VI. i
iâO LA tfeÀNSFORMAttON.
Vàbtm<^ .de douleur d'uu vidie sâus fiu \et ^m es- J>ôir.
Mais de^côttdons plUs positivem^htdatt» te cbrps.
Vulci douc comtnettt l'homme étend la ihaln pour choisir et prendre là mort.
I^es trois fonctions, avons-hous dik, doivent contmuellemettt se développer et s'unir * . Cela même est la flamme de la Vie. Ce mouvement simultané, fcontinu^ de distinction et de mutuel embrassemeut, esst la flamme et ressente de la vie dànis notre corps, tîomme en physique c'est la lumière.
Eh bien, voici la marche^ la It^l fohdattientale de ia mort et de la maladie.
La sefeonde fonction épuisé la première-. Elle épuise ou ne produit pas la troisième, et elle s'éteint en voulant absorber les deux autres.
Dans tous les livres, comme dans toute Texpé-
* <K Touft ies organes, quoique divisés et subdivisés À l'HilRnî, (( quoique ayant même une sorte d'indépendance, sont entt^ eux « tellement solidaires que Vunité multiple devient le caractèriB fon- « damental de l'éconoitiie... L'homme est pour ainsi dir^ coulé d'un « seul jet. Il est un, absolunnent un. Dai^s son corps tout s'enchaîne « sans se confondre, tout se distingue sans se sépaner . Une loi « commune, une proportion constante, un lien d'absolue nécessité, a retiennent continuellement distincts et tùntinuellement ftnts. Us « organeSy le$ tissus et les îroi^cflONS. » (Réveillé-PariSfe. Vieillesse, chap. I.)
L\ TRAMSrORMATfON; 131
rience de fchacuh^ je lis tette ioi de décadence : « La TWB veiit Vivre et Veut jbuilr : l'homme veut sentii^ toujoure^ jtouirtoiijoun;...^ la vie demandé r^iEcilalion continuelle, et la perpétuelle surexcitation plus elle serit) phu elle veut Sentir s {^us
die jouit ^ fhss die veut jouir^ et sa passion^ 6on besoin, son désir, la volonté de la chair en un mot^ c'iBSt le vioieni sentir^ le vioient sentir continu, .... La vié^ coihnie tth enfant gourmand ^ ne cesse de dire : Donttez-m'en trop * . »
Les sens donc attirent tout à eux. Les sens épuisent la force radicale ; les sens gardent et concentrent la force qui devrait animer les metttbîies fet le cœur, pour le mouvement ou extérieur ou intérieur. La nature, dit la science, la nature a un budget fixe ; et dès lors, si les sens ont lé Isuperflu, e reste manque du nécessaire. La vie concentrée datis les sens, est affaiblie dans les entrailles^ et darts les muscles et dans le coeur : les Forces sen-
^ K La surexcitation organique, oâ phyaîque ou morale est la t cause la plus fréquente et la. plus dangereuse des maladies. L'at- « Irait du plaKîr est surtout l'écueil où l'on échoue* L'homme, ce tt grand enfant conduit par la folie> semble toujours.dire : Donnez- « m'en trop. I>e là le besoin perpétuel de sentir, d'ej^alter la vie t sous toutes les formes... le désir toujours actif d'être ému... le « désir permanent de stimulation, et(^ » (Réveillé-Parise. Étude de l'homme, i, p. 60.)
i%2 LA TRANSFORMATION.
shires épuisent tout, et annulent les forces mo* triées. La grande loi de la maladie est ainsi formulée : a Prédominance extrême des forces « sensitives, et diminution graduelle, presque ab* « sohie de la force motrice *, »
Voilà ce que la science me dit et me répète sous toutes les formes.
Dans rhomme supposé sain, ce ne sont pas les entrailles qui dévient d'abord, ni le cœur, ni les
* Réveillé-Parise, en parlant du tempérament nerveux, dit ceci : « On peut poser la loi suivante :
« D'une part:
« Disposition nerveuse originelle, excès d'action (nerveuse).
« Prédominance EXTRéME, continue, du système nerveux {c*esta à-dire des forces sensitives).
a D'autre part :
tt Diminution graduelle et presque absolue de la contracti- « LiTé (c'est-à-dire des forces motrices).
« Telle est la loi fondamentale, la condition organico-vitale, le a caractère dominant et distinctif de ce tempérament ; loi que je « |)rie instamment do ne jamais perdre de vue, car nous le retrou- « verons sans cesse ; cet ouvrage n'en est que le développement et « Tapplication. » (Physiol. des hommes de lettres, t.i, p 94 .)
