‹ Philosophie de la natureChapitre 23 sur 30 · CRÉATION · texte numérisé non relu

CRÉATION

d« Il

Rien ne peut intéresser plus vivement l'homme, ni flatter autant son intelligence, que la question de l’origine de l’existence de la terre ou de sa création.

Cette question à laquelle l’existence et le développement de toute la création sont si intimement liés, à laquelle est liée l'histoire des progrès de la civilisation du genre humain, ainsi que le développement de toute la nature vivante, a préoccupé les plus fortes intelligences de tous les siècles et de tous les pays et a dirigé depuis un demi-siècle et surtout depuis quelques dernières années les esprits les plus forts sur la voie des recherches méthodiques.

Il y a eu des époques où tout était merveille, où tout était miracle. Il y a eu des temps où l’on attribuait tout au hasard. — Il y a eu et il y aura toujours des théories et des hypothèses.— On n’a encore rien dit de précis sur la géogénie.

Les livres de la genèse de Moïse quoique d’uue haute portée philosophique, quoique écrits sous une haute inspiration ne sont qu’un résumé symbolique de traditions; tous en métaphores, demandant à chaque pas des commentaires.

On dirait qu’ils sont une essence des grandes recherches scientifiques de la philosophie de la nature exprimée par des métaphores. Ils exigent, je le répète dans le fond une grande intelligence pour les comprendre, et se laissent interpréter de différentes manières: — tellement ils sont inaccessibles. On les dirait voilés par les mêmes tenebres que la création elle-même, que la cause de toute la création.

La théorie de la genèse de la terre de Buffon, appuyée sur l’hypothèse d’un choc possible d’une comète contre la surface du soleil et du rejaillissement consécutif de la terre dans l’espace, quoique s’appuyant jusqu’à un certain point sur les lois de déviation des corps célestes de leurs orbites, ou de certaines perturbations dans leurs mouvements dans l’espace, elle ne donne pas pourtant d’explication concluante sur l'origine de notre planète dans le sens rigoureux du mot, et ne s’accorde même pas avec les lois de la mécanique céleste. Car, d'après ces lois, si une portion de la masse du soleil, était projetée dans l'espace par une cause quelconque, le corps qui en résulterait se mouvrait autour du Soleil en revenant à chaque révolution passer par son point de départ, tandis que la forme presque circulaire des orbites des planètes et la position du soleil piès du centre de chacune de ces orbites , ne peuvent se concilier avec l’idée de Buffon.

Depuis le temps d’ailleurs où les astronomes s’adonnent à l’étude des phénomènes célestes, on n’a pas remarqué la moindre rencontre pendant ces déviations

entre les corps du système solaire ou du système de l’univers. — Car le contact des planètes avec les astéroïdes, ces futils points cosmiques comme les chutes des aérolithes sur la terre ou le contact de cette dernière avec la matière éthérée des comètes, dont les queues même ne constituent qu’une illusion d'optique, ne mérite sons ce rapport pas la moindre attention.

Tous les phénomènes, que nous rencontrons dans le système de l’univers, semblent au contraire suivre un cours régulier bien loin d’en troubler l’harmonie éternelle.

En admettant toutefois, pour un moment l’hypothèse de Buffon, la terre, comme un bloc gigantesque détaché subitement avec la force incalculable d’un corps céleste plus gigantesque encore, du soleil par exemple, et, lancée dans l’espace avec une vitesse inouïe, a été dans ce premier moment toute liquide et incandescente comme l'est aussi momentanément, sur une petite échelle, une parcelle d’acier détachée de sa masse par un violent coup de pierre porté contre sa substance.

Dans quel état étaient ses océans et ses mers dans cet état de température de feu, pourquoi n’ont-ils pas éteint ce feu, pourquoi ne se sont-ils pas convertis en vapeur et n’ont-ils pas abandonné pour jamais la terre. — Comment la science peut-elle expliquer tous ces états extraordinaires et incompatibles au premier abord, comment va-t-elle expliquer et concilier d’autres difficultés qui ce pressent à l’esprit dans cette supposition aventureuse— la suite va le démontrer.

Et d'abord, quant à la température primitive de la terre et de quelle manière l’eau se trouvant en contact avec la terre à l’état incandescent ne s’est pas évaporée, je m’explique ce phénomène, extraordinaire en apparence, de la manière suivante.

Or, si nous réveillons les phénomènes de la chaleur et de la lumière par le frottement de deux corps l’un contre l’autre, si le choc d’une pierre contre l'autre produit une étincelle électrique comme témoignage du détachement subit d’une de ses parcelles , ou du retour de cette parcelle à la force physique, ou à l’état impondérable; pourquoi le choc de deux corps gigantesques lancés avec la rapidité de la foudre ne pourrait-il pas être suivi d’un détachement d’une masse du volume de la terre tout en élevant sa température à la température d’une étincelle électrique à laquelle rien ne résiste?

Ce qui est arrivé dans cette hypothèse avec les océans et les mers se trouvant en contact avec une masse réduite ainsi en feu, je répondrai: que l’eau bout à 100 degrés au dessus de 0 ; si toutefois nous jetons une goutte d’eau sur une plaque de platine chauffée de 200° à 300° au dessus de 0, ou bien encore à une température plus élevée; elle passera imédiatement à l’état sphéroïdal , elle va tourner comme un corps solide autour de son axe en décrivant des courbes sur la plaque, et ne la touchant qu’avec un point de sa sphère sans s’évaporer, ni mouiller notre plaque de platine, tant que nous ne faisons descendre sa température à 140° Réauraur.

Qu’est-ce que cela nous explique? que nous explique cet état sphéroïdal des divers corps tels que: l’eau, l’iode, les corps gras etc., etc.?

Cela nous explique, que quoique la terre dans son état primitif ait été incandescente et toute fondue, que l'eau malgré son incompatibilité avec cet état de température de la terre, placée en contact immédiat avec elle, pouvait ne pas changer d’état et même ne pas passer à l’état de vapeur. — Qu’à mesure que les corps solides se refroidissaient, l’eau en sortant de son état sphéroïdal

saisie avec le continent, déjà à l’état solide dans sa couche externe, par les forces maintenant l’harmonie dans le système solaire , s’est fait des lits et s’y est nivelée conformément à l’ensemble d'un tout harmonieux constituant aujourd’hui le globe terrestre et que ce n’est qu’ alors qu’elle a commencé à s’évaporer, mais attirée vers le centre de la terre par la force de gravité et comprimée dans le sens centripète par l’air atmosphérique, elle s’est trouvée forcée de prendre la forme, qu’elle a aujourd’hui dans notre planète.

