MUTATIONS DE U MATIÈRE CONSTITUANT I.’AOE DE L'HOMME
„La vie ne commence pas, dit Flourens, à chaque nouvel individu, elle n'a commencé* qu'une fois pour chaque espèce. A compter du premier couple créé de chaque espèce, la vie ne recommence plus; elle se continue.”
La vie de l’homme se partage en deux moitiés presque égales; celle de croissance et «lu retour progressif à la matière, à la mort.
Chacune de ces moitiés se subdivise encore en deux moitiés; d’où les quatre âges dans la vie de l’homme: Fenfance , dans laquelle les mutations de la matière
sont le plus actives, C adolescence, l’âge viril et la vieillesse, dans laquelle les mutations de la matière sont le plus lentes, et dont les molécules restent le plus longtemps fixées et ne s’éliminent pas si vite comme dans l'enfance: la vieillesse, dis-je, où toutes les molécules se rencontrent avec la matière, où toutes sont â l’état le plus voisin de la matière simple, et où le corps entier meurt de son vivant, se / trouvant en quelque sorte abandonné par les forces vitales, la vieillesse enfin où la vie même de son vivant est éteinte.
Chaque âge se divise en deux parties, à savoir: la première et la seconde enfance, qui finit à 10 ans;— de 10 à 20, l’adolescence, de 20 à 30, la première jeunesse; de 30 à 40 la seconde jeunesse, de 40 à 55, le premier âge mûr, de 55 à 70, la fin de la maturité. Jusqu’à cette
époque comme l’exprime le terme ùye viril, l'homme est dans toute sa force; avec l’âge de 70 ans commence la première vieillesse, et avec 85 la décrépitude ou la prépondérance des forces cosmiques sur les forces vitales (•).” Chaque génération est une nouvelle mutation. Dans chaque génération la mutation de la matière est plus grande dans son début que dans son déclin.
MUTATIONS DE LA MATIERE DANS LES ÊTRES VIVANTS ET DANS LES ÊPüUUfet DK LA CRÉATION. RAPPORT DE U FORCE A LA MATIÈRE DANS LES CORPS VIVANTS ET DE L'AME AVEC LE CORPS.
Les êtres qui existaient primitivement, dit l’école de Cuvier, ont péri comme usés, et nous dirons, comme meurt une chrysalide pour se métamorphoser en papillon, comme disparaît le têtard pour devenir grenouille, comme s’effacent les familles blasonnées, par la mort de leur dernier rejeton
En étudiant la dernière époque diluvienne nous se- rions dans l’erreur, si nous prenions, dit cette école, notre
* ( ') Flourens U qui j’ai emprunté cette division, y est parvenu en
prenant pour baae do la classification des âges de l'homme, le temps nécessaire pour le développement de son système osseux, le développement do l'homme de haut en large, la mftturité de tous ses tissus et ensuite son retour h la matière.
Philosophé de U Neture. 26
cheval, notre chien, notre boeuf etc. pour les types primitifs de leurs espèces; car nous avons en échange de nouvelles espèces de chevaux et de chiens, plus parfaites, que les conditions diluviennes de climat et de mille autres circonstances ont complètement changées.
Le chien, dit Flourens, ne tire pas son origine du loup ni du renard, mais du chien, dont la race primitive est perdue.
II est reconnu aujourd’hui que l'homme primitif n’existe pas, qu’il n'y a que l'homme sauvage et l’homme civilisé. Et même les tribus sauvages, les sauvages en un mot, sont des variétés de l'homme primitif et dont on aurait de la peine reconnaître le type dans l’homme d’aujourd'hui. Môme l’homme fossile, trouvé il y a quelques années, n’est pas l’homme d'aujourd’hui; il constituait un type et une race à part.
Les chevaux, dit Buffon, qui vivent à l’état sauvage, sont des chevaux domestiques, qui se sont trouvés jadis mis en liberté.
Donc ce qui était n’est plus, ce qui est n’a jamais été et ne fut jamais. Ce qui est, est nouveau, se perfectionnant sans cesse, marchant sans cesse à la perfection développée et changée par des conditions nouvelles. Quelles sont les limites de ces développements, de cette perfection d’une espèce donnée dans des conditions actuelles, nous le dirons en parlant des race*.
Je dirai seulement, entre parenthèse, que malgré la division des opinions sur l'existence du déluge universel, tout en adoptant la doctrine de M-r DOrbigny et de Ch. Lyell. comme donnant une explication des déluges limités ou partiels, que tout en admettant la théorie erratique ou glacière, quant à moi, aucune de ces théories ne pouvant rendre compte à elle seule de tous les faits observés et
surtout de lu généralisation du dépôt diluvien dans toute les parties du coutineut sans recourir à des suppositions extraordinaires, je suis pour le déluge universel. Je m'expliquerai d’ailleurs sur ce point dans un des chapitres suivants où chaque théorie aura sa part méritée.
Si toutefois nous partageons l’opinion de la science moderne, en ce qui touche les changements des êtres organisés après chaque révolution du globe, c’est dans la pensée que ces changements n’ont jamais dépassé dans ces conditions les limites de l’espèce et que les changements ou métamorphoses d'une espèce en une autre, d'une famille en une autre, d'un règne même en un autre, ont eu lieu; mais que c’est seulement dans une époque très-voisine de la création et que j’appellerai époque des métamorphoses.
Je reviens a la question.
Or, si nous prenons pour exemple les résultats obtenus eu Hollande sur les plantes et en Angleterre sur les animaux ( '), nous serons surpris des changements extraordinaires, quoique ne dépassant jamais les limites assignées à l’espèce, obtenues par l'art ou par la soumission d’un animal donné aux conditions particulières.
il est donc certain, que chaque espèce a subi de grandes mutations depuis la création du monde, si l’on considère les changements que les diverses révolutions du globe ont apportées dans ses conditions climatériques et autres.