Mais cette grande loi ne remplit pas seulement cet ouvrage, elle nous paraît remplir tous les ouvrages du même auteur et à bon droit : d'abord parce que le tempérament nerveux est celui qui se généralise parmi nous ; puis surtout parce que c'est, en général, par Tabus de la sensation, par le violent sentir et la surexcitation passionnée, que vient le mal physiologique, la maladie, quand elle vient du dedans.
organes du mouvement et de faction , ce sont les sens. Les sens s'égarent et nous entraînent.
La force sensitive épuise la force plastique et la force motrice : elle se maintient en surexcitation perpétuelle , pendant que les deux autres et leurs organes s'affaissent et s'atrophient. Mais où vont donc les sens eux-mêmes par cette inflammation et par cette fièvre ? Évidemment ils vont par l'exaltation à la prostration, et par l'excès à l'anéaatissement * .
* C'est ce que les fivres de médecine, et notamment les trois principaux ouvrages de Réveillé-Parise, répètent partout. — (Toy. les Études de l'homme, 1. 1, p. 68 et suiv.)
a Si Ton considère que parmi cette foule d'individus livrés à de violentes surexcitations , il en est très-peu qui reviennent au point indiqué par la Providence, on cessera d'être surpris des innombrables maux qiii nous accablent. Qu'y a-tril de plus vrai que l'homme, doué de ce beau et fatal privilège de conserver ou d'enfreindre les lois de son être, penche constamment vers ce dernier point par la faiblesse radicale de sa volonté, bien qu'il sache que l'harmonie n'est que Tordre dans le sens le plus élevé? Poussé par cette disposition instinctive que tout organe excité devient par cela même excitable, il se laisse i\ller à des excès doni les résultats sont infaillibles, quoique d'abord inaperçus et dans les futurs contingents. La surexcitation, mater sœva cupidinum, parvient bientôt à un degré où il n'y a plus d'équilibre possible entre l'excitement et l'excitabilité. La santé est dès lors à jamais compromise v c'est à ce point désastreux où arrivent les debatichés, les voluptiLeux.,. Ce qui vient d'être dit peut s'appliquer également à ces grands travaux, 'aux profondes méditations, à des fatigues corporelles extrêmes,»qûoique
iZk LA TRANSFORMIàTiaN.
C'est bien la loi que nous dînions : la secoqde force épuise la première et ne produit pas la troisième : elle abisorbe la vie, niais en l'ahsorhant elle s'arrête, et se détruit elle-même en se cherchant elle seule. C'est la parole de rEvaogile : « Celui « qui veut trouver la vie la perd, et celui qui con- « sent à la perdre la trouve. 3?
Mais tout ceci est commun aux deux races qui vivent dans l'égoïsme et hors Dieu, soit dans la volonté de la chair, soit dans la volonté de l'homme, soit dans la sensualité proprement dite, soit dans l'orgueil ou l'idée fixe. Mais voyons ce qui est particulier à chaque race. En même temps nous déve-
utiles ei indispensables. Les- austères i>oluptés de ^ SKdetKe eUemème, ne ga/rantissent nulkment des effets de la surexdtaUon ; elles 8ont aussi dangereuses que les autres, quand la prudence n'en pose pas Içs bornes, n*en limite ni la force ni la durée, h'd passion du savoir, celle de l'art^ est une passion qui dévore comme les autres^ quoique plus noblement... Il y a des aspects sous lesquels la nature humaine est tout à fait la nature animale* on peut faire cette remarque chez certains individus, qui, par suite d'une vie licencieuse poussée à l'extrême, n'ont ni force dans ks organes ni désir dans le cœur, aucune aspiration dans Tàme. L'animal a tué l'homme. Le rayon divin ayant disparu, et avec lui la force, Vénergie, il ne reste que le corps, mais chétif, usé, sans énergie vitale; puis ces hommes disent à la philosophie, et surtout à la médecine : Guérissez-moi, oomme s'il était possible de refaire la vie, là où manque Vétoffe dont elle est faite. »
U TRANSFORMÂTI(»ï. iSS
lopperons davantage cette marche et cette loi de la mort.