Avant d’aller plus loin, je répondrai à l’objection que l’on pourrait me faire, savoir: que Peau s'évapore d Pétât sphéroïdal, que ce fait ne m’est pas inconnu, car la chimie nous apprend, que le fer rouge décompose l’eau en oxygène et en hydrogène, ce qui n’arrive toutefois comme on le sait, que lorsque la température du fer est baissée à 170° (Boutigny) ou à 140° (Bouchardat) et où la température de l’eau tombe à 96,5 (*). Je sais aussi que le fer décompose l’eau à froid , que l’eau s'évapore même à l’état sphéroïdal, mais pas plus qu a la température ordinaire — car l’évaporation de l’eau bouillante, par exemple, et de l’eau à l’état sphéroïdal est tout-à-fait différente. — Or, il est démontré, que l’eau pendant un certain temps avant de se décomposer, savoir: depuis la température la plus élevée du vase, jusqu’à 140°, restera à l’état sphéroïdal, sans se décomposer et sans passer à l’état de vapeur. — L’eau arrivée à ce degré de température se décompose, en lais-

(') La température des corps à l’état sphéroïdal, quelle que soit d'ailleurs celle du vase qui les contient , est invariable et toujours inférieure à celle de leur ébullition ; elle est proportionnelle h celle de + 96,5 pour l'eau. Bouchardat.

Philosophie de la Nsturs. 48

sant une tâche humide sur le vase employé pour l’expérience, s’évapore et finit par disparaître.

Supposons toutefois, que l’objection qu’on nous aurait pu faire soit fondée et que l'eau s’est décomposée, ou qu’elle s’est évaporée lorsque la terre était dans sa température le plus élevée, et dans laquelle se trouvait aussi la terre pendant un instant, d’après notre théorie (•). Or, on conviendra, que l’eau décomposée au même instant en ses deux principes, dans un rapport par conséquent nécessaire pour sa composition, ("par le passage de l’électricité, ou par le seul fait de l’action de la température de 400° sur ces deux principes, sous l’influence de laquelle l’oxygène et l’hydrogène pris dans un rapport convenable se réunissent et se convertissent en eau) — on conviendra dis-je, que l’eau décomposée au même instant en scs deux principes, pourrait se recomposer par la double influence de la haute température ou de l’électricité. Ainsi une haute température aurait décomposé l’eau et une haute température aurait composé l’eau.

L’eau ensuite se convertit en vapeur à la température môme au dessous de 0, elle se volatilise plus facilement à 100° et passe à l’état de vapeur à la température de 140° Réaumur.

S’il y a donc des conditions dans lesquelles le calorique décompose l’eau, ou la fait passer à l’état de vapeur, il y en a aussi dans lesquelles le même agent à un degré

( 1 ) J'insiste sur l'explication tic ces faits, flatteuse pour la théorie de liuffon; car notre théorie de la création de la terre quoique n’ayant aucun rapport avec celle de I3uffon, (h moins do supposer que la terre dans le premier moment de sa création ait été incandescente ou it l’état de matière impondérable), pourra aussi en profiter.

moins élevé de température recompose l’ean, qu’il y en a d’autres dans lesquelles il maintient l’eau à l’état sphéroïdal, dans lequel l’eau ne se décompose plus, ni ne passe pas à l'état de vapeur.

L'électricité d’un autre côté décompose l’eau en ses principes et passée par ces principes sous forme d'une étincelle les convertit en eau.

S’il y a donc des conditions dans lesquelles l’eau serait passée à l’état de vapeur ou se serait, décomposée en oxygène et en hydrogène, cela se serait passé au milieu des conditions qui auraient instantanément ramené ces mêmes principes à l’état d’eau.

Voilà des phénomènes et des conditions étonnantes dans leur admirable tendance au maintien de l'harmonie de l’univers et dont il est indispensable de connaître l’enchaînement et les rapports pour faire le plus petit pas dans la philosophie de la nature. . . .

Je passe sous silence, qu’une fusion de notre planète a été nécessaire pour expliquer sa forme sphérique, ainsi que le grand nombre des phénomènes de son intérieur, comme la formation de ses veines métalliques, de ses cristaux etc., etc. — Cette liquéfaction toutefois de la terre, qui exigeait de 600° à 4000° centigrade, aurait détruit dans une seconde toute la vie de sa surface, jusqu’à son dernier germe. Où la terre aurait-elle pris alors le germe de la vie, puisqu'il est dans les lois de la nature qu’il n’y a point de génération spontanée , mais que chaque être organisé puise son origine dans un être semblable à lui. — Dieu d’un autre côté après avoir créé l’univers, n’est pas descendu sur une éclaboussure de quelque astre pour y pétrir les premiers couples de chaque espèce. . . . Mais

laissons ces digressions eu suspens et répondons aux questions exigées par le cours de notre travail.

Or, quant à la température primitive de notre planète, pour que celle qu’on suppose exister dans son centre fût encore la température primitive de la terre , si nous réfléchissons, qu’il se passe continuellement dans ses entrailles des combinaisons et des décompositions chimiques sur une immense échelle et qui produisent une température extraordinaire, température de l’étincelle électrique; si nous considérons que ces actions chimiques fournissent une masse de productions infernales dont la concentration engendre l’action centrifuge de la force de quelques milliers et milliers d’atmosphères (’), nous nous expliquerons sans difficulté l’hypothèse de la température du milieu de la terre, nous en aurons une juste idée, et nous nous rendrons compte des violentes secousses de certaines régions de la terre, des tremblemeuts , des soulèvements de sa croûte, et d’autres phénomènes volcaniques déterminant les submersions plus ou moins grandes de notre sol. . . .

Nous concevons donc avec Buffou par intuition, comment un bloc de 9,000,000 de lieues carrées de surface, ou la terre, au moment de son détachement d’un autre corps céleste, du soleil par exemple, lancée dans l’espace avec uue rapidité bien autrement grande que celle d’un boulet de canon, s’est trouvée surprise et fixée par l’harmonie des forces gouvernant l’univers dans le point

(') Il faut une force de 3UO atmosphères pour soulever la lave ■lu contre de la terre jusqu'à sa superficie, et combien n'eu faudrait-il pas pour soulever une masse de terre telle que les Alpes ou les Cordillières par exemple, lorsque la plus puissante machine à vapeur construite jusqu'à ce» jour» est h peine de 12 !» 14 atmosphères.

qu’elle occupe actuellement, et qui lui ont commandé de tourner autour de son axe, ainsi qu'autour du centre du système solaire jusqu’à l’éternité.