Il y a donc des mutations continuelles de la matière dans un individu donné, il y a des mutations dans l'âge des individus, il y a des mutations dans les générations.
l’) Darwin. Un tho origiu of epocic» 1>V rac&us of natural sclec tion. London 1860 I vol. in 8-o.
il y a des mutations dans les époques de la création, appuyées toutes sur l’identité dans l’espèce de la matière et de la force, dans le développement continuel de la vie, ainsi que dans le retour de cette vie à la matière.
Toute molécule du corps d’un être vivant, meurt à chaque instant, nue autre arrive à sa place, des familles disparaissent, d'autres leur succèdent, les races s’effacent daus les grandes intervalles des époques de la création, les autres apparaissent, toujuurs par le même atome, toujours par la même force simple, toujours par le premier couple d’atomes.
Le couple primitif de chaque espèce a paru, pour nous, avec le moment de la cessation des conditions favorables à sa transformation en espèce supérieure, ou lorsque les conditions qui permettaient la métamorphose d’une espèce en une autre espèce ont cessé.
Philosophiquement parlant, le premier couple de chaque espèce remonte au premier moment de la création ou de la transformation de la force par la Volonté toutepuissante en matière et git dans le premier couple d’atomes, dans le premier atome, dans 1 atome type pour toute la création, et finalement en Dieu.
Si nous introduisons des aliments dans notre économie, le travail de la digestion et de l’assimilation ou de h métamorphose des aliments et de son incarnation va engendrer 1° les phénomènes de la force simple, comme la therinicité: ce que nous reconnaîtrons par l'élévation de la température du corps; 2° les phénomènes des forces vitales, ou orpaniijni's'. car si nous refusons des aliments
à l’organisme pour les transformer en organisme, ce dernier cessera de fonctionner ou de vivre; et 3° les phénomènes des forces, tels que les facultés de l’&me, de l’esprit ou de l'intelligence.
Nous voyons par là, que l’organisme vivant, en transformant les aliments, les transforme au moyen de forces organiques, eu matière organique, ou qu’il métamorphose en organisme vivant la matière simple introduite dans sou économie, telle que l’eau et l’air, par exemple, et organiquement préparée, telle que les substances végétales et animales; exactement de la même manière mysti rieuse, comme une chrysalide se change en papillon, ou comme les oeufs pondus par ce dernier se changent en vers et ces derniers en chenilles, en chrysalides et en papillons; comme l’atome pondérable étant comme nous le savons une métamorphose de la force physique ou de l’atome impondérable, retourne à la force, ou se change en force physique; comme le feu consume un morceau de bois et le transforme en feu, abstraction faite de quelques résidus et n atières volatiles, qui ont passé aussi par l’état du feu; comme la chaleur se transforme en lumière etc., etc.
Or, les forces organiques en transformant la matière simple, transforment les forces simples en organiques et ces dernières en forces intellectuelles et la matière simple en organique; celle-ci à, son tour comme vivante, manifeste les phénomènes des forces vitales ou organiques et les facultés intellectuelles et ainsi de suite à l’infini
Ainsi la force organique crée f organisme , lequel engendre la force organique. L'organisme par conséquent est l’oeuvre de la force organique et la force organique est l’oeuvre de l’organisme, même chose comme avec la force simple et la matière simple. D’où la force organique
et f organisme sont synonymes, comme force simple et synonymes de la matière simple dans l'atome, à ce point: que si nous refusons les aliments, ou matériaux nécessaires pour les transformer en organiques et pour en tirer la force vitale ou organique nécessaire pour l’existence de l'organisme, que la matière organique elle - même va se transformer en force vitale pour le maintient do l’existence de l’organisme, comme la matière simple se transformant en force retourne à la force ou que l’organisme va puiser dans sa propre matière les éléments constituant sou existence, va se cousumer, va digérer et assimiler son propre être et puis mourir à la fin, ou devenir matière simple pour que celle-ci transformée à sou tour dans la voie de la décomposition naturelle devienne force simple cosmique.
L’homme comme nous voyons par là, représente dans son être une même force dans trois principaux types ou degrés de métamorphose, liés solidairement entre eux,
«à savoir: 1° la force simple, élémentaire, ou réduite dans sa plus simple expression à C attraction-répulsive et qui gouverne eu lui les atomes simples: car elle est comme nous le savons matière simple; 2° la force organique ou force de la vie , ou force simple élevée à une plus haute puissance, aux plus grandes complications, au plus grand développement, qui préside à l’arrangement et au maintien solidaire de tous les atomes déjà métamorphosés dans l’homme, qui préside aux mutations de sa matière, qui la vivifie en élevant la force simple qui gouverne la matière au rang de sa dignité, qui préside à, la forme de son être, car elle est matière organique vivante; car sa métamorphose et celle de la matière qu’elle gouverne et dont elle est l’essence s'opère par elle-même et au même instant . dans l’homme. La métamorphose de la force et de la ma-
tière par la force, s'opèrent donc ensemble, car. comme nous le savons déjà, la matière n’est qu'un certain état de la métamorphose de la force. Tout s'enchaîne donc ici, tout est cause et conséquence. La force pure est un être invisible, la matière est son état palpable, est son phénomène dans la création, est la création; — et 3° la force de la raison ou esprit, ou âme, ou force simple élevée à son summum de développement dans la création, ou Amour et Sagesse en Dieu, ou Sagesse suprême , qui constitue la cause extrême de notre force simple élémentaire, de notre attraction-répulsive, et qui par un arrangement des éléments primordiaux de la matière et leur métamorphose dans le cerveau, se manifeste en lui avec la connaissance de son moi.
Nous approfondirons en son lieu ces mvst'-res selon leur importance, passons à la question.
Or, comme la pensée par sa volonté personnelle s'exprime en paroles, comme le verbe se change en action, en fait palpable, en matière en un mot. de même la Sagesse suprême s'est exprimée par sa volonté dans la force simple, dans l'éther ou dans la matière impondérable, ou dans les atomes, dont le mouvement nous donne les phénomènes de la lumière et de la chaleur, nous avertissant de l’action de la force et de l'existence de la création.
