivifiante chaleur *. Le ciel n'est pas le seul ce séjour de Dieu. Il en a aussi un dans rame, ce qu'on peut nommer un autre ciel. Il ne faut pas ce s'imaginer que l'âme n'ait point d'autre lumière « que celle qui nous paraît et qu'elle soit un lieu « sombre et obscur. L'âme n'est point resserrée en « d'étroites bornes ; en elle se trouvent toutes ces « demeures; en elle le Créateur du ciel et de la a terre daigne habiter *. » Et quand Dieu veut s'unir à l'âme, pour consommer l'alliance, l'âme voit alors « qu'il la fait entrer en lui-même ainsi que « dans son centre '. » Elle se trouve introduite dans cette dernière demeure par la vision intellectuelle, dans laquelle elle voit et connaît que, dans le plus intérieur d'elle-même, elle est et vit toujours en société de Dieu. Là, elle entre dans le repos et dans la paix. Rien ne semble maintenant pouvoir tirer de cet heureux état la principale partie de l'âme *. Et en effet, c'est la partie principale de l'âme qui est immobile en ce centre, pendant que les puissances n'y sont point toujours recueillies. Et ici notre Béatrice, avec la certitude de sa vision et la simplicité ingénue de sa science, nous parle ainsi:
* Ciiàteau de l'âme, vu® demeure, chap. i*'. — * Ibid. — ^ Ibid. — * Ibid.
« Après cette faveur singulière, il semble k rame « qu'elle est comme divisée, étant d'un côté dans « la paix, de l'autre, dans le travail. Et la partie « souffrante et agitée se plaint à Notre-Seigneur, a ainsi que Marthe se plaignait à Marie, de ce que « l'autre partie de l'âme, qui jouit d'une plus pure oc et plus parfaite tranquillité, la laisse en des trace vaux et des occupations qui la privent du bon- « heur d'être auprès de Jésus * . »
« Ceci, dit sainte Thérèse, vous semblera peut- « être extravagant. C'est néanmoins très-vrai. Sans « doute, l'âme est indivisible, et pourtant ce que « je vous dis n'est pas imaginaire, c'est d'ordinaire « ce qui arrive. Et quoique l'âme et l'esprit soient « une même chose, on y remarque pourtant une a différence qui fait que l'un et l'autre peuvent (c agir à part ^. Il me parait aussi qu'il y a une « différence entre l'âme même et ses puissances. « Mais je ne puis assez bien expliquer tout cela '. »
Le caractère de cette vie centrale, c'est donc l'entrée en Dieu, l'union à Dieu; sortir de soi pour rentrer en Dieu ; entendre Dieu dire à l'âme : Ne pense qu'à moi, c'est moi qui pense à toi \ Cette
* Ihid, — * Joubert a dit : « L'esprit est l'atmosphère de Tâme. »
• * Ibid. — -* /6t(i., chap. ii.
