‹ Philosophie. De la Connaissance de l'ÂmeChapitre 21 sur 33 · VI · texte numérisé non relu

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parce qu'elle possède son centre avec le principe qui le porte et qui le vivifie. Et là , d'une vie simultanée, unie à Dieu, elle vivifie tout selon Dieu, depuis le fond du sanctuaire, depuis le cœur de Tâme, jusqu'aux extrémités de l'homme, jusqu'aux sens, jusqu'au corps et à la matière de ce corps, et à la pierre qui constitue les os : envoyant de la part de Dieu quelque chose d'immuable, et des semences d'immortalité jusque dans ce corps qui périt.

Or, cette demeure centrale de l'âme, lieu du repos en Dieu, a pour image et vivant symbole le lieu central des mondes errants, c'est-à-dire le soleil, palais divin, tabernacle de Dieu.

Mais qu'est-ce que le soleil ? Qu'esl-ce que ce centre, relativement immobile, des planètes voyageuses ? Qu'est-ce que cette île de lumière autour de laquelle voguent et tournent les vaisseaux du ciel, comme s'ils cherchaient à y entrer?

Ce que la science m'enseigne, c'est que si le soleil est une demeure, c'est une demeure qui porte l'auréole, une terre qui vit dans l'intérieur de la lumièi^, non au dehors. Ce que m'enseigne la science, c'est que ce centre, relativement immobile.

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est un énorme monde mille et mille fois plus grand que toutes les terres '. Ce que me dit l'Écriture sainte, c'est que cet astre, père du jour, est le tabernacle de Dieu. Ce qu'elle me dit aussi , c'est que la mère dii ^çond Adam est appelée dtns la sainte Écriture, la femme revêtue du soleil et couronnée d'étoiles, comme le soleil est entouré des planètes voyageuses. Ce qu'elle me dit encore, c'est que cette divine mère est la Jérusalem céleste , et que. la joie des âmes consiste à y habiter toutes. C'est en cette cité sainte, notre mère, que saint Au* gustin veut rentrer pour échapper à la vicissitude et à la dispersion. De plus, la foi m'enseigne que l'Homme-Dieu, nouvel Adam, Père de la création nouvelle, vivant, et ressuscité dans son corps, s'est élevé au ciel. Qu'est-ce que le ciel où il est monté?

* Schubert dit quelque part : a Après avoir bien contemplé notre « système, il faut dire que, sous tous les rapports, cette terre cen- « traie est comme une mère à l'égard des terres voyageuses qu'elle c porte dans ses rayons.... Comme une mère porte dans son sein a une nouvelle créature qu'elle prépare à la vie et au jour, l ea chauffe de sa chaleur, et soutient par sa forte respiration et sa « puissante circulation, la respiration imparfaite, la lente circula- « tioi^ de reniant engourdi ; de même, cette terre centrale, mère et a dispensatrice du jour, le soleil, porte et nourrit les mondes naisa gants, et aussi notre petite terre, avec le germe encore enveloppé « d'une moisson qui doit croître dans l'infini et dans l'éternité. » (Schubert, m SBeUaeeonDe; § 42.)

Qu'est-ce que le lieu dont il a dit : Je vais vous préparer le lieu? Où est -il avec la Sainte-Vierge, et peut-être avec d'autres? N'y a-t-il point, dès aujourd'hui, en présence de l'Homme-Dieu, Roi des mondes, et de la Reine du ciel, n'y a-t-il point une cour céleste d'hommes ressuscites et vivants dans leurs corps? Y a-t-il dans l'Église catholique quelque trace de cette opinion? Et l'Église ne l'auraitelle |)oint condamnée ?

J'ouvre l'un de nos grands théolc^iens, Suarez, et c'est avec une joie inexprimable que j'y trouve la révélation que voici : « Le Sauveur est le premier-né d'entre les morts. Avant lui, nul ressuscité n'a pu se réveiller pour la vie éternelle. Mais à l'heure même où son dernier soupir domptait la mort, des tombes s'ouvrirent, dit l'Évangile, et beaucoup d'hommes ressuscitèrent pour l'immortalité, montèrent au ciel avec Jésus, et entrèrent avec lui dans la cité de Dieu. » Ainsi cette opinion existe dans l'Église; mais qui a pu l'y introduire? Le voici : Origène, saint Épiphane, Clément d'Alexandrie, saint Justin, saint Athanase, saint Ambroise, saint Jérôme, Eusèbe, saint Grégoire de Nysse, le vénérable Bède, saint Anselme et enfin saint Thomas ' .