Ainsi la force est métamorphosée par l'esprit qui est son essence en atome en fait palpable, ou en matière.
La force donc a créé la matière et par l'arrangement ainsi «que par la métamorphose de ses atomes elle a créé l’organisme de l'homme et comme de raison l'organisme de son cerveau, ou en d’autres termes, l'organisme de l’homme comme celui de son cerveau n'est qu'un certain état
de la force métamorphosée.' Je ne dis pas par conséquent, que le cerveau secrète la pensée, mais je dis, que le cerveau manifeste la force, qu’il exprime l’idée; car comme la lumière dépend d'un certain arrangement et d’un certain état des atomes de l’éther, la pensée dépend aussi d’un certain état de la matière dans le cerveau pour se produire, comme pour s’exprimer en verbe qui n’est dans la création qu’un phénomène de l’âme intermédiaire entre l’esprit ou l’âme et le corps. Je ne dis pas encore une fois, que le cerveau secrète la pensée, mais je dis, que la pensée, que l’intelligence est cachée ou à l’état de rudiment dans la force simple et par conséquent dans la matière simple et que par l’arrangement et par la métamorphose de ses éléments d’une façon convenable dans le cerveau, par la force organique, cette même force organique, qui n’était il y a un instant que force simple émancipée en quelque sorte par l’organisme du cerveau, ou par un certain état de sa matière, déjà libre, éclate en lui dans toute la puissance du jugement, de la volonté et de la connaissance de son moi.
L’organisme en conséquence comme matière primordiale, est la métamorphose de la force simple, est donc l’œuvre de la force simple; et comme organisme il est la métamorphose de la force organique simple dans le principe; et comme organe ou comme arrangement et métamorphose des éléments primordiaux, il sert à la manifestation de la plus haute expression de cette même force simple, élevée à la puissance de l’intelligence, de l’âme. Solidarité, qui nous dévoile déjà le trait élémentaire du rapport de la force avec la matière, et qui nous donne finalement une notion exacte sur la nature de la force comme de la matière.
Ainsi donc l’âme, comme la plus haute expression de la force, comme embrassant tous les degrés de la force en elle même, est dans un certain état de son développement de sa métamorphose, la créatrice cachée ou instinctive et involontaire de l’organisme du cerveau (comme force organique). L'âme une fois émancipée dans la création par son oeuvre, par la finesse et la perfection du cerveau, émancipée ainsi parle elle-même dans la création, émancipée par l’arrangement des éléments primordiaux de la substance grise du cerveau ( *) et par leur métamorphosé, conçus en elle et élevés à l’apogée de la perfection organique par elle, l’âme dis-je, envisagée au moment de la mutation des éléments de la substance grise du cerveau, de son action, de sa vie , est la matière impondérable intelligente de la substance grise du cerveau, est la masse des atomes vivants du cerveau ou de l’éther du cerveau, vivant par l’âme, vibrant par l’âme, toujours actifs, se changeant continuellement en verbe, est le témoignage vivant du plus haut degré du développement de la force, est le phénomène de l’intelligence ou de l’esprit ou de l’âme, est l’âme physique ou telle, que nous nous la représentons comme êtres matériels. D'où les ■phénomènes de F intelligence sont intermédiaires entre P esprit pur et le corps et constituent F éther intelligent de la substance grise du cerveau, qui enfin lie F âme pure avec le corps, comme la lumière
(*) Théorie, que j’ai formulée en 1848 dans la première édition polonaise do ma Philosophie de la Nature, tandis que Claude Bernard n’en fait mention dans son rapport, sur les progrès de la physiologie générale, présenté au Ministre do l’instruction publique, que vers le milieu de 1869. Ce sont les expériences de Flourens sur le cerveau qui m’ont conduit il cette théorie.
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et ^'électricité, ou l’atome, ou l'éther eu action, sont intermédiaires entre la force spirituelle et la matière simple, et lient le Créateur avec la création.
On m’objectera, que d’après cette manière de voir, l'éther de la substance grise du cerveau, ou fluide subtil résultant de l’échange continuel de la matière de cette substance et accompagnant sa création sera sa force organique et non son intelligence. Je répondrai, que l'éther de la substance grise du cerveau est sa force organique en tant, qu’il puise en lui-même la continuité de l’organisation ou la vie de cette substance et qu’il est intelligence en tant, que pendant ce travail il est élevé à la pensée et s’exprime en verbe.
La différence, d’après nous, d’une intelligence avec une autre dans l’espèce humaine ne consiste pas, comme nous l’avons déjà mentionné, dans le volume du cerveau, comme le voulaient certains phisiologues, prenant pour base de leur théorie le cerveau de Napoléon I, ni même dans la symétrie de ses deux hémisphères, comme le voulait Bichat (fait démenti par son propre cerveau qui n’était pas simétrique), mais bien dans la qualité de l’éther de la substance grise, de ce lien du corps avec l’àme et dont la subtilité mettra à tout jamais au désespoir le scalpel de l’anatomiste le plus consommé.
Nous avons, à vrai dire, une anatomie et une phisiologic; mais n’oublions pas, que ce n’est pas au scalpel ou à l’observation directe que nous devons demander le vrai sens des faits, mais bien, à la métaphysique qui comme science venant après la physique, peut seule arriver par le raisonnement à la vraie signification des faits basés sur l’observation.
Ainsi donc la force simple eu s’exprimant eu elle-même a engendré la matière simple.
Cette même force simple épanouie, développée à un degré plus élevé, et portée à la puissance de la force organique, par la métamorphose des éléments de la matière et par leur arrangement, les a rendus à sou tour organiques et a créé les plantes et les animaux; et en forçant la matière du cerveau à s’élever avec elle à la métamorphose extrême, elle est arrivée par ce concours solidaire, libre et émancipée , à se reconnaître en elle-même par le cerveau dans la création, et en puisant dans sa sagesse et daus sa libre volonté, elle continue l’oeuvre de la création et agrandi ainsi les limites de la création Divine ! Qu’une seule force d’un degré inférieur cesse dans l’organisme, qu’elle soit arrêtée par n’injporte quel moyen , que les éléments du cerveau soient un instant troublés dans leur manière d’être, dans leur arrangement, qu’ils acquièrent un autre arrangement et l’homme deviendra matière organique, digérera respirera, comme une plante, mais n’aura pas la connaissance de soi-même; que cette force encore soit arrêtée, le cerveau devient matière simple et n’obéit plus qu’à la voix des forces simples, ou meurt, comme je l’ai dit.