Quant à la rotation de la terre autour de son axe et de son mouvement elliptique autour du soleil je m'explique ce double mouvement de la manière suivante.

On sait que le point central de chaque corps est le point central de sa gravité, ou de son attraction vers le centre du globe. Or , si nous frappons une balle de côté, ou dans le sens de sa tangente, et non pas dans la direction de sou centre ou de son centre de gravité , cette balle, comme une bille de billard va tourner autour de son axe, tout en décrivant une courbe. — Le premier mouvement sera autour de son axe et le second sera centrifuge.

Est-ce que les deux mouvements auxquels la terre est soumise, ne laissent pas supposer, qu’ils sont justement la suite du choc qu’elle aurait reçu d’un corps céleste au moment de son détachement d’un autre corps céleste? si encore ils ne dépendent pas comme le mouvement des globules dans le sang, comme le mouvement des corps célestes d’une autre cause, que nous apellerons la vie de l'univers et que nous placerons dans l’atome et finalement dans l’attractiou-répulsive de la Puissance qui en est le moteur extrême?

II me semble donc, quant à moi, que la cause mystérieuse et non encore résolue du double mouvement des corps célestes ou du mouvement de rotation autour de leur axe et en même temps du mouvement circulaire, sur les ellipses, sur les hyperboles et sur les paraboles, est comme je l'ai déjà dit, le résultat, quant au premier mouvement de P attraction-répulsive ou de son essence ou de sou âme en action, et quant au mouvement sur les différentes

courbes, qu’il dépend de la vitesse du mouvement circulaire et d« la modification de la circulaire parcourue par un corps par F attraction-répulsive des autres corps épars dans l’espace; car, si l'attraction seule existait de même que la répulsion il n’y aurait, comme nous le savons, que le mouvement en ligne droite, mais si on est bien pénétré de la vraie nature de la force, ou de la cause intime du mouvement, qui consiste en une attraction dans sa répulsion, on saura, que le moindre mouvement pris dans une minime distance d'un point à un autre, comme l’expression de l'attraction dans sa répulsion en action , ne peut être qu’une courbe composée de droites infiniment courtes, comme témoignage de deux forces, ou de deux êtres, ou de deux existences constituant la force et on aura toujours un mouvement des corps autour de leur axe ou mouvement de rotation compliqué de mouvement sur les courbes comme sur l’ellipse, l’hyperbole ou la parabole.

Prenons deux lutteurs de force plus ou moins égale. 11 y aura un moment pendant la lutte, ou serrés l'un contre l’autre ils sembleront immobiles. Ce moment extrême passé, nous les verrous bouger, se rouler par terre ou se tourner en masse, suivant les mouvement de rotation et décrire en même temps différentes courbes. Qu’il arrive un troisième lutteur il imprimera aussitôt une autre direction à la courbe en exécution. Qu’un des deux lutteurs soit mis hors de combat par sou adversaire, nous verrons celui qui est resté en vie traîner sa victime en ligne droite. — D’où il résulte que tant qu’il y a vie, tant qu’une force est en action dans ces deux principes bien entendu, le mouvement qui sera la résultante de cette action sera une courbe. La ligne droite exige, comme nous l’avons dit, la non existence d’un principe do la force ou la non existence de la force ou la négation de la force ou de la vie.

Or, quoiqu'en mathématique la courbe soit regardée en principe comme composée de droites infiniment petites, quoique l’attraction répulsive en action continue, semble au premier abord abonder dans le sens de cette théorie, comme une suite d’actions séparées de l’attraction, ou de lignes droites (môme chose pour la répulsion), mais, comme dans chaque moment infiniment petit d’aétion de la force attractive la répulsion survient comme inhérente à l'attraction, donc il ne peut y avoir de ligne droite absolue.

En conséquence une ligne droite dans la création est une courbe rapprochée plus ou moins pour nos sens de la ligne droite et n'existe que dans la science, — comme un point n’existe pas dans la création et n’est qu’une conception de l’esprit admise dans les mathématiques.

Je reprends la théorie de Buflfon.

Or, quoique les forces qui gouvernent l’univers et qui maintiennent ses corps à des distances extraordinaires, s’acquittent de leur mission avec une si grande précision, qu’il semblerait que l’éternité des siècles est sans influence sur les lois de leur harmonie; malgré que les orbes parcourus par chaque corps céleste autour des centres des systèmes de l’univers soient d’une telle précision mathématique que Le Verrier appuyé sur l’harmonie des forces gouvernant les corps célestes , est arrivé par le calcul à désigner un point dans l’espace qui devait être occupé par un corps céleste, et que le temps a prouvé la justesse de cette prévision...^) le même calcul a aussi démontré que les corps célestes sont sujets à de

( 1 ) On sait qu’il s’agit ici de la planète de Neptune, découverte par Le Verrier.

certaines perturbations dans leur mouvement, ou à de certaines déviations des lignes qui sont prescrites pour leur orbite et qu’après quelques milliers de siècles ce qui n’est qu’une seconde pour l’éternité, ces corps en s'approchant des autres systèmes peuvent y être entraînés et déterminer des catastrophes, des déluges et même déterminer un changement dans l’harmonie des corps qui constituent l’univers. — Si le calcul est faux, ou si notre hypothèse n’est qu’une pure supposition plus ou moins logique, ou si réellement le système de l’univers porte en lui-même quelque indisposition, quelque maladie comme tout ce qui a son commencement, son existence, sa vie et sa fin, nous n’en savons rien. . . — En jugeant les choses, d'après ce qui se passe journellement dans les êtres de notre planète et jusqu'aux entrailles de la terre que nous habitons, nous penchons pour cette dernière opinion.