* De istis potest dici quod siirrexerunt non iterum morituri, quia

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Aussi, après avoir cité toutes ces autorités, Suarez dit : c( Tout bien pesé, cette opinion est la plus vraice semblable. Elle est la plus autorisée, elle répond ft mieux à la nature des choses, à la miséricorde, à a la bonté de Dieu, et à la gloire de Jésus-Christ * . » Mais toute la tradition cathohque croit en outre à un lieu réel, un lieu physique habité par ces immortels, qui vivent dans leurs corps transformés ; et combien cette tradition sainte n'est-elle pas en cela plus savante et plus philosophique que le spiritualisme abstrait de ces écrivains délicats, et quelque peu manichéens, qui ne parlent des cgrps et de la matière qu'avec une sainte horreur 1 Ce lieu , disaient les docteurs et les Pères, c'est le ciel empyrée, le ciel de feu (efxîrupoç), le seul ciel immobile. On ne pouvait mieux dire : ciel immobile, et ciel de feul Us avaient l'idée vraie, mais non le fait astronomique. Nous, peut-être, nous avons le fait. Nous voyons en effet, au centre des mondes errants, au centre des terres opaques et voyageuses , nous

surrexerunt ad manifestationem resurrectionisChristi... Ideo surre xerunt tanquam intraturi cumChristoincœlum... Etveneruntin civitatemsanctam... scilicet coelestem, secundum Hieronymum, quia cum Christo venerunt in gloriam. (Div. Th. in Matlh. 27.) Voyez aussi (4. d. 43. q. i, art. 3).

* Voyez Suarez. (Comment, in tertiam partemdivi Thomae; disp. q. 53, art. 3.)

vojrons de nos yeux un ciel de feu, et uii ciel immobile. C'est le soleil, ce monde ithmense et merveilleux dont là sainte Écriture nous dit : « Dieu « a posé son tabernacle dans le soleil. »

Oh 1 combien l'esprit de l'homme est encore ignorant et timide, et dupe des sens et dupe de l'imagitlation ! D croit que d'ici au soleil, il y a loin, même pour Dieu. Mais^ dans la vérité, le soleil et la terre, et les autres planètes ne sont qu'un point et un seul monde. Si Jésus est vivant; si dans son corps physique il occupe, hors de cette terre et dans le ciel phjrsique, un lieu réel; s'il a un tabernacle, auquel d'ailleurs il ne saurait être lié; si sur cette terre, sauf un miracle de sa toute-puissance , il n*est présent que dans ses tabernacles , mais se trouve réellement présent dans tous ces tabernacles de pierre ou de bois, pourquoi ce taber^ nacle magnifique. Père du jour et de la vie des êtres, n'aurait-il point aussi la présence réelle de l'Homme -Dieu? Et pourquoi cette étoile plutôt qu'une autre? me dira-t-on. Ne peut-il pas aller dans toutes ? J'y consens. Certes il peut aller dans toutes. Toutes ensemble pour lui sont un point: toutes les étoiles de tous les groupes pour lui ne sont qu'une étendue finie , toujours nulle en face de l'infini. L'Homme-Dieu, le principe de la vie à

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Venir, la substatice d'immortalité a des milliers de tabernacles sur cette terre , pourquoi donc n'en aurait-il pas des milliers dans le ciel ?

Mais quoi ! notre soleil serait-il donc le lieu de l'immortalité? Non. Nous l'avons déjà dit, notre demeure centrale, sous Tauréole, ce lieu qui n'a point de ténèbres, ni de vicissitudes, et dont toute la constitution semble pousser toutes les existences à la vie, et non pas à la mort, cette grande île de lumière, autour de laquelle tournent les vaisseaux qui portent les voyageurs de la vie mixte, ce divin sanctuaire, ce tabernacle de Dieu, où peut-être réside, comme dans son tabernacle provisoire, la substance d'immortalité, avec le commencement de la cour céleste, cette source enfin de toute la vie des mondes, n'est pas encore le lieu de l'immortalité, puisqu'un jour, certainement, elle tarira. Le soleil n'est encore qu'une image du lieu de l'immortalité. Il est ce que saint Pierre appelle « le ciel qui est maintenant » en attendant <c le nouveau ciel » qui surviendra * . Il n'est encore qu'un astre du matin, relativement au jour qui doit venir. Les assemblées de soleils elles-mêmes ne sont pas ce sé-

' Cœli autem qui nuDC sunt... Novos vero cœlos... expectamus. (II. Petr.,111, 7 et 43.)

jour ; car ce sont des groupes séparés : ce sont encore des sociétés partielles et provisoires qui attendent la grande unité. Rien de cela n'est le ciel dont notre Maître a dit : « Je vais vous préparer le <c lieu. »

Cherchons donc, cherchons encore le lieu de Timmortalité.

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