La chaleur ou température naturelle d’un corps animal vivant, est la manifestation des phénomènes des forces simples et organiques qui agissent en lui. — La digestion, la respiration, la circulation qui sont intimement liées avec la force simple en action, qui ne sont justement, que l'attraction-répulsive portée à un degré plus élevé en action, contribuent pour beaucoup à stimuler cette dernière,
sans laquelle à leur tour elles ne pourraient ni exister ni fonctionner.
Faisant vivre l’organisme, elles font, que l’organisme fonctionne ou qu’il engendre les forces organiques.
Tous les organes fonctionnent solidairement; celui-ci digère, celui-là respire, celui-ci se fortifie, acquiert plus de force et de tou qu’il partage avec les organes nourriciers comme l’estomac, les poumons etc. etc. et. le tourbillon de ce mécanisme si compliqué et si harmonieux, si solidairement lié, tant comme machine collective et vivante, que comme forces collectives et vivantes , comme rapport de la force avec la matière, constituent uu organisme vivant, une force vivante, un être vivant, la vie.
Ainsi donc la force suprême dans son action, sc manifeste par la raison et par l’amour ou par l’amour raisonnable aussi bien dans l’homme, que dans toute la nature organique et simple, dans ses atomes, dans une pierre (à l’état de germe ou d’élément, donc tout entière), seulement, ici, avec la connaissance de son moi, et là avec la connaissance de son moi en Dieu; — ici la raison et l’ainour sont actifs et là passifs: ce que pour la Sagesse suprême, qui ne voit pas et ne juge pas comme nous, qui n’est pas ma- • tériellc etn’a pas les sens, est une chose absolument même; — seulement', ici, elle a voulu que nous agissions en esprits libres, et là, elle a jeté un voile pour notre intelligence masqant quelquefois pour nous jusqu'aux moindres vestiges de sa sagesse: — et c’est pour cela que les vérités les plus simples de la nature sont restées depuis la création cachées pour nous et qu’il y a des mystères, que la raison humaine ne saura peut-être jamais résoudre.
Je reviens à la question de la raison et de l’amour dans une pierre et comme de raison dans l’atome, ou dans la force élémentaire simple; et quoique j'aie assez démontré ma manière de voir dans cette mystérieuse question, je dirai encore une fois que je ne connais pas de raison déraisonnable, ni de sagesse stupide, ni d’amour sans l’amour.
Or, comme la sagesse et l’amour président dans tous les actes, accompagnent tous les phénomènes de la nature dite inorganique et y sont cachés ou dévoilés et peuvent à chaque instant s’élever à leur degré légitime, la sagesse et l’amour y sont toujours tout entiers et sans un certain rapport avec toute conscience de leur moi.
Je m’explique, et sur l’objection qu’une pierre comme être à part, ne peut pas connaître son moi, parce qu’elle ne peut pas exprimer librement sa pensée ni son amour, parce qu’elle ne peut pas manifester les actes de sa volonté en dehors de la sphère de son existence comme l’homme par exemple qui a un cerveau, je réponds: qu’une pierre, ou toute la création dite inorganique relativement sourde et muette réagit aussi bien sur la nature environnante, que la nature tout entière agit sur elle, qu’elles restent toutes deux dans une solidarité de rapports continus et basés sur l’amour et la sagesse suprême, que la pierre en se trouvant en rapport continuel avec ce qui l’eutoure, qu’en pénétrant à tout instant dans notre organisme (comme monde inorganique) par la voié de la respiration, de la digestion et de mille autres manières, prend la forme et la vie organique, et est vivante! Que la nature sert de main là où manque la main, qu’elle sert de cerveau
et de coeur là où il n’y a ni cerveau ni coeur apparents, qu’elle sert de coeur là où règne éternellement une indifférence et un calme relatif.
Le cerveau blessé dans une région donnée comme nous l’avons vu, cesse d'être organe de l'intelligence et n’obéit qu’ aux forces simples, devient matière simple, devient pierre. Guérissons le cerveau et l’intelligence, et la raison et l’amour reparaissent. Le cerveau étant à l’état normal, comme nous le savons, un arrangement sui gencris des atomes métamorphosés, brille par l’intelligence qui se connaît: lorsqu’il est blessé, lorsqu’il devient matière simple, lorsqu’il devient pierre, l’intelligence ainsi que la conscience de son moi ne s’est pas éteinte pour jamais eu lui, puisque une fois guéri et revenu à l’état de l’arrangement normal de ses éléments primordiaux, puisqu’on devenant bonne prisme, il brille avec la même lumière de l’intelligence. Où était l’intelligence, où étaient la sagesse et le coeur, où était l’âme, lorsque le cerveau n’existait pas et nous ajouterons lorsqu’en subissant une métamorphose rétrograde il a tourné en pierre, c’està dire lorsqu'il est retourné au monde inorganique? Je réponds, que l’intelligence, que l’âme vivait dans la force simple, qui gouvernait les parcelles mortes du cerveau, que l’esprit et le coeur vivaient en Dieu. Car Dieu se trouvant partout et remplissant aussi bien l’univers qu’étant tout entier dans chaque point de la création, et dans sa moindre qualité comme indivisible et éternellement un, se trouve aussi bien dans la force simple qui régit la matière morte du cerveau, se trouve aussi bien dans les atomes du cerveau tué, qu’il se trouvait dans l’esprit et l’amour ou dans l’intelligence du cerveau vivant.
