‹ Philosophie. De la Connaissance de l'ÂmeChapitre 28 sur 33 · VI · texte numérisé non relu

VI

m L'HIVER.

mee, et que l'homme ici^bas ne peut rien embrasser de solide. Tout passe : le soleil qui se lève sur notre horizon précipite sa course et talonne la nuit ; et la nuit sollicite la lumière de venir pour faire rouler les plus belles parties de cet univers au néant. Les rivières coulent à grosses ondées comme si la mer, qui est leur centre, leur devait donner lé repos; la lune paraît au ciel, tantôt pleine, tantôt en son décours, et semble qu'elle se plaise comme si elle devait finir là ses labeurs et son cours. L'hiver dépouille les arbres de leur honneur, pour nous faire leçon de la mort.

<c Sortons donc de ce monde, et montons au ciel, par le secours de Dieu. Chères âmes, n'étesvous pas contentes de me suivre? Appréhendezvous ce passage ? Que craigne&vous? Craignez-vous le mal qui arrive à la dissolution ? Ëh bien , ne faut- il pas une fois souffrir avec Jésus, qui a si cruellement souffert pour nous ? Craignez^vous de quitter le fatras de ce monde, où la vanité règne, où l'avarice ternit toutes les vertus, où l'incrédulité tient Tempire, où le vice a dompté la vertu, où l*on boit les péchés comme l'eau, où l'on voit dés échantillons de Fenfer? Retirez-vous de ces filets, pour aller en im lieu où ne sont plus ces tristes ot horribles fantômes.

L'HIVBR. AftI

<c Et d'ailleurs, n'étes^vous pg[s fatiguées dé voir couler les rivières dans l'Océan , les saisons d^i^ailnée s'entre-suivre dans un ordre infailliHlè ? "Ne suffit-il pas d'avoir "VU tant de sôleils;*tànt débours et' tant de nuits? PenBez- vous que iès'airbres dêrla forêt produisent d'autre feuillage , que" la nàtttns donne d'autres fruits? Pensez-vous que les feux qui étincellent au eiel dônnérpQt une lumière tneillaure ? . . • ?

<f Quittons donc ce monde, ô obérés âmeft : 9l\^ Ions au lieu où régne Tautre lumière.

fi Combien de fois ài-^je voulu vous parler 1 mais je ne le pouvais. Nous vivions dispersés, et'jô' ne vous connaissais pas. C'est pourquoi je Vous écri^ vais, essayant de vous éxborter et de vous attirer. Et maintenant je voudrais' dtre riche pour vous lé* guer les trésors de la vie.

«c Les trésors de la Vie sont Tamour , l'buiiiiUté,* l'habitude de la mort.

ce II me semble, et ne vous semble-t-il pas aussi, qu'il est facile d'aimer I Aimer c'est le bonheur , la vie, la récompense ! Mais pour aimer de Ta"* mour qui s'élève, qui grandit et se renouvelle au plus haut des cieux dans sa source, il faut les deux ailes dq l'amour, l'humilité, l'habitude de la mort.

a Oh I si nous pouvions, vous et moi, parvenir k l'état de Jésus, et dire aussi : ce Je suis doux et <K humble de cœur I »

a Oh ! si nous pouvions , vous et moi , suivre Jésus, en portant notre croix chaque jour, en mourant tous les jours avec lui, comme saint Paul!

« Oh ! si, nous dégageant ainsi de l'esprit et de la corruption des sens, nous nous approchions chaque jour de la vie éternelle ! Le fruit de la vie, la substance d'immortalité, peu à peu se formerait en nous, comme se forme la perle ou le diamant dans les rochers ; et recueillis au centre, sous l'enveloppe mortelle de cette vie, nous commencerions à vohr, à posséder. Des ravissements d'esprit , à travers la mort commencée , nous laisseraient entrevoir parfois la vie solide et permanente, c'est-à-dire Dieu. présent, et les saints avec lui, et les âmes aimées près du cœur. Alors nous saurions dire aussi : .

« Et maintenant allons à la dissolution ! Je con» nais la dissolution par mes ravissements et mes extases. Avançons 1 traversons cet instant! Déjà je n'ai plus foi dans mes extases , car je vois ; je n'ai plus d'espérance, car je commence à posséder; et la charité seule me reste pour me joindre à vous,

* ô mon Dieu, à vous qui êtes la charité d'où sort le

feu d'amour qui nous embrase. Et comme le feu,

de sa nature , monte toujours , ainsi mon cœur ,

qui en tient, s'envole à vous 1 »

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