union toute divine se fait dans le centre de rame, endroit où Dieu a établi son trône. Dans les autres demeures, il ne tenait pas l'âme au centre; ici Dieu ne vient point par les portes des demeures extérieures, il €ntre par le centre, et dit ce mot, comme au Cénacle : <c Que la paix soit avec vous ^ . »
L'âme alors, comme l'a dit saint Paul , devient, en quelque sorte, une même chose avec Dieu {qui adhœret Domino unus spiritus est), « L'esprit de a rhomme devient alors comme une même chose « avec l'Esprit suprême, qui, par cette grande face veur, veut montrer jusqu'où va son amour. Ici ff est le mariage de l'âme avec Dieu : ce qui préa cède n'était que fiançailles. Les visites de Dieu « passaient vite. Ici cette faveur dure toujours. « L'âme ne cesse point d'être avec Dieu , comme « dans son centre. L'âme ne sort plus de ce cena tre, et rien ne trouble plus sa paix * ; mais de cette ce divine source de l'infinie Bonté la vie bouillonne « toujours, et coule, et se répand sur les autres (c demeures de l'âme ; le divin soleil jette tant de « lumière qu'il la répand sur toutes les puissances « extérieures '. »
« Cette demeure où Dieu habite, et qui est le
* Château de TAine. -> * /6m(., vn* dem^ire, chap. i*'* -^ > Ihid,
a centre de rame, cette demeure, dit toujours notre a ^inte, est comme le septième ciel; c'est le ciel a empyrée (ciel de feu), gui ne se meut pas comme a les autres deux. Aussi les puissances de l'âme « ne peuvent plus la tirer hors d'elle-même, et a rien ne peut troubler sa paix * . L'âme ne craint a plus la mort, qui ne lui parait plus qu'une <c douce extase. Mais elle ne souhaite pas non plus a de mourir, elle voudrait prolonger la vie pour a servir Dieu. Car, à quel dessein, croyez-vous que « l'âme envoie de cette septième demeure, et fc comme du fond de son centre, ces inspirations a ou aspirations dans toutes les autres demeures du a château spirituel? Est-ce, à votre avis, pour y laisa ser endormir tous les sens, toutes les puissances a et toutes les forces du corps ? Bien au contraire : a c'est pour mieux travailler, pour joindre ensem- « ble le repos et l'action, pour honorer et nourrir ce l'Homme-Dieu, en lui gagnant des âmes ^. »
Ainsi parle notre sainte conductrice. Et n'y at*-il pas là une admirable intuition de la vie intérieure de l'âme? Quant à cette dernière demeure, il est certain du moins que la sainte aperçoit ce
que rêvent et désirent les cœurs.
* Ibid. — *Ibid.^ cbap. iv.
352 LE UEU DE L'IiM MORTALITÉ.
Voyez cette surprenante coïncidence entre la vie de cette septième demeure, telle que sainte Thérèse
la décrit, et ce que nous pouvons conjecturer de la vie du soleil. C'est, dit-elle, une demeure centraie, c'est le centre même de notre âme. C'est un lieu du ciel qui seul ne se meut pas, pendant que les autres se meuvent. C'est le lieu de la paix, du repos et de la vision. C'est le ciel de feu. C'est la demeure où l'on est avec le principe de la vie. C'est de ce centre que ruisselle la vie sur toutes les autres demeures de l'âme.
On pourrait croire que notre sainte a vraiment pensé au soleil, et elle semble en décrire l'auréole, quand elle parle « de cette nuée tout éclatante et ce lumineuse , qui est le commencement de la vice sion de Dieu. »
Voilà donc une comparaison suivie entre notre âme et le ciel visible, entre notre âme et ses puissances d\ine part , et d'autre part le centre des mondes et les mondes qui l'entourent.
Dans rame comme dans notre système solaire, il V a trois zones et un centre. Poiur l'âme comme pour le ciel, U vie commoice par la zone exté-
rieure et rentre de cercle en cercle. Le cercle du dehors est celui du sommeil et de Tobscurité. Le cercle du milieu est celai de la lutte, de Tinstabilité; c'est le lieu des tempêtes, des naufrages de la liberté qui commence et de la raison qui s'éveille. Mais le cercle intérieur est la région d'une vie plus forte, plus lumineuse, dans la proximité du centre. Au centre de l'âme, comme au centre de notre groupe solaire, vit et luit en tout temps le perpétuel attrait, le continuel bouillonnement du principe de la vie. C'est là que tend notre âme; c'est là qu'elle cherche le repos. Hors de ce centre, elle court et elle circule, comme les planètes; en ce centre, elle est dans sa paix. Mais l'âme ne se perd point, ne s'absorbe point dans ce centre. Elle y entre pour s'unir à Dieu : et c'est alors surtout qu'elle se retrouve. Rassemblée en son unité, elle ne perd pas et n'abandonne pas ses puissances. Loin de là; c'est du centre qu'elle envoie la vie, et la lumière, et la fécondité, et qu'elle pénètre d'une force surnaturelle tout ce qui vit dans les trois enceintes. 11 semble que l'âme ait d'abord épelé ses puissances, analysé les diverses parties de sa vie, commençant par les moindres, et arrivant au principal à mesure qu'elle s'approche du centre qui répond à tout : arrivée là, elle se possède elle-même entière,