Or, je reviens après cette digression à la question et je dis: que toute la nature relativement indivisible et ne
faisant qu’un tout uni et harmonieux comme sa Cause première, concourt à la sagesse de scs moindres parcelles, et surveille avec un amour maternel à ce qu’elles ne démentent pas en elles à la loi commune de la sagesse, à ce quelles ne l'humilient pas, pour qu’elles servent à leur tour dans la sphère minime de leur amour et de leur sagesse la nature entière.
La pierre, comme il s’en suit, n’a ni l’intelligence de l’homme, ni la sagesse, ni le coeur d’une intelligence supérieure; le cerveau blessé n’a pas rélativcment à nos sens l’intelligence du cerveau sain. En considérant toutefois sa nature intime, parce que nous ne comprenons pas son intelligence et ne voyons pas les phénomènes de cette intelligence, qui dépendent de l’état de la matière qui leur sert d’organe, s’en suivrait-il que la pierre ne fût pas intelligente, qu’elle n’eût pas son esprit et son amour à elle?
Relevez la matière dans ses éléments à. l’arrangement et à la métamorphose des atomes du cerveau, faites en un tout semblable au cerveau et vous la verrez briller d’intelligence!
En considérant en conséquence cette loi de la nature, la pierre dans sa nature intime, dans sa force simple est raisonnable, comme parcelle de la nature vivante: car elle manifeste ses actions en dehors de son moi de la manière qui lui est propre et reçoit les influences du monde extérieur; car elle porte en elle le germe de la force de la vie, le germe de la sagesse et Ue l’amour, elle porte Dieu en elle! elle est capable par Lui de devenir vivante, car elle est vivante! car elle est conçue dans la Sagesse par l'Amour: mystères, que Dieu a permis à l’homme de comprendre, et aux mystères desquels mystères II a déposé dans Son moi la clef à tout jamais!
L’intelligence donc on la raison, ainsi que l'amour sont dans toute la nature, aussi bien dans les animaux, que dans les végétaux, que dans la matière simple, seulement dans cette dernière comme dans les plantes, elles sont à l’état de rudiment, ou voilées pour nos sens et que si nous ne les voyons pas, c'est que nous jugeons ici comme être matériels les phénomènes masqués par la matière brute.
Je dirai pour finir, que les lois qui gouvernent la matière simple et les atomes qui la composent, obéissent si scrupuleusement à leur sagesse intime, que le calcul pourrait induire en erreur, que le mathématicien le plus consommé se tromperait, tandis que les forces simples, qui gouvernent l’univers, depuis des siècles , ne se sont pas écartées d'une ligne de la vraie sagesse, ou des lois, qui leur étaient assignées par la Sagesse; en rendant, par leur aveugle soumission à cette loi, le plus éclatant hommage à la Sagesse du Créateur, qui, en remplissant tout, en gouvernant tout et en étant tout, ne souffre pas dans la création le plus minime écartement de la voie de la vérité. En face de cette grande vérité, de cette loi admirable de la Sagesse, nous ne sommes pas avec notre intelligence bien au-dessus de celle de la pierre, puisque * Dieu seul s’est plu à lui servir d’intelligence!
L’homme en vivant 80 ans, change à tout instant, se renouvelle et se crée — Il n’est pas le même dans un
moment comme il l’a été dans un autre. — Les atomes qui constituent aujourd'hui son corps ne le constituaient pas hier. La forme seule , la forme primitive de son espèce, sa forme type est restée seule inaltérable en lui.
La masse des forces, agissant dans l'homme dans tous les degrés des métamorphoses de la force type, étant continuellement actives, se changeant continuellement en matière et la gouvernant comme leur essence, continuellement créantes, constitue par cette activité harmonieuse et continue la continuité de la vie de l’homme.
Cette continuité en lui des moments de la création c'est la vie.
La rupture du procès des mutations de la matière dans un être donné, ou la cessation en lui de la continuité des moments de la création, constitue la mort ( ’).
Le moment d'écartement du courant de la continuité des mutations de la matière dans un être organisé vers les forces simples, à cause de ces dernières , comme ayant plus de prise sur la matière que n’en ont les forces organiques, constitue la cause et le commencement de la maladie.
Le combat de deux courants de forces se disputant ainsi l’empire de la matière constitue l’état fébril, constitue une maladie.
Le champ de cette dispute est pour l’organisme une lésion anatomique. Le triomphe de l’une ou de l’autre est le retour à la santé ou la mort.
Le soutien dans ce combat de la force vitale ou la neutralisation de l’action des forces inférieures constitue (*)
(*) Nous reviendrons sur ce qu'on doit entendre par la mort dans la création.
Philosophie de 1s Mature. 28
l’art de guérir. Une lésion anatomique avec tout le cortège de symptômes mortides qui l’accompagnent est un hôte étranger à l’économie dans l’économie même, est un individu, un entité vivant dans un autre entité et en puisant sa vie en vrai parasite dans l’économie qui lui est étrangère finit par la consumer, ou si cette dernière soutenue par l’art ou par la nature arrive à prendre le dessus, il finit par périr lui-même.
Voilà toute ma philosophie de la médecine.
L'âme envoie ses ordres à l’organisme par le cerveau, au moyen des nerfs ou de ses prolongements, qui vont du cerveau (la moëlle allongée, ainsi que la moelle épinière ne sont que les prolongements sui generis de la substance cérébrale) sous forme de ramifications infiniment fines et multiples à leur extrémité jusque dans la partie la plus superficielle du derme; l’âme dis-je envoie ses ordres à l’organisme, une fois comme volonté qui a connaissance de ses actions , une autre fois comme présidant aux fonctions organiques par la voie instinctive, fatale, et qui ne dépendent plus de la volonté.
Le cerveau à son tour reçoit les impressions du monde extérieur, qui lui sont communiquées par les nerfs que l’âme perçoit et juge. C’est au moyen de ces impressions perçues et comprises que l'âme s’oriente et se reconnaît dans la création; c’est par ces impressions qu’elle sait ce qu’il faut à son organisme, s’il a chaud ou froid, s’il a faim ou soif, s’il est menacé de sa destruction ou d’un danger quelconque; c’est par elles que l’âme cherche à choisir pour l’organisme les conditions les plus favorables
tant à sa conservation individuelle qu’à la conservation de son espèce.
