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UN MOT

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DËLUG'E UNIVERSEL

mtr sa Causé, sur sa raté.

Comme j’ai fait souvent mention dans ce livre du déluge universel, je crois de mon devoir ici de justifier mon opinion sur la possibilité de son existence, sur sa cause probable et sur la date que la science semble lui assigner.— Or, quoique d’Orbigny et surtout Lyell n’admettent pas le déluge universel, quoique nous adoptons la dootrine de la géologie moderne, celle du développement progressif du globe ou de runiformitarianisme de Hutton et de Lyell ou plutôt de l’évolutionisme du globe de Huxley, de Tindal, de William Thomson de Spencer et d’autres, si propre à expliquer les révolutions partielles et qui donnent une si satisfaisante explication des déluges limités , si nous réfléchissons toutefois sur l’étendue des dépôts du dernier déluge , si nous réfléchissons qu'il a laissé ses traces aussi bien en Europe qu’en Asie et en Afrique et par voie des dépôts

sous-marins même en Amérique, qu’il est impossible d’assigner des limites à ces dépôts, il en résultera pour nous que la doctrine de Moïse professée par Cuvier, Elie de Beaumont, de Humboldt et autres savants des trois derniers siècles, fut vraie et que le dernier déluge fut universel en ce sens, que l’ancien et le nouveau continent pouvaient se trouver submergés à l’exception de quelques contrées élévées, et de quelques pieds de chaînes de montagnes où l’homme avec les espèces d’animaux existant actuellement pouvait y trouver son salut.

Quant à sa cause, les géologues sont aussi bien loin d’être d’accord sur l’origine et sur la classification des terrains diluviens, et quoique les uns regardent les dépôts diluviens comme ayant été charriés par les eaux, les autres ne pouvant pas comprendre l'existence dans les vallées de tant dé matériaux erratiques, promènent sur les terres submergées des radeaux de glaces flottantes chargées de pierres de différentes grandeurs , quoique Lyell explique la cause des déluges avec sa théorie glacière appliquée aux phénomènes du nord et les regarde ainsi que nous l’avons dit, comme déluges limités, quoique Elie de Beaumont, G. Cuvier et de Humboldt regardent le dernier déluge comme universel et l’attribuent au soulèvement des Alpes ou des Cordillières, quoique Adémare croie aux déluges universels périodiques arrivant tous les 10,500 ans, et qu’il appuie sa théorie sur la formation dans les régions du pôle-nord d’un glaçon de 600 lieues carrées tous les 10,500 ans, qui par son poids énorme aurait fait perdre l'équilibre à la terre et l’aurait fait basculer sur elle-même eu déterminant ainsi un flux subit des océans du midi vers le pôle-nord, quant à nous, pour les motifs, que nous venons de signaler, nous croyons à l'existence du déluge universel, auquel nous

assignons pour cause non pas le soulèvement des Alpes qui sont regardées par les mômes savants comme une petite inégalité sur l'écorce d’une orange en comparaison avec l’étendue du globe, et qui n’auraient jamais pu à notre avis occasionner une sortie de la masse d’eau de l’océan capable de submerger une si grande étendue de terre à de certaines hauteurs, mais l’apparition de certains continents tels par exemple, que l’Amérique du Sud avec ses Cordillières ou la Nouvelle Hollande.