Les mouvements circulaires des corps célestes autour de leur axe s’exécutent comme nous le savons avec une étonnante rapidité. — L’homme toutefois, chose singulière, placé sur l’équateur et ne connaissant pas la vitesse du double mouvement de la terre, ne se douterait jamais que tous les vingt-quatre heures il parcourt l’espace égal à la circonférence du grand cercle du globe sans mettre sur la ligne de compte le chemin qu’il parcourt avec la terre autour du soleil. — L’homme, dis-je, qui reste immobile sur un point donné du sol, ne se doute pas, qu'il parcourt dans une seconde avec la terre plus d’espace, que n’en parcourrait dans le même temps un boulet de canon. — Et pourtant que sera cette vitesse, ou ce mouvement, si nous y ajoutons l’espace parcouru par le soleil avec la terre autour d’un point central d’un autre système plus grand encore et ainsi de suite, peut être, jusqu’à l’infiui. . . !

J’ai lu dans un voyage au pôle-nord, que des matelots marchèrent avec leur capitaine une quinzaine de jours sur la glace dans la direction du pôle, sans se douter que le glaçou qu'il croyaient immobile s’avançait sur l'eau dans un sens opposé. — Exténués par une longue marche, ils sc trouvèrent au terme de leur voyage au même point de latitude d’où ils étaient partis. Tout en marchant ils ne bougeaient pas de place. . . !

Aiusi donc notre vie et notre jugement sont en tout et toujours relatifs. L’état du repos et l’état du mouvement ne sont qu’illusoires et relatifs et dépendent du point de vue dont nous les envisageons.

Il n'y a rien d'absolu, tout est relatif et conditionnel dans la nature. r. Ara?».

Les termes comme le temps, l’espace, la vitesse sont des dénominations exprimant une seule et même chose, sont synonymes.

En revenant aux corps célestes, les phénomènes étonnants quoique réels dont nous venons de parler, nous expliquent la possibilité des catastrophes extraordinaires dans le système solaire et même dans le système de l’univers, et font voir jusqu’à quel point la théorie de Buffon qui ne donne pas la genèse de la terre dans le sens rigoureux du mot peut-être justifié par la science.

Je ferai observer à cette occasion, qu’une théorie, qui change en feu la terre déjà créée, comme matière, qui détruit toute existence sur elle, ne peut expliquer ni l’origine des êtres vivants, ni comme de raison répondre à la question d'où est venu l’homme sur la terre , si il est un habitant primitif de notre planète , ou s’il vivait aupa-

Philosophie de U Nature. 49

ravant sur une autre , ni comment et quand sonnera l’heure de destruction de tout ce qui a vie sur notre planète et de la planète elle-même.

La dernière pensée que nous venons d’émettre sur l'origine de l’homme est une supposition appuyée plutôt sur des données du coeur que sur la raison.

Car si l’on n’était pas pénétré de la loi sévère , qui a pour base l’ensemble de la création et non les individus, on aurait de la peine a comprendre que l’homme ait été créé pour une terre sur laquelle avant de naître il est déjà fatalement condamné à mort et où depuis son berceau jusqu’à sa tombe il est continuellement exposé à toutes les tortures physiques et morales du monde, où il est jeté en quelque sorte pour s’exterminer mutuellement ou s’extenuer pendant toute sa vie à amasser les moyens nécessaires pour préparer à ses enfants une vie plus facile et moins douloureuse.

Mais non, il devait en être autrement dans l'harmonie primitive de l’univers, quoique cette harmonie, du moins au point de vue à nous, qui n’arriverons peutêtre jamais à connaître ses vraies fins, soit vicieuse et soit sujette aux infirmités et aux maladies communes à toutes les créatures. — L’être comme l’homme, même pris individuellement, devait y être aussi doté avec une précision mathématique et son séjour sur la terre devait être l’effet du hasard de quelque catastrophe extraordinaire, qui dut frapper aussi sa patrie primitive, les cieux.

D’uu autre côté l'homme, comme composé des mêmes matériaux simples que la terre et que l’air qui l’entoure, soumis aux mêmes conditions que la terre , a dû être créé avec la terre et pour vivre sur la terre; d’autant plus, que la nature n’ayant pas en vue l’homme mais la continuité de son espèce, les conditions de notre planète suffisent

largement pour la conservation de notre espèce et puis, si nous considérons même l'homme comme individu, Dieu lui a donné l’instinct et l'intelligence, et ce qui est non moins vrai, l’homme avant d’atteindre son organisation actuelle, lorsqu'il n’était que singe, avant d’être homme sauvage, avait moins de sentiment et d'intelligence pour comprendre son malheur , qu’il était placé dès son origine dans des zones chaudes, abondant en toutes sortes de nourriture végétale appropriée à ce climat, qu’il n’avait donc à se soucier ni de ses vêtements, ni besoin de travailler pour ses enfants, ni de s’épuiser jusqu’à la sueur de son front pour se procurer les moyens d’existence tant pour lui que pour sa famille, qu’il n’avait pas encore.

C’était bien tant que l’homme habitait son Eden primitif. Mais est-ce que la providence pouvait être assez cruelle pour créer l’homme nu par exemple, tout en sachant, que son espèce va se multiplier et que non seulement l’Asie, mais les contrées du nord ne suffiront pas pour nourrir son espèce. Comment pouvait-elle exposer son oeuvre dans l’avenir au froid glacial de la Sybérie, sans feu, sans vêtements, sans habitation au milieu des loups et des ours du Kamtchatka!

H est toutefois une vérité incontestable, c’est qu’à mesure que l’espece humaine se multipliait, et que la nécessité de sa dispersion sur la terre devenait urgente, que l’intelligence pressée par la nécessité se développait aussi en lui et qu’avec l’intelligence les moyens adoucissant sa déplorable position se multipliaient aussi.

Ainsi donc, toujours et partout nous rencontrons la Providence veillant sur l’harmonie de l’univers, comme sur son humble poussière!

Buffon, comme nous l’avons vu, n’a pas expliqué le vrai commencement de la terre et au lieu de nous donner

une théorie de la création de notre planète dans le sens du mot créer, savoir: tirer quelque chose physiquement parlant du néant, nous a donné seulement un tableau incomplet des suites du choc d’un corps céleste contre un astre. Car créer la terre ne veut pas dire transférer seulement sa substance d’un endroit en un autre, ou même créer la matière simple, mais créer aussi bien ce qui constitue ses ornements, à savoir: créer les êtres organiques animaux et végétaux. Ce que la théorie de Bufifon n’explique pas.