Les nerfs sont de bons conducteurs, sont autant de ponts jetés entre le cerveau et le monde extérieur ou pour parler plus philosophiquement, entre l’âme et la création. — C’est par leur intermédiaire que l’homme, dis-je, s’oriente dans la nature, étend son être à ses limites extrêmes, jouit de la création entière au moyen de ses sens, avec sa raison et jusqu’avec son coeur, la manie, la plie à ses besoins, se l’approprie, l’adoucit, la prépare, la dompte, la subjugue et la gouverne. L’homme par la puissance de son orga-' nisrne, qui lie son âme avec la nature, est le maître de cette dernière, et s’élève même jusqu'aux mondes invisibles. L’homme par la puissance seule de son âme s’élève jusqu’à son Créateur!
La vie, ou le temps, ou la continuité des mutations de la matière dans l’homme, efface jus’qu’à ses traits, change son caractère — change l’homme physiquement et moralement; car tout cela se lie ensemble, tout s’enchaîne.
L’homme n’est pas toujours le même homme. — Il est à chaque moment ou supérieur ou inférieur à lui-même, plus parfait ou moins parfait. Tout dépend de la qualité des parcelles de la matière qui se change continuellement en lui, de la perfection et de l'harmonie des forces qui président à ces mutations et de mille circonstances tant physiques que morales, qui depuis sa naissance jusqu’à sa mort influent sur chaque moment de cette mutation de la matière en lui, ou de sa création.
Prenons un homme dévoré par la faim, appauvri, grelotant de froid, ou sous l’influence d’un grand coup
moral, que ce soit Socrate ou Cicéron, le premier perdra sa raison, tandis que l’éloquence abandonnera l'autre.
Il y a peu d’hommes, grands dans le malheur, quoique ce soit le malheur qui fasse les grands hommes!
L’homme n’est jamais le même, parce qu'il est un être vivant, qui vient au monde à tout instant, qui se crée à tout instant et qu’au même instant il retourne à la mort (,). Et comme la chaleur dans les corps simples facilite l’affinité, facilite les combinaisons et provoque les décompositions chimiques, de même chez l'homme, le moindre motif insignifiant en apparence dans sa petitesse peut le faire éclater de colère, lui faire verser des larmes, le rendre triste ou joyeux, comme faire rougir en lui l’innocence outragée.
Lorsque les forces vitales perdent de leur énergie, cédant leur empire aux forces physiques, l’homme à chaque pas s’approche de la mort.
L’homme est donc une force vivante, qui quoique emprisonnée d’une certaine manière par la matière, peut s'élever ou tomber.
Il existe pour chaque homme des moments de grandeur, d’élévation d’esprit, d’élans et d’actions généreuses, d’inspiration, de bonne disposition, d’une plus grande facilité de pensée; mais il est des moments où il ne se ressemble pas. 11 est des moments dans lesquels il s'élève jusqu’ri Dieu, d’autres où il progresse, mais il y en a aussi dans lesquels il recule. D’où dépend tout cela? Tout cela
( ) Je laisse cette loi h la méditation des jurisconsultes, sous lo rapport do la responsabilité de l'homme pour scs fautes passées.
dépend, comme je l’ai déjà dit, de mille et mille conditions diverses qui accompagnent l'homme depuis le berceau jusqu’à sa tombe, inconcevables et incalculables dans leur enchaînement et dans leurs influences mutuelles; cela dépend de la subtilité plus ou moins grande et de l'impressionnabilité d une plus grande perfection d’un organisme sur un autre, impressionnabilité que nous appelons dans les corps simples, qu’ils sont bons ou mauvais conducteurs de l’électricité, et qui se manifeste dans certains états de la matière par des explosions, par des détonations accompagnées des phénomènes d’une lumière sidérale, ou d’une chaleur à fondre le platine etc., etc.
Si maintenant, après ce que j’ai dit, nous prenons deux fonctions capitales dans l'homme et dans les animaux: la fonction de sa -propre conservation ou celle de la digestion, et la fonction de la conservation de l’espèce ou celle de la reproduction , nous sommes forcés d’accorder, encore ici, aux animaux le raisonnement et l’intelligence qui abstractivement pris étaient regardés jusqu’à ces jours comme conséquences de Finstinct.
Nous remarquerons ensuite dans ses facultés, les facultés acquises et les facultés innées. Mais nous pouvons dire comme règle générale que l’étendue de ses facultés est en rapport direct avec le développement du cer\ eau ou comme nous l'avons fait remarquer, avec la qualité de la matière de l’organe de l’entendement, insaisissable pour le scalpel. Ceci pris en considération on ne peut regarder les facultés intellectuelles comme abstraites et indépendantes de l’organisme mais bien intimement et solidairement liées avec lui.
Quoique les animaux chacun dans son espèce, fassent, encore aujourd'hui ce qu’ils ont fait il y a mille ans, et que ses facultés intellectuelles n’aient pas progressé d’un pas, cela n’empêche pas que ces facultés sont en rapport direct avec le développement et la qualité de leur cerveau. Plus le cerveau dans sa qualité, abstraction faite du volume, est parfait, plus l’intelligence est grande, ajoutons entre parenthèse, que nous ne connaissons pas l'intelligence de tous les animaux comme nous connaissons aujourd'hui celle des fourmis et qu’un jour viendra ou l’observation va nous surprendre par le dégré d’intelligence dans certains animaux que nous étions bien loin de soupçonner. Qu’en conséquence tous les animaux sans aucune exception ont, comme je l’ai dit, une intelligence raisonnable; car ils ont un cerveau, ou organe de la pensée (•). Nous parlerons plus loin des animaux qui ont plusieurs cerveaux ou ganglions centrais.
