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SYSTÈME EN USAGE POUR LES FORTIFICATIONS

Tous les ouvrages qui, jusqu'ici, ont traité de la fortification, n’ont produit que des combinaisons matérielles et impératives, dans lesquelles les considérations morales n’ont jamais été consultées. On a fait des cuirasses sans s’embarrasser de savoir par qui et comment elles devaient être servies. On a gravement disserté surles formes et l’action des ouvrages,

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sans les mesurer par les forces, et aussi par les inflrmités des hommes qui doivent les vivifier : enfin toutes les théories professées, au lieu de mettre la fortiBcation au service du soldat, ont imposé au contraire le soldat à ses caprices; et on a poussé le despotisme et l’injustice jusqu’à le rendre responsable des déceptions dont il eSt la première victime au jour des épreuves. Si ces réflexions pouvaient être contestées, je demanderais qu’on expliquât alors par quelles causes des garnisons, fussent-elles excellentes en entrant dans une place à défendre, deviennent pour la plupart mauvaises après quelques jours de siège ; et par quels motifs , au contraire , les armées assiégeantes, quelle que soit leur composition quand on les réunit devant une place, deviennent excellentes à mesure que le siège se prolonge? On peut sans doute citer quelques exceptions : Saragosse et Dantzig sont là pour l’honneur des garnisons : aussi n’estce contre aucune que porte l’accusation ; elle s’adresse aux doctrines qui , pour ne pas sortir des vieux préjugés, refusent d’approfondir et

d’avouer les causes qui ont produit l’exception dans les deux exemples que nous venons de citer.

Ces causes qui sont dans le fanatisme politique et national pour Sai'agosse, sont aussi dans le système de la place et de la défense adopté par le général Rapp pour Dantzig.

Chacune de ces deux hypothèses, si différentes dans le mobile de ses produits, appartient cependant aux considérations morales dont on a eu le bonheur de rencontrer l’application à chacune des deux positions des défenseurs de Saragosse et de Dantzig.

Dira-t-on que Saragosse et Dantzig, qui n’étaient pas des perfections de l’art , sont la preuve que notre système, complété d’après l’école de nos jours , donnerait des résultats analogues et proportionnés. Je répondrai que cette question où le dilemme semble exclure la négative, s’est toujours résolue et se résoudra toujours dans le chapitre des déceptions au jour du besoin; parce que précisément on n’y compte pas les élémens moraux qui ont

été développés à Saragosse et à Dantzig, qui sont, comme nous venons de le dire, le fanatisme dans la première, et la paissance de la tactique de campagne combinée avec celle des fortifications dans la seconde; mais qui, Tune et l’autre, ont leur source commune dans le système qui, en transposant les rôles de la troupe et de la fortification, produisent une beaucoup plus grande part de puissance et de gloire pour tous.

Après les deux exemples que nous venons de citer, auxquels on pourrait en ajouter beaucoup d’autres qui doivent leur célébrité à des causes analogues , mais qui n’ont jamais été senties ou avouées par ceux qui ont écrit sur la fortification , nous nous dispenserons de récapituler ici les griefs que les auteurs nouveaux ont successivement signalés : Carnot en a dénoncé les plus saillans; mais les corrections qu’il propose sont incomplètes et faussées comme celles de l’école actuelle , parce qu’étant panjuées dans l’idéologie de la toute ptiissance des murailles et des rem-

parts auxquels il ne manque que d’avoir en présence des attaques l’existence et l’énergie qu'on lui prèle dans les combinaisons de leurs systèmes , ils n’ont fait et ne feront que des œuvres-mortes, tant qu’ils n’associeront pas à l’équerre et au compas, les influences morales du caractère national du soldat à qui la défense des places est confiée. Ainsi telle forteresse qui est décorée du titre de parfaite, ne donnera rien de plus qu’une bicoque au jour de l’épreuve, parce qu’on aura oublié de lui donner la vie dans la faculté au soldat d’y déployer sa puissance. Ainsi toutes nos places, où on aura négligé de stipuler pour l’emploi possible du soldat dans les limites de ses facultés physiques et morales , ne seront que des lazarets, où la perfection prétendue de leurs masses colossales confisquera la puissance des garnisons au profit de celle de l’assiégeant, parce que leurs remparts restent seuls interposés entre la garnison dont ils paralysent les mouvemens, et l’assiégeant dont ils n’arrêtent pas la marche quand elle est compassée sur la science et les règles de l’attaque.