Nous allons voir tout à l’heure, que la cosmogonie de Laplace n'est pas supérieure à celle de Buffon, et que le premier comme le dernier au lieu d’expliquer la création dans le sens rigoureux du mot, ne font que tirer la terre tout simplement de la matière déjà, créée.

Laplace en reprenant la théorie de la création de Herschel, sur la condensation progressive de la nébuleuse générale, et de sa transformation en corps célestes de Kant, qui à son tour l’avait prise de Descartes ( 1 ) sur les tourbillons de la matière éthérée remplissant dans le commencement Vespace et que Descartes avait emprunté de Kepler, et ce dernier de Leucyppe et qui n’est autre chose que le chaos d’Hésiode, Laplace dis-je, a esquissé à grands traits l’histoire de la formation du système de l’univers.

Il semblerait même au premier abord qu’il a deviné les mystères de la création, lorsqu'il nous convie en quelque sorte à assister à la grande oeuvre de la formation de tous les corps célestes.

Supposons dans ce but, avec Laplace, une nébuleuse de l’étendue de l’infini, une sorte de vapeur d’éther sans

(') Dcsoartes. Système des tourbillons. — Débrouillement du chaos.

borne, ou un assemblage de corpuscules dans l’infini; or si nous supposons tous ses corpuscules éthérés épars dans l’espace à l’état d’immobilité inerte , leur masse constituerait une sphère immense dans l’infini de l’espace. Mais si cette masse éthéréc était attirée dans ses parcelles par un point de gravité , la sphère se gâterait et prendrait la forme plus ou moins ovale ou allongée d’une goutte d’eau tombant, aplatie aux deux pôles de l'axe de son mouvement, par le seul fait de la rotation de son tourbillon autour de son centre de gravité.

Or, â mesure que la nébuleuse se condensait, que scs corpuscules s’approchaient de son centre, il devait y avoir un moment, où sur le bord du disque, (la force attractive se trouvant en équilibre avec la force répulsive) un anneau de cette matière, ou de cette nébuleuse condensée se serait trouvé détaché de la masse commune et tombé dans l’espace, et comme la pesanteur ici n’était pas égale, la nébuleuse aurait donné naissance à la masse d’un corps nouveau sphérique , plus ou moins aplati , ou aurait engendré une planète attachée par la force de l’attraction-répulsive à la masse de la nébuleuse-mère.

D’après la théorie de Laplace toutes les planètes, tous les corps célestes devaient se former ainsi, à savoir: qu’ils devaient se former avec les corpuscules ou atomes déjà créés, ne constituant qu’un chaos infini, ou un brouillard de la matière éthérée, ou une nébuleuse remplissant un espace sans limite.

D’après cette théorie, le temps et le mouvement rotatoire devaient rapprocher de plus en plus les corpuscules de chaque corps, qui ne faisaient encore qu’un brouillard condensé, devaient les congeler pour ainsi dire, les cristalliser et les durcir, et comme conclusion, les corps

célestes auraient aujourd’hui une moindre dimension qu’aux époques primitives de leur formation.

Que le soleil au moment de ce passage d’un tourbillon sphérique de la matière gazeuse en un corps plus dense et plus serré ne cesserait pas d’étre le centre de son système et qu’en lançant de temps à autre des anneaux de sa substance dans l'espace, phénomène qu’on n’a jamais observé, continuerait à donner naissance aux nouvelles planètes dont il gouvernerait le mouvement.

Or, quant à la mécanique planétaire du système solaire, d’après laquelle le soleil attire et entraîne en quelque sorte avec lui son état-major, ou toutes les planètes de son système, la théorie de la création de Laplace est assez satisfaisante et conforme à l’expérience physique faite avec une goutte d’huile soumise dans l’éther à un mouvement rotatoire autour de son axe, quant à son aplatissement vers les deux pôles de son axe, à son allongement ovale et au détachement successif dans l’espace d’éther des anneaux de sa substance.

N’oublions pas toutefois, que ce système ne nous explique pas l’origine intime des choses et nous devons encore faire remarquer qu’il n’explique pas d’une manière satisfaisante même tous les phénomènes cosmiques ; ainsi il donne par exemple le rapport de la masse et de la densité des planètes à leurs distances du soleil, quoiqu’il soit difficile de concilier ces anomalies avec la théorie de Laplace.

Et que dirons-nous des comètes, qui se meuvent dans des orbites si divers et si excentriques et qui malgré cela sont soumis dans leur cours aux mêmes lois que le monde planétaire.

Les comètes ne peuvent être regardées comme des parcelles du soleil, car d’après la théorie de Laplace

elles appartiendraient au système solaire, auquel elles n’appartiennent pas. — 11 faut donc les considérer comme des monades des hôtes étrangers visitant par hasard notre système: car, il y en a qui vivent dans d’autres systèmes et parcourent des voies immenses sur des hyperboles et sur des paraboles, d’autres se montrent une fois ne reparaissent plus et ne passent qu’une fois la strèphe attractive de notre soleil. (')

Or, ce fait seul, porte un coup mortel à la théorie de Laplace, qui est bonne à expliquer la formation des aérolithes et des anneaux qui s’en détachent, lorsque tombées dans notre athmosphère elles la percent tout incandescentes avec la rapidité de la foudre, et non pour expliquer les grands phénomènes du système de l’univers et surtout pour expliquer la création!

Bien que les comètes ne menacent pas notre planète du plus petit danger comme corps étranger à notre système, ni par la masse gazeuse de leur noyau, ni par leur substance gazeuse, ni même comme nous l’avons dit, par leur queue, qui n’est qu’une illusion d’optique: car, on a démontré ces dernières années qu’elles n'existent même pas comme matière, il n’en est pas moins vrai que la théorie de Laplace non seulement ne donne pas d’explication assez suffisante sur la cause de la nature, mais qu’elle laisse beaucoup à desirer dans l’interprétation des phénomènes célestes.

Car, est-ce que cela s’accorde avec le simple bon sens que le soleil et les myriades d 'étoiles, points fixes de leurs systèmes respectifs, aient été jusqu’à ce jour des nébu-

(') La période de toutes les comètes n'est pas aussi longue. F. Enckc en a découvert une, dont la période n’est que de 3 ans et 115 jours.

leuses à peine figées dans quelques points seulement, tandis que la terre qui est sous la dépendance du soleil, qui serait dépendante d’une nébuleuse gazeuse, serait un corps approchant de sa décrépitude, et que la lune ne serait qu'un cadavre, qu’un corps en décomposition?