Car, s’il est reconnu, que les catastrophes limitées par la submersion d’une partie du terrain entre la France et l’Angleterre ont séparé ces deux pays; si le soulèvement de la terre entre la France et l’Espagne a séparé un océan d’une mer ; s’il est vrai, que la France actuelle h l’époque Sillurienne ne se composait que de quelques petites îles, que scs provinces entières avec des villes comme Paris , Bordeaux et Marseille n’existaient pas, que Paris d’aujourd’hui, était submergé, s’il est vrai, comme le soutiennent Lyell, d’Orbigny, Huxley, Hutton et autres sommités eu cette matière, que la partie septentrionale par exemple de l’Europe a été submergée et qu’elle est ensuite sortie de l’eau, que les sables du Sahara ont été sous l’eau, que l’Asie a été submergée . . . pourquoi l’Amérique avec ses Cordillières, aiusi qu’avec ses cinquante volcans et ses grandes montagnes , avec les Alpes de l’ancien continent ne pourrait-elle pas être un résultat naturel de la dernière catastrophe, comme le déluge une conséquence de son apparition? Puisque encore une fois, ni le soulèvement des Cordillières, ni celui des Alpes ne pouvait déterminer la sortie d’une quantité d’eau suffisante pour submerger le globe, de manière à laisser partout les traces de cette submersion?

Noos renvoyons d’ailleuri le lecteur à notre édition polonaise de cet ouvrage dans laquelle nous avons consacré un long chapitre à l'étude de cette question.

Quant à la date du déluge universel, je ne puis mieux faire que de recourir aux documents basés sur les faits historiques et sur le calcul le plus minutieux recueillis par Georges Cuvier et consignés dans son Cours de tkistoire des sciences naturelles et de la philosophie de r histoire naturelle. — Paris, 1831, et dont voici la teneur:

„Le globe offre partout dit G. Cuvier, des témoignages de plusieurs révolutions. Les débris organiques, ensevelis dans ses couches, portent des caractères visibles d’époques différentes. Suivant que les formations sont plus ou moins distantes de la surface de la terre, et par conséquent plus ou moins anciennes, leurs fossiles appartiennent à des espèces diverses et sont plus ou moins altérés. Si la mémoire des bouleversements antérieurs à celui dont parlent les traditions n’est pas venue jusqu’à nous, c’est probablement parce que l’espèce humaine était alors peu nombreuse et qu’elle habitait des lieux ou leurs effets ne furent pas sensibles; ou bien parce que ces lieux furent entièrement détruits et par conséquent aussi leurs habitants, à l'exception d’un petit nombre. On pourrait même douter que l’homme existât alors, car on n’en a encore trouvé aucun débris dans les couches régulières du globe. (’)

L’état de fraîcheur que présentent les débris animaux renfermés dans les couches marines les plus rapprochées de la superficie, prouve que la dernière révolution terrestre ne remonte pas à une époque bien éloignée.

(' ) Cuvier disait cela en 1831.

L’observation des éboulements des montagnes et celle de l’accroissement des dunes et des alluvions conduisent au môme résultat.

On a noté pendant quelques années, l'augmentation qu’éprouvent les alluvions de certains fleuves , et en comparant la quantité observée à la totalité des alluvions antérieures, on a obtenu des résultats qui n’ont pas fait remonter ces alluvions à plus de cinq ou six mille ans.

Des observations et des calculs semblables ont été faits pour les talus des montagnes, et on a aussi reconnu que leur origine ne pouvait pas remonter à plus de cinq ou six mille ans.

Feu M. Brémontier, inspecteur des ponts et chaussées, qui a publié un mémoire sur la fixation des dunes, estimait leur marche annuelle à soixante pieds, et sur certains point a soixante douze. Selon ses calculs , il ne leur faudrait que deux mille ans pour arriver à Bordeaux, si on ne leur opposait pas d’obstacles, et d’après leur étendue actuelle, il doit y avoir a peu près cinq mille ans qu’elles ont commencé à se former.

Les effets du veut d’ouest sur les terrains cultivables de l’Egypte, sont un phénomène du même genre que les dunes. Les sables stériles de la Lybie, chassés par ce vent, ont envahi, depuis la conquête du pays par les mahométans, des villes et des villages d’Egypte dont les ruines paraissent encore.

On voit percer au travers de ces sables les sommités des minarets de quelques mosquées. S’ils étaient jetés sur l’Egypte depuis un temps indéfini, il ne resterait plus rien entre la chaîne Lybique et le Nil; leur marche rapide aurait sans doute rempli toutes les parties étroites de la vallée.