L’anthropologie nous enseigne sur l’influence de la civilisation, des lois, de la religion sur le développement de l’esprit ou sur les facultés intellectuelles acquises et sur l’organisme de l’homme, elle nous dévoile le mystère de l’influence de l’éducation sur le moral, comme sur le physique de l’homme; elle nous prouve que l’éducation bien dirigée et libérale fait de la brute l'homme et l’ennoblit moralement comme physiquement et que le manque d’éducation ou que l’éducation viciée conduit moralement et physiqument à l’abrutissement, à la dégradation.
Prenons par exemple un habitant de Kamtchatka tanné et rapetissé par le froid, vivant du berceau à la
( ') J'ai dit cela dans la 1-re édition de mon livre avant que Flourena ne le formulât dans sa Psychologie comparée.
tombe dans une cabane obscure, sans relations plus étendues que celles de quelques malheureux aussi bornés que lui et comparons le avec un habitant de nos villes du midi de l’Europe.
Quelle différence! quelle différence tant sous le rapport moral que sous le rapport physique? Cette différence n’est elle pas aussi frappante qu’entre le singe et l’homme, ou entre le chien et le loup?
Eclaircir ce que tout le monde apporte dans le germe avec lui en venant au monde sous le rapport de l'intelligence, étudier l’enfant et marquer chaque élément nouveau de l'intelligence à mesure qu'il paraît, démontrer de quelle manière et dans quelles conditions l’homme se développe et se modifie;— assister au développement de cette intelligence naissante, tracer son tableau depuis le berceau jusqu’à sa mâturité, serait une étude des plus intéressantes et une acquisition des plus précieuses pour la philosophie de la nature de l’homme. Dans combien de cas, dans combien de circonstances touchant le développement de la raison ne verrions-nous pas une parenté entre l'homme et les animaux? Le plus important pourtant de cette observation serait, que cette étude nous conduirait à la démonstration de l'harmonie entre le développement du cerveau et le développement de la pensée, serait la démonstration de la subordination de l’organe de la pensée à la pensée ou de l’âme au corps — que l’une va de paire avec l’autre, que l’une est en quelque sorte l’autre, et que l’un arrêté et l’autre s’arrête, meurt, disparaît. . . .
La chimie nous a habitués à l’axiome, que nous avons déjà mentionné: que les végétaux comme les animaux malgré leur différence si frappante au premier coup d’oeil, se composent finalement de quatorze principes ou corps élémentaires puisés dans la source commune de la matière
simple (*) et que cette communauté du priucipe est d'autant plus indispensable pour leur existence et pour l'harmonie de la création, qu’à tout moment la matière simple revêt la forme de la vie et fait d’un animal un animal nouveau en lui-même, et que les animaux à tout moment retournent à la matière simple. Le commencement et la fin de ces matériaux continuellement échangés ne peut être indifférent pour la science ainsi que pour la vie.
Les minéraux, les plantes et les animaux sont subordonnés les uns aux autres par une série de liens dans ' lesquels règne une unité, une solidarité et une harmonie frappante. Ainsi, les plantes quoique gouvernées par une force organique végétale, ont besoin, pour leur croissance et pour leur existence, de lumière et de chaleur (des forces simples), d’eau et d’air. Elles empruntent donc les éléments de leurs tissus du régne minéral. Un grand nombre d’animaux à leur tour ne peuvent vivre sans le règne végétal et tous ont besoin de lumière, de chaleur, d’eau et d’air quoiqu’ils vivent soutenus par la force organique animale. Les forces donc simples aident ici, soutiennent les forces organiques, se changent, se transforment en forces organiques, s’élevant, se métamorphosant en force d’un dégré plus élevé! Ainsi les herbivores empruntent leurs éléments directement aux plantes ou à la nature simple; les carnivores se nourrissent d’herbivores qui ont déjà préparé ces éléments dans leur organisme, qui les ont métamorphosés pour qu’ils soient plus propres aux carnassiers.
(') En ajoutant l'intljum ot Cjargnniuvi tout récemment découvert* au moyen de l’analyse spectrale, au chiffre «les corps simple* que j’ai donné dans ma philosophie «le- l'atome, au lieu «le G5 corps simples nous en aurons 67.
L'animal à son tour après avoir digéré une partie des aliments, rend l'eau le gaz acide carbonique etl’ammoniaque dont la plante a besoin. Ainsi donc, le règne animal rend • au règne végétal ce que ce dernier lui avait prêté. . .
Quel enchaînement inextricable, quelle unité, quelle harmonie!
La même eau, le même gaz acide carbonique et l’ammoniaque sont une fois eau, gaz acide carbonique et ammoniaque, une autre fois plante et une autre fois font partie du corps animal, et enfin deviennent homme, ou bien, font partie constituante de la chair humaine, de l’organisme humain. La même lumière et la même chaleur sont une fois force simple et gouvernent la matière simple, une autre fois font la condition sine qua non de l’existence organique . . . deviennent intelligence!
La seule chose qui nous frappe dans les corps simples, c’est qu’aucun corps simple n’existe dans les trois états à la fois, savoir: à l’état gazeux, liquide et solide; tandis que dans un corps vivant tous ces trois états se trouvent réunis.
De l’arrangement des corps à l’état gazeux, liquide et solide dans le même système, il résulte des parties ou organes contenants et contenus, ou un double courant de dehors en dedans par la respiration et par la digestion et du dedans en dehors par les pertes de tous les instants: ce qui explique la vie réduite à sa plus simple expression.
Or, l’arrangement dans un système donné de matériaux si divers, leur réunion de la manière la plus compliquée possible et l’harmonie qui résulte de ces combinaisons, de ces métamorphoses, l’union qui en émane, constitue un individu vivant, constitue un organisme, constitue la vie individuelle de l’être animal, constitue notre organisme.