Si des mécomptes et des déceptions du système nous reportons nos réflexions sur les résultats militaires et financiers dont les états subissent les conditions et les conséquences, même dans la supposition de la jouissance complète des valeurs qu’on croit assigner aux places fortes , nous voyons des places du troisième ordre contenir pour àpeu-près douze millions de valeurs, renfermer quatre à cinq mille hommes qui seront obligés de se rendre à cinq ou six mille assiégeans , avant dix-sept à dix-huit jours de siège.

Nous voyons des places du second ordre contenir à-peu-près seize à dix-sept millions de valeurs, renfermer six à sept mille bonites qui seront tués ou pris par huit à dix mille hommes , au bout de vingt-trois jours de siège !

Nous voyons des places du premier ordre contenir cinquante à soixante millions de valeurs, renfermer quinze à vingt mille hommes qui seront confisqués par vingt-cinq ou trente mille hommes , au bout de quarante jours de siège!!!

Ainsi on consent à perdre:

Il millions et 4»ooo hommes en 1 8 jours!

i6 millions et 6,000 hommes en a3 jours!

5o millions et i 5, 000 hommes en 4o jours !

Ainsi le second ordre achète et paie cinq jours de plus-tenue sur l’hexagone, quatre millions et deux mille hommes.

Ainsi le premier ordre achète et paie vingt à vingt-trois jours de plus-tenue sur l’hexagone , quarante millions et onze mille hommes.

Si du moins le siège de ces places exigeait, dans tous les cas, la présence réelle de la proportion fixée entre le nombre des assiégés et celui des assiégeans: mais combien de fois les Français eux-mémes ne se sont-ils pas chargés d’apprendre aux étrangers à transiger sur ce point avec les préjugés.

A Mantoue, en 1796» il y avait une armée de près de vingt mille Autrichiens, et le siège en fut fait avec moins de huit mille Français qui eussent pris la place en moins d’un mois, sans l’arrivée d’une nouvelle armée ennemie de quarante-cinq mille hommes.

A Dantzig, en 1 807 , il y avait dix-sept mille hommes de garnison , restes de l’élite de l’ar^ mée prussienne; et ils furent pris, après une longue et honorable résistance , par une armée de quinze à dix-sept mille hommes, composée de troupes confédérées de différons états.

Ces exemples et tant d’autres analogues de sièges de diverses durées , mais dont les résultats n’ont jamais été en proportion des sacrifices et des espérances de l’£tat, quand ils n’ont pas été des exceptions produites par le fanatisme religieux ou politique , ont amené à admettre en principe aujourd’hui, qu’il ne faut que de petites ou moyennes places , à l’exclusion des grandes; parce que leur puissance d’action étant nulle, par la mauvaise composition des garnisons, il ne faut de places que pour les dépôts et magasins; ces places résisteront ce qu’elles pourront ; lebutdoitêtre de faire pour elles le moins de dépenses et de sacrifices possibles.

Voilà donc rimpui.ssance des fortifications avouée par l’aréopage de la guerre, et parce qu’on n’a pas su trouver le principe de la

puissance , on accuse la composition des garnisons, pour autoriser la suppression des grandes places! Pour nous, nous sommes parfaitement d’accord sur la déception, mais nous n’en conclurons pas qu’il ne faut pas de grandes places ; et nous ne serons pas assez injustes pour accuser les garnisons d’une impuissance qui est essentiellement du fait de la fortification. C’est donc à la fortification qu’il faut s’en prendre; ce sont ses doctrines qu’il faut changer pour la mettre au service du soldat. Nous allons tâcher d’en exposer les racines dans les chapitres suivans.

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