Ceux d'en bas, ou les hommes de la dernière classe, cherchant toujours le violent sentir par le corps, épuisent évidemment leur force radicale ou plasiique par Texçès des deux sens les plus saillants et les plus ipci^îfs, ceux qui répondent à gourmandise et volupté. Us surexcitent ce double sens, et Y attirent, y concentrant, y absorbent la force générale de la vie. Mais» que devient alors la force radicale qui fournit la substance de la vie, qui fait croître, qui fortifie et nourrit au dedans, ou propage et transmet la vie au dehors? D'un côté, elle est continuellement et violemment étouffée, de l'autre continuellement et violemment épuisée. La sphère d'en bas est rapiden^ent poussée à Tépuisemfsnt et à la mort , pendant que les deux sens violents s'exaltent de plus en plus, pour s'affaisser ensuite. Mais quç deviennent les membres, les muscles, et le cœur, c'est-à-dire les organes de la troisième force ? Qui ne connaît l'inertie, la mollesse des gourinapds et des voluptueux? Selon que prédomine Tune des subdivisions du violent sentir,
136 LA TRANSFCmMATION.
ou gourmandise ou volupté ^ le cœur, les muscles sont étouffés ou épuisés, dans tous les cas privés de force. Diminution continuelle, presque absolue de la force motrice, c'est la loi. A mesure que dans tout le corps la sensibilité s'exalte, en proportion la contractilité, c'est-à-dire la possibilité du recueillement des forces, de l'effort, de l'action, du mouvement, s'arrête *.
Essayez sur vous-mêmes une épreuve jAysiologique, vous dont le corps est fatigué par le violent sentir ou par le long jouir, ou par un excessif travail de tête. Essayez, dans cet état, de recueillir vos forces pour courir, pour bondir, pour lutter : vous sentirez clairement que tous vos membres, y compris votre cœur , sont relâchés ; vous ne pouvez les contracter à fond ; vous ne pouvez recueillir vos forces ; vous sentez un obstacle à la récollection. Depuis l'extrémité de tous les membres, jusqu'aux poumons et jusqu'au cœur, vous sentez bien que tout est lâche, et arrêté dans la disper-
* La force motrice, et celle des membres, et celle du cœur, cette force que la science nomme la contractilité, cette force proprement dite, qui agit et qui emploie la vie, qui est le principe de l'action» de Teffort et du mouvement, soit au dehors, soit au dedans, cette force nous parait consister dans la faculté de se recueillir corporellement, et de se ramener vers Tunité.
sion. Faites un effort pour vous reprendre : cet effort même vous montrera combien vous êtes disséminé. Vos muscles étaient énervés , votre cœur ne battait plus en plein , votre poitrine était bien loin de respirer à fond . Quelques efforts vigoureux rendront aux muscles, pour un moment, plus d'innervation, au cœur sa vigueur contractile, au sang l'ampleur et la puissance du rayonnement dans les artères, et à votre poitrine sa pleine respiration . Serrez les poings, prenez tout votre souffle, ramassez toutes vos forces, comme un athlète qui va lutter, et vous verrez, par cet effort, dans quel état de décadence, d'engourdissement, d'atonie ou de léthargie, se trouve en vous la force motrice.
Mais, dites-moi, vous rappelez- vous votre première enfance, et l'époque où votre vie n'était pas encore divisée par les passions ; où la vie, simple et calme, allait d'un cours uni ; où le violent sentir des voluptés n'exaltait point vos sens, et n'y accumulait pas toutes vos forces ? Alors il ne fallait aucun effort pour respirer à fond , aucun pour que le cœur eût son plein battement, le sang sa pleine et vive circulation ; aucun pour recueillir la force de vos membres. Vous bondissiez spontanément, et il vous fallait un effort pour marcher et ne point courir. Maintenant vous êtes lent et lourd,
138 LA TRARSI0RHATION.
vous craignes tout effort et vous voulez dormir, et vous ne le pouvez même pas, parée que n'étant plus j^miais complètement éveillé à la vie , la vie n'a plus en vous la puissance de se replonger et de se recueillir par le sommeil dans sa racine ^
Voilà donc comment la vie en vou6 s'est épanouie pour jouir, s'est épuisée en s'épanouissant, et ne sait plus se recueillir fortement pour agir. En même temps , voilà comment l'homme se naturalise, de plus en plus, dans la racé inférieure, et devient animal, mais animal malade.
Or, chose étrange l en même temps que la vie humaine se fait bête, il est très -ordinaire qu'elle veuille se faire auge, c'est-à-dire qu'à ce pôle positif, qui précipite notre âme tout entière dans le cof*ps, répond par contre-coup, dans notre tête, uq foyer négatif et vide, qui est l'orgueil, non pas cet orgueil plein, par suffisance et science, qui est celui des grands de la pensée, mais bien l'orgueil par ignorance et nullité.