Philosophie de U Nature. 29
De même que la fonction d’un organe quelconque, réveille dans notre pensée la diversité des organes qui entrent dans sa composition, dans la composition d’un organe collectif bien entendu, aussi bien la réunion des organes constituant une unité organique, harmonieuse et indivisible, constituant l’organisme de l'homme, par exemple, nous conduit à la pensée du summum de cette diversité dans l’unité et dans l’harmonieuse solidarité des fonctions dans l’organisme de l’homme (').
Je dis donc, que tous les organes du cerveau par exemple se subordonnent et ne font qu'un organe unique et que toutes les fonctions de ces organes ou forces intellectuelles, se subordonnent et par cela ne font qu’une seule fonction, qu'une seule force, qu’une seule intelligence; que tous les organes dans le corps humain se subordonnent et ne font qu’un organisme, un tout un, et que toutes les forces simples, organiques et intellectuelles par le seul fait de leur subordination, ne font qu'une force, une; que la matière et la force dans l'homme se subordonnant ne fait qu’un tout un. Je dirai enfin, que l’analogie nous conduirait à ce que je vais bientôt prouver, que l'univers entier, que la force et la matière de la création entière ne font qu’un tout, un et indivisible et que le principe élémentaire pour la force est «//, et que le principe de la matière est un. Et comme ces deux éléments sont
(') Avant la découverte de Claude Bernard, le# physiologistes connaissaient très-bien la subordonnanec du cerveau è l'estomac par exemple et vice versii. Cor si l’organe de la digestion no fournissait pas d’éléments nécessaires par la digestion au renouvellement continuel de la matière du cerveau et de sa vie, le cerveau no pourrait pns fonctionner. Ce que je dis de la solidarité entre cerveau et estomac s’applique h tous les organes et à toutes les fonctions.
subordonnés l’un à l’autre et qu’ils ne font qu’un, que tout se réduit à la force élémentaire ayant Dieu pour source unique et extrême. — Unité de cause, diversité de formes!
Ainsi donc, le corps organique humain exprime toutes les formes les plus compliquées que la matière puisse revêtir et embrasse toutes les forces, toutes les métamorphoses par lesquelles une force peut passer pour atteindre jusqu’à la raison, jusqu’à l’amour.
Or, cette union, cette concentration sous même enveloppe des éléments solides, liquides et gazeux avec leurs propriétés respectives , considérant les combinaisons qui résultent de cette union ou de cette opposition harmonieuse*, en considérant la diversité harmonieuse du jeu des forces à degrés si variés et si différents, en considérant les rapports de la matière, depuis l’homme jus’qu’à l'atome métamorphosé de la puissance et de la nature du corps humain, en considérant, dis-je, les rapports des forces à la matière, le tout ayant pour base l’identité spécifique dans le principe, constitue pour moi le premier plan différentiel d’un être avec un autre, d’un règne avec un autre, et fournit une preuve de plus, d’une harmonie, d’une unité parfaite des forces, comme de la matière dans le corps organisé de l’homme.
Je dirai plus, je dirai, que la plus minime parcelle, qu’un atome en apparence superflu dans cette unité, se trouve en harmonie avec le tout d’un être organisé, qu’il n'y est pas comme corps étranger, mais qu’il joue un rôle qui lui est propre et qui concourt à l’harmonie et à l’unité d’un être. — Il sert les autres et reçoit en échange le service de tous!
Ainsi, le commencement de tous les êtres simples comme organiques est le même. Nous ferons seulement
observer que ce commencement à l’état actuel de la science est couvert d’un voile de ténèbres (*). La seule chose qui soit prouvée, c’est que tous sortent de la matière simple, des éléments simples. Nous ignorions jusqu’à ce jour que les éléments simples et que les forces simples qui les gouvernent, sont la base de tous les corps organiques et de toutes les forces organiques les plus élevées qui les gouvernent, jusqu’à l’intelligence! Quant au règne animal et végétal la science est arrivée, appayée sur l’observation, à l’axiome: que la matière seulement peut engendrer la matière, à savoir: que la génération spontanée n’a pas lieu dans la création mais bien que tous les êtres organiques naissent des oeufs, qu’ils ont des parents, ou en d’autres termes, que la génération n’a lieu qu’au milieu d’un organisme mûr et vivant, comme la génération d’un atome ou de l’elément de la Création n’a lieu d’après notre théorie qu’au milieu des compositions et des décompositions chimiques seulement ou au milieu des mutations continuelles de la matière déjà créée dans la nature.
La science toutefois a semblé jusqu’à ce jour hésiter à admettre, que si les infusoires pouvaient naître de la matière organique animale en décomposition, et non pas des oeufs, que c’est dans la seule hypothèse, que la matière animale en voie de décomposition s’est désagrégée dans ses éléments en vésicules organiques encore vivantes et qu’elle a donné à chacune de ses vésicules une existence individuelle, qui en s’unissant avec une autre et une troisième, par la voie de la sympathie ou de l’affinité organique,
(') Noua donnerons dans un des chapitres suivants notre théorie de 1s conception.
a formé le noyau d’un être organique réduit dans les infusoires (!) à sa plus simple expression.
La science n’a pu trancher la question de la génération spontanée soutenue avec tant d’éclat par Pouchet et autres savants (*) pendant les débats soulevés au sein de l’Académie de Paris il y a quelques années (3).
11 faut donc regarder notre théorie sur la génération spontanée comme une hypothèse, très -probable dans le cas que je viens de citer.
La science, dis-je, n’a pas dit, que la force simple soit le principe élémentaire de l’intelligence, que l’atome soit l'élément vivant de toute la création, que la force soit la base, le principe, l’élément de la matière, que la matière soit la métamorphose de la force. A nous appartient l'initiative dans la résolution de ces problèmes.
Partout donc et toujours nous trouvons la solidarité et la subordination, partout nous trouvons l'unité et l’harmonie dans tout.
(') Les infusoires ( in/usoria ) d'après l'état actuel de la science naissent des oeufs.
(*) Pouchet. Hétérogénie, ou traité de la génération spontanée. Paris, 1859.
(3 ) M Coste. Comptes rendus de l'Académie des scienoes de Paris, 1864, t. LLX, p. 276 et 422.