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Les tourbières, produites si généralement dans le nord de l’Europe par l’accumulation des débris de sphagnum (sphaigne) et d’autres mousses aquatiques , peuvent aussi servir de chronomètres. Elles s’élèvent dans des proportions déterminées pour chaque lieu; elles enveloppent ainsi les petites buttes des terrains sur lesquels elles se forment, plusieurs de ces buttes ont été enterrées de mémoire d’hommes. En d’autres endroits les tourbières suivent la pente de vallons; elles avancent comme le» glaciers, avec cette différence que les glaciers fondent par leur bord inférieur et que les tourbières ne sont arrêtées par rien; en les sondant jusqu’au terrain solide, on juge de leur ancienneté; or on a trouvé qu’elles ne peuvent remonter aussi à une époque indéfiniment reculée.

Ainsi, partout la nature nous tient le même langage, toujours elle nous répond, que l’ordre actuel des choses n’a pas une origine bien éloignée.

L'histoire, comme je l’ai dit, confirme les résultats obtenus par l’examen des phénomènes naturels.

En effet, bien que d’abord les traditions de quelques anciens peuples semblent contredire la nouveauté du monde actuel, lorsqu'on examine de plus près ces traditions, on a bientôt reconnu qu’elles n'ont rien d’historique, et que la véritable histoire, et tout ce quelle nous a conservé de documents positifs sur les premiers établissements des nations, ne les fait remonter qu'à une époque qui est de beaucoup en de çà des temps traditionnels.

La chronologie d’aucun des peuples de l’occident ne remonte sans interruption à plus de trois mille ans. Aucun d’eux ne nous offre, avant cette époque, une suite de faits enchaînés les uns aux autres avec quelque vraisemblance. Le nord de l’Europe n’a d’histoire que depuis sa

conversion au christianisme. L’histoire de l’Angleterre, de la Gaule, de l’Espagne, ne remonte pas plus haut que les conquêtes des Romains, celle de l’Italie septentrionale, avant la fondation de Rome est encore à peu près ignorée. Les Grecs avouent ne savoir l’art d’écrire que depuis que les Phéniciens le leur ont enseigné, il y a trente trois, ou trente-quatre siècles. Longtemps après, leur histoire est encore pleine de fables, et ils ne placent pas à trois-cents ans plus haut les premiers vestiges de leur formation en corps de peuples. Nous n’avons de l’histoire de l’Asie occidentale que quelques extraits contradictoires qui ne comprennent guère que vingt-cinq siècles d’une manière un peu suivie, en en admettant, ce qu’on en rapporte de plus ancien avec quelques détails historiques, on arriverait à peine à quatre mille ans.

Le premier historien profane dont il nous reste des ouvrages , Hérodote , n’a pas deux mille trois cents ans d’ancienneté. Les historiens antérieurs qu’il a pu consulter ne datent pas d’un siècle avaut lui, et les extravagances qui nous restent extraites d’Aristée de Proconnèse et de quelques autres, peuvent même nous faire juger de ce qu’ils étaient. Avant eux on n’avait que des poètes. Homère, le plus ancien de ceux que nous connaissons, n’a précédé notre âge que de deux mille sept cents ou deux mille huit cents ans.

Quand ces premiers historiens parlent des anciens évènements de leur nation ou de ceux des nations voisines, ils ne citent point d’ouvrages publics, mais seulement des traditions orales. Ce n’est que longtemps après eux que l’on a vu paraître de prétendus extraits des annales égyptiennes, phéniciennes et babyloniennes. Berose n’écrivit que sous le règne de Séleucus Nicator, environ quatre-

cents ans avant. Jésus-Christ, Hiéronyme, que sous celui d’Antiochus Soter , qui est plus repproché de nous; et Manéthon, que sous le règne de Ptolémée Philadelphe, plus voisin encore de nos temps.