Nous ravo;is vu, c'est à l'âge où l'abus du feu, la a^nsualité^ commence à se développer dans le
< Ou bien notre sommeil est tel qu'il ne nous repose point : m La ({ qualité du sommeil repose plus que la quantité. » (Âlb. Lemoine, duSommeil, p. 54.)
jeune homme, c'est alors et si Finstant même que la tête se monte, et qu'elle se monte à vide. L'ignorance devient exclusive , elle devient un obstacle qui repousse, au lieu d'être un besoin, une curiosité qui attire. Le raisonnement se trame sur l'ignorance , et s'étend sur le vide, et se roidit dans la contradiction et dans la négation. Plus tard , à la phase suivante, si elle a lieu, la tète se monte dans l'autre sens : ce sera l'orgueil positif, Torguçil plein, affirmatif, l'orgueil par suffisance et science partielle. D'abord , c'est l'incrédulité passive par nullité % puis ce sera l'incrédulité active, affirmative, par pléthore cérébrale.
Mais, au point de vue physiologique, dans les deux cas la tête s'est montée; elle fermente, au cerveau et au cervelet, soit pour jouir et attirer, par le corps et les sens , soit en voulant et croyant penser.
Passons donc à la phase suivante, si elle a lieu : oii ce ^i^i est ^lé^lç chose, parlons des. hoinmes de la seconde race; ceux dont le trésor n'est point
*' Boçdach, Physiologie, v, p. 4f .
surtout dans la terre et le ventre, mais surtout dans la tête; ceux qui, comme le dit Épictètc, sont comparables aux arbres qui ne fleurissent que par la tête.
Ici l'expérience surabonde, et la science est peut-être encore plus précise et plus avancée. Combien de livres portent ces titres : Physiologie des gens de lettres ; Maladies des gens de lettres; Hygiène des hommes d études; Maladies et santé des artistes y etc.
J'ouvre sur ce sujet un livre sérieux et estimé, je l'analyse et j'y rencontre d'abord ceci : « Les « excès de la tète brisent l'unité vitale, \unum et « omnia^ qui est la condition et le caractère de la a vie ; la vie de l'esprit concentre la vie au cera veau * . » Gela est évident. Mais de plus, l'effort
' a C'est la loi de la concentration. On a dit que la sensibilité se comportait à la manière d'un fluide d'une quantité détermijiée^qni, s'il coule abondamment dans nn de ses canaux, diminue proportionnellement dans les autres. Cette comparaison ne manque pas de justesse. Il est certain que plus un organe est excité, plus la sensibilité s'y accumule, et toujours aux dépens de la sensibilité des autres organes. Cette simple loi de physiologie observée dès l'antiquité, est peut-être uno des plus fécondes, sous le rapport des maladies, de Thygiène et de la philosophie. Eu se bornant aux facultés de l'intelligence, remarquons que cette loi de concentration n'est autre chose que la méditation. Car qu'est-ce que méditer? C'est réunir, par un effort cérébral, toutes le& données sur un objet qaelcon-
LA TRANSFORMATION. Ifti
cérébral ■ concentre la vie au cerveau, aux dépens des autres organes * . Les autres organes, par le défaut de l'innervation nécessaire à leur action normale, ne tardent pas à s'altérer. L'excitation cérébrale est portée au plus haut degré, et le reste du corps languit. Une susceptibilité nerveuse morbide survient bientôt ^. La contractilité ^ qui cesse d'agir, de réagir, de surmonter les résistances, et de triompher des obstacles, tombe peu à peu dans l'inertie ^. Les forces sensitives l'emportent, et les forces motrices diminuent. Le système nerveux perceptif attire tout ; la force vitale s'y concentre, et la loi reparaît : prédominance extrême de la tête et de l'organe de la pensée, diminution graduelle presque absolue de la force motrice. La faiblesse ou la nullité de l'action contractile se fait sentir partout, les muscles s'affaissent, ils pâlis-
que... Si le génie est comme leïoyer d'un verre ardent qui no brûle et n'éclaire que sur un point, il le doit certainement au pouvoir de condenser le plus possible Taction nerveuse. » (Réveillé-Parise. Physiol. des hommes d'études, 1. 1, p. 75.)
