‹ Philosophie de la musiqueChapitre 7 sur 18 · LA MÉLODIE. M · texte numérisé non relu

LA MÉLODIE. M

les assimile par le travail de Tart, et fait apercevoir Tordre et la proportion, c'est-à-dire les lois de Tesprit humain lui-même, réunies, condensées, matérialisées dans une forme perceptible.

. La mélodie est à proprement parler toute la musique. L'harmonie sans elle, reste quelque chose de vague et d'indéterminé. Cependant on retrouve dans la mélodie, dans les sons émis successivement, les grandes lois qui président à l'harmonie, à la simultanéité des sons, à leur consonnance. Les sons ne peuvent en effet se produire successivement que dans les conditions voulues par la constitution des accords, et à ce point de vue la mélodie n*esl qu'une harmonie plus libre, successive, avec du mouvement.

La mélodie, nous l'avons déjà dit, se meut dans le ton, dans les différentes gammes dont elle doit reproduire les intervalles principaux qui sont comme les points de repère, les grandes assises sur lesquelles elle construit son édifice varié. Plus l'art est dans l'enfance, moins il ose s'affranchir de ces lisières, quitter les solides intervalles de quarte, de tierce et de quinte, et moins à plus forte raison il ose faire des excursions en dehors du ton dans les tons limitrophes, c'est-à-dire moduler. Il en est de môme pour le rhythme; à l'origine de l'art les durées des notes sont égales, ou presque égales, les phrases sont courtes et le retour du même dessin a lieu après deux ou quatre mesures au plus : la régularité est presque géométrique. Celte symétrie plus large, moins accentuée, qu'on appelle la période y est encore inconnue.

Cette grande simplicité de l'ancienne musique, celte naïveté du faire, cette pauvreté de moyens, nous semble aujourd'hui de la sécheresse et de VmdHé : l'enchatnQ*

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ment des ions de la gamme y est trop rigoareusemeni respecté, Vart est lié et n'a pas cette liberté d*a1Iures, ce mouvement vif et inattendu des mélodies modernes. 11 n'y a pas d'imprévu : l'air à peine commencé, le rhytbme ébauché, on voit comment il va se poursuivre et comment il va se terminer : pas de ces surprises de détour de ces perspectives nouvelles qui s'ouvrent tout à coup devant l'auditeur: c'est le jardin classique, aux allée^ coupées à angles droits et soigneusement peignées, aux arbres rasés de frais, où l'œil embrasse tout l'ensemble, le jardin français au lieu du parc romantique qui dans sa savante ingénuité cherche à imiter la nature.

La musique française a toujours conservé ces traditions du classique, du symétrique, du compassé, l'art plus libre, plus varié, plus abondant vient du Nord. Pour ne parler que de la mélodie, comparez nos plates romances aux lieder originaux de Schubert, de Mendelssohn ou de Kiicken 1 Vous croyez voir, comme je l'ai déjà dit, les parterres de Versailles à côté du désordre réfléchi d'un beau jardin anglais.

Malgré le grand nombre des éléments que nous avons distingués dans la mélodie, malgré le travail que l'arrangement, la combinaison de ces éléments suppose, on aurait tort de s'imaginer cependant qu*il faille absolu* ment de la science pour composer un air. Ces combi-* naisons de rhythmes et de sons qui semblent si compliquées à l'analyse se trouvent naturellement, sans effort, sans travail souvent, à tel point que des natures incultes des paysans peuvent imaginer de charmantes mélodies. Nous en trouverions de nombreux exemples dans la véritable musique populaire, dans les chansons des campagnes : du reste, tout le monde sait que la mélodie qui n'existait pas primitivement dans ces déclamations

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LA MÉLODIE. àZ

notées qu'on appelait tragédies lyriques^ y a été introduite plus tard par imitation des chants populaires.

L'imagination musicale enfante donc des thèmes selon des lois dont elle n'a pas conscience. Cette combinaison qui semblerait devoir être si laborieuse se fait la plupart du temps, je le répète, presque à Tinsu de l'artiste, comme se fait l'organisation du fœtus dans le ventre de la mère, comme s'accomplissent toutes les grandes fonctions de la vie, qui n'en sont pas moins compliquées pour cela.

Cette création de premier jet si inconsciente qu'on la met en dehors de l'homme, et qu'on l'appelle inspiratioui se retrouve dans la plupart des arts : de petits pâtres en sculptant du bois, ou en modelant de l'argile, ont révélé souvent un grand sentiment d'artiste, par des productions qui étaient certainement des œuvres d'art, mais d'un art naïf promettant un développement plus com* plot.

Le mélodiste d'instinct se révèle plus facilement encore parce que l'art musical n'ayant rien à faire avec l'imitation, satisfait plus aisément le goût qui n'a pas besoin pour être contenté de comparer l'œuvre de l'artiste avec celle de la nature, comme dans les arts du dessin.

Il n.e faudrait pas conclure de là que là science ou réducation du goût sont inutiles pour trouver de belles mélodies et originales5 ce serait un paradoxe par trop criant Tout ce que nous voulons dire, c'est que sans cette faculté naturelle qui est Timagination musicale, la science et le goût ne produisent jamais le beau. On peut devenir harmoniste et musicien savant, mais on nait mélodisie.

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