Peut-on concilier ces états dans le même système, peut-on admettre pour un instant que la terre ait été formée et mûrie, tandis que le soleil, sa cause et les étoiles ne seraient que des nébuleuses non encore converties en corps d’une organisation achevée, en matière pesante?

De la Marmora en trouvant les débris de l’industrie naissante dans l’ile de Sardaigne a renversé la doctrine de George Cuvier en paléonthologie.

La découverte de Lord Rosse, qui a trouvé au moyen de son puissant télescope, que la grande nébuleuse daus l’Orion n’est qu’une myriade d’astres grands comme le soleil et non pas une masse éthérée d’une nébuleuse non encore réunie en un système de corps céleste ne rcnverset-elle pas à tout jamais la théorie de Laplace dans le cas même ou elle n’expliquerait que le mécanisme de la nature déjà créée!

Et que dirons nous des faits, que les comètes d'après les récentes découvertes de Scliiaparclli ne sont que d’immenses boules de gaz parcourant les espaces voisins du soleil, que Volta a même observé, que le diamètre de ces hôtes étrangers change à tout instant sous l’influence des rayons solaires et diminue à mesure qu’ils passent dans un milieu plus dense, que d'après les découvertes les plus récentes de Reichenbach, les météores cosmiques sont tout simplement des comètes éteintes, qu’ils sont une espèce de corps solides, qu’ils sont des concrétions formées dans l’espace par voie de cristallisation?

Ainsi la théorie (le Laplace n’explique ni l’origine du cosmos, ni de la terre, ni même des phénomènes de la nature déjà créée. — Je dirai donc avec de Fonvielle (l) que comme la vérité est un tout qui ne se fractionne pas, que nous nions qu’on puisse expliquer la moitié d’une difficulté et léguer l’autre moitié aux inventeurs d’une théorie supplémentaire; je dirai plus, je dirai, que comme la vérité est une vérité tout entière, que non seulement la théorie de Laplace mais que toutes les théories des Kant, des Buffon, des Descartes et des Hésiode, qui n’expliquent qu’une partie d’une difficulté, sont fausses, ne disent rien et ne doivent point être considérées comme des théories, mais comme des hypothèses plus ou moins illusoires du passé.

Il existe encore, entre autres, une hypothèse sur la géogénie, celle de l'impulsion générale, d’après laquelle chaque planète serait jetée sur la tangente de sa future orbite, au moment, où la gravité l’attirerait au centre de son système et tous les systèmes au centre de la gravitation universelle de l'univers. Mais nous rejetons cette hypothèse que notre philosophie de la nature ne nous permet pas d’admettre.

C’est beau et bon pour une machine et non pour l’univers dont le but est bien autrement élevé. Car nous savons, que le travail mécanique de la nature qui dépend de l’attraction et de la répulsion n’est qu'un fragment bien minime de son grand travail organique dans lequel le but du mouvement continuel des corps célestes

C) Lisez l'into rossante critique du système «le Laplace par W. de Fonvielle, dans son „Astronoinie moderne. Paris, 186 9.”

Philosophie de U Nature. 50

depuis l’éternité n'est pas encore deviné, mais dans lequel, nous savons que la force cosmique se transforme continuellement et se manifeste une fois comme attraction-répulsive, une autre fois comme lumière, une autre fois comme force vitale, comme intelligence; que l’atome qui en est la plus minime parcelle se montre une fois comme plante, une autre fois comme homme ou comme un astre brillant sur l’azur des deux, etc.

Je laisse ces vérités jetées ici en germe à la méditation des philosophes.

Quel est donc l’origine de l’univers, d’où est venu l’homme sur notre planète? Personne jusqu’à ce jour n'a répondu à cette question. Est-ce Dieu qui l’a pétri d’argile avec ses mains? . . . Belle légende!

Personne jusqu’à présent n’a approfondi l’origine extrême non seulement de l’homme, non seulement de la terre, mais même, ce qui revient au même, d’un atome! Personne jusqu'à présent n’a osé approfondir l’origine d’un grain de poussière!

Est-ce qu’il serait à jamais défendu, d’essayer ses efforts pour comprendre et expliquer la manière dont l’atome a été créé?

Telles sont les idées dans l’état actuel de la science sur l’origine de la terre, et sur la création du monde.

Quant à nous, appuyé sur les fait, rapportés dans le chapitre précédent, traitant la philosophie de la force et sur les conclusions que nous en avons tiré, nous dirons: que la terre est aussi ancienne que l’atome, que Dieu, que toute la création. — Que son origine remonte à l’origine de la création entière, qu’elle fut créée dans la Sagesse et par la Sagesse suprême avec toute la nature et fixée dans le

point de l’espace qu’elle occupe depuis l’éternité ; qu’elle n’est le fragment d’aucun corps céleste; que si elle fut jadis à l’état de feu , que c’était dans le moment de sa création, dans le moment de la conversion de la force pure en matière et réciproquement, connue cela a lieu jusqu’à présent au moment des combinaisons et des décompositions des corps, et nous donne encore aujourd’hui le témoignage de la métamorphose de la force en matière dans ce mystérieux phénomène; que la température actuelle de son intérieur n’est que le résultat des actions chimiques qui s’opèrent dans ses entrailles sur une grande échelle (*); que tous les tremblements de terre, les productions effrayantes et destructives des volcans, que les soulèvements et les abaissements plus ou moins circonscrits de sa masse, ou la formation des montagnes, les apparitions des continents et leurs submersions , comme tous les cataclismes et ses bouleversements sont la suite de l’action de la force centrifuge des produits de son travail intérieur: travail, qui constitue le labourage de la terre, sa culture naturelle, sa vie! que toutes les théories des Adémars , quant aux déluges universels-périodiques , n’arrivant que tous les 10,500 ans, ceux-ci, quoique en rapport avec les données en astronomie et en mécanique, sont impossibles comme surnaturels; et que contrairement à l’opinion de Cuvier Dieu n’a jamais créé d’êtres nouveaux après chaque déluge et qu’il n’est jamais descendu sur la terre pour pétrir les premiers couples de toute la création sur une éclaboussure du soleil; que tout fut créé en même temps, ou du moins, que le germe de tout, à savoir: l’atome

( 1 ) Cette théorie n’est pas ucuve. Humphry Davy le plus grand chimiste et philosophe îuodcrnc a émis il y a 40 ans la même opinion à ce sujet.

et avec l’atome le germe de toute la création fut créé instantanément, que tout se développait dans le commencement avec une succession rapide, logique et harmonieuse comme cela à lieu actuellement dans le sein de la mère , ou dans l’oeuf vivifié; que Dieu n’a pas en vain laissé et éternisé ce développement du germe de la vie organique de chaque espece dans la matrice ou dans l’ovule de sa mère; que le germe des êtres organiques est éternel sur la terre, comme toute la nature , comme Dieu, cause extrême de toute la création.