« Il n'en est pas .moins vrai cependant que, si cet organe est toujours le point de concentration de la sensibilité, les autres organes ne tardent pas à s'altérer par le défaut d'innervation normale. C'est là même une des causes de la perte de la ^anté de ceux qui exercent l'esprit outre mesure. » (/6i(i., p. 76.) « /6W., p. 80. — 5 /6id., p. 90.
i&2 LA I^BAffBPORMATION.
sent) diminuent de volume^ se relâchent dans leiir cohé^ion^ eteoiivents'atrophtent. Les musdes ménle de la vie intérieure (organe de la première fonction) sont fmppéfi d'asthénie * : de là^ là langiteur dfes viscères ^ ; le foie est engorgé d'iin sang noir et stagnant ^ $ l'atonie tnusculaire des intestins cause dans la vie impersonnelle leâ mêmes désordres, et surexcite maladivement la sourde sensibilité des nerfs ganglionnaires \
Mais le grand et caractéristique phénomène lie ce degré, c'est l'atonie du cœur. Etudiez ceux qui vivent tout* entiers par la tête : on ne sent point battre leur cœur *.
Observez-vous lorsque vous méditez : vous verrez clairement deux . phases : un effort cérébral pour concentrer, comme en un point ^ toutes les fokt^s de votre tète , et puis un autre effort qui bride le cœur, et lui ordonne de battre à peine pour ne point troubler ce travail. On retient sa respiration { (Ml tient sou cœur presque immobile. Il
* a Et qu'on ne sMmagine pas que leâ muscles extèrieut^ ou de « la vie animale, soient les seuls qui s'affaiblissent ainsi ; ceux do « la vie inlôrieure sont également frappés d'asthénie, ce qui influe a de la manière la plus fôcheuse sur d'importantes fonctions. » (Réveillé-Parîse. Physiol. des hommes d'études, t. !, p. 105.)
« Ibid,, t. I, p. 90 et 94.
* Ibid.y p. 406. — * Ibid., p. <07. — » ïhiâ., p. 409.
LA TBAfWTOMf ATtON; iM
semblé que te cerveau veuille Suspendre le mouviement du «aug pour avoir dans, la tête plu^ de si-* leiice et plus de paix. Et cet effort contre le coeiir et la poitrine, est d'autant plus violent que le tra** vail est plus abstraite Les écrivains dont le style, comme on Ta dit, est une habitude de l'esprit, ceux surtout qui craignent toujours que l'esprit ne soit dupe du cœur, ont besoin de l'effort plute que ceux dont ié style est devenu une habitude de l'âme. Et ceux-là ont bien moins besoin de l'effort, qui pensent, comme le demande Joubert ^ avec leur être entier^ esprit^ âme et côrps^ Mats la pensée, pleine et complète en ses dimensions, est nre parmi les hommes. Il est peu de penseurs dont la pensée, )K ne se tv^hisse elle-même » en ne se tournant pas à l'acte, à l'amc^ur, à la vîe. La spéculation isolée est le grand vice des têtes pensantes. On pense et on oublie de Vivre. La tète dessèche le cœur. La science enfle la tête^ mais épuise tout le reste. Qui né sait combien là spéculation continue, la réflexion perpétuelle épuise la Volonté, annule le caractère, énerve le courage, arrête les mouvements du cœur, et rend impropre à la pratique et à l'action?
Or, je n'ai qu'à copier les livres des physiologistes pour trouver tout tela dans le corps. Après
ikU LA TRANSFORMATION.