Sanchoniathon , auteur phénicien, qu’il soit véritable ou supposé, n’était point connu avant que Philon de Byblos en eût publié une traduction, sous Adrien, dans le deuxième siècle après Jésus Christ; et, quand on l’aurait connu, il n’aurait présenté pour les premiers temps, comme tous les auteurs de cette époque, qu’une théogonie puérile, ou une métaphysique, méconnaissable à force d'être déguisée sous des allégories.

Un seul peuple nous a laissé des annales écrites en prose avant l’époque de Cyrus: c’est le peuple juif.

Les cinq premiers livres de la Bible, que nous nommons le Pentateuque, existent très-certainement sous leur forme actuelle depuis plus de deux mille huit-cents ans, puisque les Samaritains les reçoivent comme les Juifs.

En attribuant la rédaction de la Genèse à Moïse luimême, ce que rien n’empéche, on la ferait remonter à cinq cents ans plus haut, c’est-à-dire à trente-trois siècles; et il suffit de la lire pour s’apercevoir qu elle a été composée eu partie de morceaux d’ouvrages antérieurs: on ne peut donc aucunement douter que ce ne soit l’écrit le plus ancien dont notre occident soit en possession.

Or, cet ouvrage et tous ceux qui ont paru depuis, quelque étrangers que leurs auteurs fussent à Moïse et à son peuple, nous présentent les nations des bords de la Méditerrannéc comme nouvelles; ils nous les montrent encore demi-sauvages quelques siècles auparavant; et enfin, ils nous parlent tous d’une catastrophe générale,

d’une irruption des eaux, qui occasiouua une régénération presque totale du genre humain.

Le texte hébreu de la Genèse fait remonter le déluge à quatre mille cent soixante-quatorze ans avant nous; le texte samaritain , à quatre mille huit cent soixante-neuf ans , et la traduction des soixante douze hommes qu’on appelle Septante à un mille trois cent quarante cinq.

Les traditions poétiques des Grecs, sources de toute notre histoire profane pour ces époques reculées, s’accordent avec les annales des juifs: elles placent le déluge d’Ogygès à deux raille trois cent soixante seize ans avant Jésus-Christ, c’est «à dire à quatre mille deux cent-six ans avant nous .

Les Vedas, ou livres sacrés des Indiens, qui ont été comptés à peu près dans le même temps que la Genèse, placent le commencement de ce qu’ils nomment J! âge de malheur, c’est-à-dire l'âge actuel, à quatre mille neuf cent trente-deux ans avant nous. C’est à quelques années près l’époque indiquée par le texte samaritain.

Le Chou-King, le livre le plus authentique des Chinois , et qu’on assure avoir été écrit par Confucius, avec des fragments d’ouvrages antérieurs , il y a à peu près deux mille deux cent cinquante-cinq ans , commence l’histoire de la Chine par un empereur nommé Yao, qu’il représente occupé à faire écouler les eaux, qui, s’ôtant élevées jusqu’au ciel, baignaient encore le pied des plus hautes montagnes , couvraient les collines moins élevées et rendaient les plaines impraticables. Cet Yao suivant quelques auteurs date de 4,175 années avant notre temps. C’est, comme on voit, l’époque même assignée au déluge par le texte hébreu.

Enfin le déluge des Assyriens remonte à l’an 2,200 avant Jésus-Christ, c’est-à-dire à quatre mille trente ans avant nous.” (*)

Ainsi, nous voyons en résumé , que si nous consultons la tradition, l’histoire, la géologie, ou le calcul, que le déluge universel a eu lieu et cela suivant les données de la géologie entre l’an 3130 et 4130 avant Jésus Christ, suivant la Genèse à 4270, suivant le texte Samaritain à 4938 ans avant notre époque, ou suivant la chronologie généralement admise à 3067 ans avant Jésus Christ; donc 4938 avant l’époque actuelle.

(') G. Cuvier a publié ces chiffres en 1831.

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