En enseignant que la matière est aussi ancienne que la force, que la création est aussi éternelle que Dieu, nous avons en vue, que la nature était dopai; l’éternité dans la Sagesse suprême et comme la Sagesse suprême est en même temps une volonté toute puissante, ainsi, quoiqu’il semblerait, que la Sagesse ne pouvait être force en équilibre ou dans un repos inactif sans s’exprimer simultanément dans la création, que toutefois, comme Volonté elle pouvait s’exprimer en temps qu’elle le jugeait nécessaire dans sa Sagesse.

Ainsi, quoique la création fut en Dieu depuis l’éternité, sans commencement, et resta en équilibre, ou dans un repos relatif de la Sagesse, elle pouvait avoir son commencement accentué. Ce que nous concevrons en étudiant journellement la nature déjà créée, en étudiant le commencement tranché, ou la naissance de tout être vivant dans la création qui , malgré son commencement ou sa naissance ou sa création bien marquée, vivait, comme l’homme vivait par exemple pendant 270 jours dans le sein de sa mère et avant cette époque vivait pendant de longues anuées dans le sein du ses parents, de scs grands pères, de ses aïeuls, de ses bisaïeuls et ainsi

de suite jusqu'à l’éternité, jusqu’à son origine première en Dieu!

Ainsi la terre dans le premier instant de sa création, ou dans l’instant du passage de la force en matière, se trouvant à l’état impondérable en mouvement ou en vie dans ses atomes, était donc de la température et de l’éclat d’une immense étincelle électrique et se présentait par conséquent sous forme d’une boule immense defeu(‘) de la température de 4,000 à 6,000 degrés et plus. — Je fixe plus ou moins ces limites de la température de la terre à son état impondérable, car il n’y a pas de corps entrant dans sa composition qui ne décompose, ou qui ue se combine dans cette température. Cette température est donc pour nos celle du passage de la force pure et de la matière pesante à l'état impondérable , ou intermediaire entre la force pure et l’atome pesant.

Le premier effet de la formation de la terre ou du passage des parcelles de son état impondérable à l’état des atomes pondérables, ou de la matière proprement dite , était l’extinction de sa lumière et de son refroidissement, qui n’était pas aussi lent qu’on le suppose, car il ne pouvait en aucune façon s'éloigner de ce que nous voyons journellement dans nos laboratoires, à moins que la terre par son volume n’ait eu besoin d’un temps plus long pour arriver à sa température normale, qu’une parcelle

C) En considérant la création de l'univers, celleci était instantanée. L'espace pendant sa création, n'était d'après cette manière de voir qu’un feu électrique ou lu force eu action remplissant l'espace.

de quelque métal , ou de quelque sel chimique que nous créons artificiellement et à volonté.

Le premier phénomène du refroidissement de la terre était la formation de sa croûte, sous laquelle d’autres couches en se figeant et en se cristallisant, ont déterminé dans la première des rugosités, des inégalités , des fendillations etc., etc. L’eau séparée de la terre ténant toutefois à son ensemble, s’est mise en équilibre avec le continent et s’est nivelée avec sa surface sphérique en se couchant dans ses lits préparés par l'équilibre naturelle des éléments du globe. — Des masses considérables de matériaux se décomposant et se combinant dans les entrailles de la terre sur une échelle immense donnent des quantités immenses de gaz et des productions liquides incandescentes, qui ne pouvant se contenir dans les espaces souterrains occupés par les matériaux avant leur décomposition , déterminent d’effroyables secousses en soulevant la terre dans de certaines régions à des hauteurs extraordinaires et en donnant ainsi naissance aux montagnes, ou aux vastes continents, ou en lançant par les cratères des volcans de la fumée , de la flamme , de la lave et des cendres, ensevelissent des villes et des provinces et impriment ainsi les grands bouleversements limités du globe auxquels les mers et les océans en y prenant part, sortent subitement de leurs lits et déterminent des déluges limités et même universels.

Ce que nous avons dit de la création de la terre s’applique à la création de tous les corps célestes de l’univers et ce que nous avons dit de la formation de la matière simple par la réunion harmonieuse et par la métamorphose de ses atomes, s'applique aux corps célestes réunis en système solaire et en système de l’univers. —

Que la môme attraction-répulsive qui préside à l’existence d’un corps simple quelconque, s'applique exactement à l’harmonie entre le's forces qui régissent l’univers entier.

Quant à l’avenir de notre planète, nous dirons avec Beudant „quc tout porte à croire que l’état de tranquillité dans lequel nous vivons n’est que temporaire , aussi bien que tous les intervalles de crises pendant lesquels les différents dépôts sédimentaires du globe se sont formés. En effet, dans la série des perturbations qui ont fait de tout temps partie du mécanisme de la terre, nous ne voyons aucune loi qui puisse permettre de concevoir un terme à la succession île ces phénomènes; à des accidents peu importants, succèdent indistinctement ou des crises du même ordre, ou d’affreuses catastrophes; comme à de longues périodes de tranquillité succèdent tout à coup des bouleversements épouvantables.”

„ Au petit soulèvement du mont Viso, par exemple a succédé la grande catastrophe des Pyrénées; après celle-ci viennent les petits accidents du système de Corse, qui ont été suivis immédiatement par les deux grands événements consécutifs des Alpes. La longue période des terrains jurassiques a été troublée par le soulèvement de la Côte-d’Or, comme le dépôt du grès vosgien a été presque aussitôt arrêté par le système du Rhin. Tout est donc irrégulier dans les révolutions que nous avons apprises à connaître; il ne se présente aucune circonstance qui puisse suggérer l’idée d’une diminution graduelle dans l’intensité des actions souterraines, et nous faire penser que la croûte terrestre ait aujourd’hui perdu, en quelque point que ce soit, la propriété de s’affaisser, d’être sou-

lovée, ou disloquée de toutes les manières et dans tous les sens. Rien en conséquence ne peut nous assurer que la période calme dans laquelle nous nous trouvons depuis 5,178 ans ne soit troublée à son tour, à l’improviste, par l’apparition de quelque nouveau système de montagnes, de quelque nouveaux continents, effet d’une nouvelle dislocation, ou submersion du sol , dont les tremblements de terre nous montrent assez que les fondements ne sont pas inébranlables.”