avoir montré dans rhomme qui travaille de tête,
l'exaltation des forces perceptives , sensitives , la
langueur des viscères et la dégradation des forces
motrices, l'atonie musculaire, on ajoute : a Le dé-
« faut de vigueur musculaire dans l'appareil de la
a circulation explique aussi un phénomène qui
« étonne toujours : c'est la lenteur et la faiblesse
« du pouls des hommes qui vivent par la tète. On
« a dit que le pouls de Napoléon ne battait que
a quarante-cinq fois par minute, ce qui ne serait
« plus un sujet de surprise d'après ce qui vieqt
« d'être dit. Cependant le fait manque de vérité
« Mais ce qui est vrai, c'est que chez lui la con- «. tractilité du cœur était si peu prononcée, qu'on « sentait à peine les mouvements de cet organe, la « maui étant appliquée sur la poitrine * . »
De là résulte encore un autre phénomène : c'est l'inégale distribution du sang. La tête et le tronc sont quelquefois dans un état de pléthore, tandis que le sang ne parvient que difficilement à l'extérieur et aux extrémités. Tjancé avec peu de force par le cœur, il circule lentement, soit par le peu d'énergie de ce qu'on nomme m à tergo, soit par le défaut de tonicité des vaisseaux capillaires : il
* Réveillé'Parise. Pbysiol. des hommes d*études, 1. 1, p. 409«
ne se répand pas pleinement ^ et remplit à peine toute sa sphère. De là, indépendamment des autres causes, la fréquence des congestions viscérales, le froid des extrémités, si insupportable aux gens studieux et sédentaires : de là aussi leur pâleur habituelle, pâleur si générale,, si constante, qu'un Père de l'Église l'appelle le beau coloris des grands hommes V
La respiration participe aux effets de cette disposition. S'il est vrai que la masse entière du sang doit repasser environ douze fois par heure à travers le coeur et les poumons, il faut que l'expansion thoracique se fasse promptement, facilement. Mais la faiblesse des muscles, les fréquentes constrictions spasmodiques de la poitrine , diminuent l'étendue de cette cavité. Ces constrictions produisent quelquefois un refoulement du sang tellement subit dans le cœur et les poumons, que la mort en est la suite immédiate. Molière périt ainsi par une apoplexie pulmonaire. I^s effets sont ordinairement plus lents à se manifester. T^e sang, gêné dans son cours, séjourne dans le poumon ; il presse et rompt peu à peu les mailles de ce tissu; il écarte et brise les fibres du cœur; et c'est la source d'une
* /6id., p. 110.
ihp LA TRANSFORMATION
muititade de maladies, crachements de sang^ inflanunations latentes, dilatations anévrysmati- .ques, etc. L'oxygénation du sang est d'ailleurs imr par£aite, et la pléthore veineuse se manifeste de bonne heure avec toutes ses suites déplorables * .
C'est donc bien la même loi dans l'âme et dans le corps : la tète se monte, et elle épuise le cœur. La seconde force s'épuise par ses excès, et ne dé\e^ loppe pas la troisième.
Mais la tête, en s'exaltant dans l'effort de la ré« flexion, n'épuise pas seulement le cœur par en haut ; d'ordinaire elle l'épuisé indirectement, et par en bas, par suite de la loi des foyers. Tout foyer en appelle un autre. Nous avons vu le jeu des deux foyers de l'orgueil et de la volupté. Oui, l'orgueil^ leuse pensée engendre le désir animal. C'est la loi formulée par Pascal : « Qui veut faire l'ange fait la « bête. » Au moment où la tête se détend et retombe, et où la vie redevient libre, si elle ne rentra pas aussitôt dans le cœur et en Dieu, ce qui le plus souvent n'est pas , la vie tombe jusqu'en bas. Le CQ'ur, épuisé, comprimé, desséché, est déshabitué de vivre. I^s sens, les sens d'en bas, reçoivent tout le retour de l'excitation cérébrale. Par une in-»
* Réveillé-Panse. Pbysiol. des hommes d'études, 1. 1, p. 444.
LA IflANSPORMATION. M
concevable fatalité, dit notre auteur, tous les hom* mes qui ont ainsi concentré la vie dans la tête, sont enclins à la volupté, et se jettent dans les excès qui énervent le corps, et obscurcissent la lui* mière de l'esprit * . Tous donc divisent la vie, et en donnent la moitié à l'orgueil, l'autre à la volupté. Et ils dévorent et brûlent ainsi la vie par les deux bouts, comme on le dit énergiquement.
Mais nul n'a décrit comme saint Paid la loi fu* neste des deux foyers dans Thomme qui fait son Dieu de sa pensée, qui n'agit pas pour servir Dieu, et tient captive, dans l'inaction de la vie abstraite, la vérité connue. Oui, dit saint Paul , en parlant des prévaricateurs de la pensée, ils connaissent Dieu, mais ils maintiennent la vérité de Dieu captive dans l'injustice. Ils connaissent Dieu, mais ne l'aiment pas comme Dieu , et ne le servent pas comme Dieu. C'est bien la connaissance stérile qui ne se tourne pas à l'action ; c'est bien la tête qui dessèche le cœur et paralyse l'action des membres. Eh bien, selon saint Paul, qu'arrive- t-il à ces têtes séparéçs? « Elles s'évanouissent, dit l'apôtre, dans « la pensée. » Et leur cœur s'obscurcit , et Dieu, les livre aux plus ignominieuses passions ; Dieu les
* Ibid.y t. II, p. 293.
iU LA TRANSn»lL&T103L