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DU SERVICE DANS UNE PLACE ASSIÉGÉE

Au nombre des moyens par lesquels on peut nourrir et développer la puissance des places de guerre, se trouve, en ligne de grande importance , le système du service des troupes pendant un siège. Diminuer les fatigues excessives de la garnison , en lui demandant en réalité plus de temps de service, est une observation qui ne saurait être indiscrète et qui trouve naturellement sa place dans ce chapitre.

Sans traiter ici de la convenance qu’il y aurait à créer, dans une pbce assiégée, un

corps d’élite et privilégié, dont la force serait portée successivement , et à titre de récompense iiidividiiélle, au quart de la totalité des différentes armes de la garnison , oorps qui serait dispensé, par privilège, des gardes et corvées générales, mais qui serait, en revanche, l’âme des sorties et de la défense des ouvrages et des brèches, je me bornerai à quelques réflexions sur le roulement du service.

Deux causes qui épuisent le plus les hommes, sont la longueur des gardes et les travaux de la défense; elles sont telles dans les places actuelles, que le soldat a à peine le temps de prendre son repas. Il faudrait adopter une division de service telle que le soldat eût, à moins de cas forcé, son repos franc, toutes les fois qu’il descend de garde ou de bivouac, et surtout lorsqu’il touche au moment de monter sa garde.

Le service, tel qu’il est fixé par les ordonnances, à vingt- quatre heures de garde, vingt -quatre heures de bivouac ou de travail, et vingt -quatre heures de repos.

est trop long et trop fatigant pour que le soldat puisse y tenir. On peut en obtenir plus de temps de service, en le fatiguant moins : c’est à la vérité plus de peine pour l’état-major , mais la masse de la garnison en bénéficierait.

En fixant la relevée des gardes à douze heures au lieu de vingt-quatre, et le service de la garde à dix-huit heures, on les rendrait moins fatigantes , et la défense y trouverait son compte; parce que la garde montante matin et soir , présenterait deux fois par jour, pendant six heures de temps, les deux tiers à-peu-près de la garnison sur le front d’attaque, ou sur des points désignés.

S’il y a quelques sorties à faire ou quelques attaques à soutenir, comme les unes et les autres se font le soir ou le matin, on se trouverait en mesure sans appels extraordinaires. Il suffirait d’ordonner, par mesure générale, que l’heure de relevée sera, dans la saison moyenne, à six heures soir et matin, que la garde montante arrivera trois heures

avant, et la garde descendante rentrera trois heures après celle fixée pour la prise du service. Par cette combinaison , le repos réel du soldat serait alternativement de douze et de dix-huit heures par révolution de trente-six heures. La pose de service se trouverait portée à deux , pendant six heures , matin et soir.

La pose descendante laisserait sa moitié en bivouac pendant les six heures d’intervalle entre la pose descendue et la pose montante, et son autre moitié descendante irait directement au repos, se réunir à la troisième pose qui doit monter six heures après , et qui’ se compose elle-même d’une demi-pose de dixhuit heures, et d’une demi-pose de douze heures.

De cette manière , la réserve au repos est de la moitié de la garnison , et du tiers seulement pendant les six heures qui, matin et soir, occupent la montée et la descente du service.

Dans le système actuel , au contraire , le soldat est censé avoir vingt-quatre heures de

repos, ce qui serait presque trop s’il était complet, et quarante-huit heures de garde, et de bivouac ou de travaux , ce qui est audessus de ses forces. Âu surplus la division du service sur le roulement de trente-six heures, a déjà été adoptée dans différens sièges; il ne s’agit que d’en appliquer le principe à la défense, avec les modifications que je viens d’indiquer.

Il ne me reste qu’un dernier vœu à proposer dans l’intérêt des places de guerre et de l’armée ; c’est que la moitié au moins des emplois civils ou financiers fût réservée, dans les villes de guerre surtout, aux militaires retraités dont l’éducation ne serait pas incompatible avec les emplois qui leur seraient accordés; et cela sans réduction sur les émolumens de la retraite et de la place. Ce serait un moyen d’améliorer le sort de vieux et bons serviteurs, auxquels la loi générale ne peut accorder l’équivalent des besoins de beaucoup

d’entre eux ; et d’un autre côté , l’influence de Ces vieux et braves serviteurs sur leurs concitoyens, produirait un excellent effet sur l’ensemble des troupes et des habitans dans les crises de la défense.

Quel que soit le jugement qui interviendra sur les réflexions dont ce mémoire est l’objet; je m’y livre sous la sauve-garde d’une conviction profonde. Elles portent sur trois grandes considérations :

1 ® Celle que notre système de défense par les places fortes est tout-à-fait impuissant, parce qu’il est mal entendu , et hors de proportion avec notre état militaire;

2 ® Qu’il est indispensable de réduire le nombre de nos places fortes pour créer notre réserve absolue et inévitable à Paris et aux environs;

3® Qu’une organisa tioi^ de garde nationale mieux entendue, peut donner un auxiliaire utile, d’impuissante et gênante peut-être qu’elle est aujourd’hui.

Ici se termine la tâche que je me suis imposée sur la question générale et politique de la défense du royaume par les places fortes. Elle n’est qu’une esquisse rapide du caractère et des données principales dans lesquelles oa doit chercher la solution stratégique du problème. Mais si ces idées parviennent à être acceptées en principe , il est à craindre qu’elles soient exécutées sous l’empire du système de fortifications en usage, dont on s’obstine à exalter l’excellence, malgré tous les démentis consignés par l’histoire des sièges. C’est pour obéir à ma conviction, sur l’indispensable nécessité de chercher un nouveau système, dans les élémens qui ont développé et porté si haut la science de la guerre de campagne depuis quarante ans, que je vais exposer sommairement, dans le livre ci-après, les doctrines dans lesquelles il faut enraciner les conditions à imposer aux nouvelles constructions de places qu’on peut avoir à faire.

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