11 suit de là, que l’idée d’une fin, ou d'un renouvellement des choses d’ici-bas tout aussi répandu que celle d’une grande inondation passée, pourrait également trouver un double appui dans les lois mêmes qui semblent régir le monde.

Elle trouve son appui dans la fatalité du refroidissement du globe et de sa congélation et par là de la cessation de la vie sur la terre — elle trouve son appui dans la fatalité de l’apparition de plusieurs catastrophes avant sa mort par le refroidissement.

Il y aura donc une fin du monde et une fin de l’existence sur la terre. (J)

Tout ce qui a un commencement, aura aussi une fin d’après les lois de la nature.

Tout être naît et meurt; les espèces ont eu leur commencement et auront leur fin. La matière conçue dans la force retournera-t-elle aussi un jour à son origine, à l’idée , à Dieu? Quelle forme prendra l'univers dans ce

( 1 ) Don* l’hypothèse du déluge universel comme dans l’hypothèse des déluge* limités comme dons celle du refroidissement du globe la vie finira tût ou tard sur la terre tout a la fois ou partiellement , par nations, par races, par contrées comme elle s’éteint journellement avec la mort des individus, etc., etc.

moment suprême. Quelle est la forme ou l'apparence de Dieu? Dieu a-t-il une forme ou une apparence quelconque? Certainement non. Car toute l’idée que nous avons de Dieu comme êtres matériels jugeant par nos sens , étant plus ou moins du domaine de la matière est erronée. Dieu est un esprit pur, Il est pure sagesse et pure volonté, s’il manifeste son Etre par de certains phénomènes, ce n’est que dans la création, qui est le phénomène grandiose de sa propre nature, (car, notre esprit même est de la création), qui est pour nos sens une manifestation sublime de l’immensité infinie de son Etre.

Si la terre est soumise à des perturbations si extraordinaires , si l’homme, soumis aux mêmes lois de l’harmonie que l’univers est sujet dans son organisme aux catastrophes ou maladies, pourquoi les grands systèmes ne seraient-ils pas sujets à de grands bouleversements dans leur organisme, pourquoi l'univers, pourquoi la nature entière n’aurait-elle pas son avenir d’outre-tombe dans la Sagesse eternelle.

N’oublions pas d’un autre côté, que le travail intérieur de la terre, cause du feu de ses entrailles , que nous avons tant de fois maudit est aussi une des conditions de la température de la terre, de sa vie et par là, de la vie de toute son existence. Car au moment où la terre serait refroidie dans ses entrailles, malgré la force qui la lie au soleil dans le système solaire et la rechauffe, malgré la chaleur des astres ou de l’espace qui lui fournit une grande partie de la chaleur, toute existence sur elle serait impossible.

Ainsi donc, il y aura fatalement d’une manière ou d’une autre une fin à tout ce qui existe sur la terre. Alors cette terre privée de vie, toute gelée roulera so« litaire dans l’espace autour du soleil.

Philosophie de U Mature. * 51

Il viendra donc un moment, ou dans des siècles, ou dans un an, ou dans un instant, qu’une nouvelle catastrophe nous saisira; les lames de l’Océan suspendues sur nos têtes , après avoir subitement roulé sur nos habitations emporteront nos cadavres et ceux de nos amis, de nos ennemis, de nos femmes et de nos enfants sur les mers glaciales ou peut être dans les contrées lointaines de la Kamtchatka !

Si nous réfléchissons que ce malheur commun est peut être très prochain, à quoi bon nous quereller, nous haïr, nous mitrailler, nous exterminer? Que deviendront ces trésors entassés par l’exploitation sur notre prochain? — Les torts de l’humanité au moment suprême de ce malheur commun, au milieu du trouble général, des cris, lorsque nous et nos enfants nous nous verrons engloutis par les vagues furieuses de l'océan , étouffés sans pouvoir trouver de l’air pour prolonger notre existence d’une seconde et même prolonger le désespoir et la panique de la mort. . . , comme le tort que nous avons fait à nos semblables sera un lourd fardeau dans ce moment suprême. Moment terrible, dans lequel commencera le châtiment mérité pour notre peu d’amour chrétien et pour notre égoïsme sur la terre!

Mais dira-t-on, à quoi bon les sciences, la morale, les découvertes et le progrès, puisqu’une si grande fatalité qui a déjà tant de fois frappé notre planète, peut la

saisir à tout moment, puisque nous serons tôt ou tard enseveli dans la nuit sombre du néant , puisque le linceul de la mort va presque tout engloutir à tout jamais , puisque l’eau va plus ou moins tout submerger en laissant à peine quelques vestiges du passé? (J)

Le progrès, les découvertes, le travail sont indispensables avec la multiplication du genre humain, sont une condition d’être de l’espèce humaine, facilitant les moyens d’existence, adoucissant la dureté du travail, faisant de l'homme une créature libre et indépendante. Ne serviraient-ils qu’à détourner l’homme enfermé dans l’égoïsme de l’atnour de son prochain, ne serviraient-ils qu’à le détourner du bonheur de contribuer à l’oeuvre commune de l’humanité? Dieu n’aurait-il donné l'esprit à l’homme que pour l’employer à faire du tort à son semblable! . .

(') Je (lie que le déluge universel a détruit pretyue tout sur U terre; car, quoiqu'il ait respecté l'homme et quelques espèces d'animaux habitant des contrées élevées, s'il détruisait de nos jours rien que les pays civilisés avec leurs monument* scientifiques et artistiques , il détruirait en réalité tout ou à peu près tout.-- Qu'est-ce qu’en effet que la longue perspective demandant dos siècles! pour arriver h quelques lueurs de civilisation, si ce n'est l'anéantissement même de cette civilisation . . ? Qu'est-ce qu'une catastrophe effaçant la moitié des espèces vivantes, si ce n’est l'anéantissement h jamais de la vie de ces espèces?!

Page 1