DIEU ET LA NATURE
„Qu’est-ce que nos principes naturels, dit Pascal ( 1 ), sinon nos principes accoutumés? Dans les enfants , ceux qtdils ont reçus de la coutume de leurs pères, comme la chasse dans les animaux.”
„Une différente coutume donnera d’autres principes naturels. Cela se voit par expérience; et s’il y en a d’i- * neffaçables à la coutume , il y en a aussi de la coutume ineffaçables à la nature.”
„Les pères craignent que l'amour naturel des enfants ne s’efface. Quelle est donc cette nature sujette à être effacée? La coutume est une seconde nature qui détruit la première. Pourquoi la coutume n’est-elle pas naturelle? J'ai bien peur que Cette nature ne soit elle-même qu’une première coutume, comme la coutume est une seconde nature.”
(') Pensées. Edit. Firmin Didot, Paris, p. 6 0.
Philosophie de U Nature.
Ainsi ce qui sera faux pour un homme sera vrai pour un autre et réciproquement.
Il y a des hommes qui contredisent des choses certaines et approuvées, parce qu'on les a appris à avoir cette Conviction , parce qu’ils ont appris depuis leur naissance à les regarder comme fausses et réciproquement. Un juif se laissera tuer convaincu de la vérité de ses préjugés et de sa manière de voir, un catholique se sacrifiera pour sa foi; quoique le fond de leurs convictions soient diamétralement opposées; un troisième sans préjugé, jugera sainement les choses et les deux premiers le lapideront . . !
Il y a des hommes, qui, une fois sur une certaine voie que l’habitude de la routine leur a fait regarder pour vraie, s'y tiennent aveuglément et arrivent aux conclusions qui leur paraissent être vraies, quoique ces conclusions soient diamétralement opposées. Exemple: les travaux et les tendances de la doctrine de Cuvier et d’Etienne Geoffroy Saint-Hilaire et les mémorables débats auxquels ils ont donné lieu. L’un comme l’autre croyait à l’infaillibilité de la voie ou de la méthode qu’il avait choisie, à l'infaillibilité de sa théorie ; et pourtant le premier à notre avis, * quoique généralement regardé comme plus ingénieux, n’avait pas raison dans ses conclusions et combattait la vérité avec de faux arguments pareequ’il les croyait vrais.
Nous ne connaissions jusqu’à aujourd’hui, ni la force , ni la matière , ni Dieu. „Perdra son temps, disent les uns avec le philosophe anglais ('), qui cherchera à expliquer de quelle manière le corps est uni à la pensée, et que diraient-ils, s’il s’agissait d’expliquer le rapports de la
( 1 ) Sir Humphry Davy: „Les dernier» jour» d'un philosophe, trad. p. C. Flammarion. Paris 1869, p. 2 76.
force à la matière? Les uns regardent la force comme quelque chose d’abstrait, u’ayaut aucun rapport avec la matière; les autres regardent la force uou comme principe, comme essence, comme coeur, comme âme de la matière, mais purement et simplement comme matière; d'autres regardent la matière comme quelque chose d’inerte, d’ensorcelé, de froid, d’éternellement glacial; puis d’autres la regardent au contraire comme la seule chose périssable, changeante et plus subtile, plus éthérée que
la force
La matière change , la force reste.
Les uns regardaient les animaux avec Descartes comme des machines sans coeur, ni intelligence; d’autres ont vu dans les animaux une volonté intelligente , ont reconnu une âme en eux en les comparant aux simples d’esprit; les uns croyaient en Dieu; d’autres contestaient son existence; les uns regardaient l'idée comme même chose que la création , d’autres soutiennent qu’il est impossible de prouver scientifiquement comment V idée , comment le verbe peut-être la même chose que la création: comme si ou pouvait concevoir Vidée et l’existence du verbe dans le néant, comme si le verbe n’était pas une preuve suffisante de L existence ou de la création , comme si ce fait avait besoin d’être scientifiquement prouvé? d’autres se posent le problème, est-ce que'la science parviendra jamais à démontrer l’existence de Dieu et de la nature , oubliant qu’en se posant cette question , que c’est Dieu même qui s’interroge ainsi dans leur intelligence comme si un père demandait à son fils de lui prouver scientifiquement qu’il voit devant lui son père?
Que dirions-nous d’un fils qui en voyant son père, après avoir scientifiquement prouvé que son intelligence par exemple, était en miniature l’image vraie de l’intelli-
gence de son père , que son esprit était l’esprit de son père, quoique moins développé, moins mûr, en concluerait que son intelligence, que son âme n'est pas de la même nature que l’intelligence que l’âme de son père, pareeque l’intelligence de son père est plus développée que la sienne?
Nous faisons sur les animaux toutes les expériences qui ont pour but les plus hauts problèmes de l’unité des facultés intellectuelles, du rapport de l’intelligence aux forces simples, du rapport de l’âme à l’organisme du cerveau vivant ou du cerveau réduit à la matière simple, et nous trouvons tout simple et tout naturel, que notre méthode soit bonne, que tous les animaux aient l'intelligence de l'homme seulement à un degré inférieur, mais lorsque nous retournons de l’homme aux animaux, nous leur contestons l’âme ... !
La postérité sera étonnée de notre peu de logique, que capables de comparer les choses de la même espèce lorsque cela nous était nécessaire et de tirer des conclusions sur l’âiue humaine et sur son immortalité d’après l’intelligence des bètes, que nous n’ayons pas aperçu l’âme chez les animaux , qu’en leur contestant une âme sui generis , nous avons désapprouvé dans le principe toutes nos expériences sur les animaux, ainsi que toutes les conclusions que nous en avons tirées.
Nous n’avons pas besoin d'étudier et de démontrer scientifiquement l’existence de Dieu , car nous le connaissons autant, que nous l'avons en nous-même, que nous comprenons eu nous l'oeuvre de sa sagesse — la nature, et son Etre mente, dont notre âme est l’image sur une échelle infiniment petite, car nous le connaissons autant, que nous sommes capables de l’apercevoir en nous et dans la création entière.
Or, il y a deux natures absolument distinctes l’une de l’autre. Une nature telle, qu’elle est, et une autre telle, que les préjugés de nos pères l’ont fait germer en nous dès notre plus tendre enfance, et que l’âge n’a fait que mûrir en nous.
Le vulgaire et les faux-sages la voient de l’oeil de leurs pères, la voient de l’oeil du préjugé. — L’homme sans préjugé la voit telle qu’elle est — nue et naturelle.
En traitant présentement de Dieu et de la nature, nous tâcherons, de parler comme jusqu’à présent, sans préjugé, c’est à dire en repoussant loin de nous ce qui dans notre jugement pourrait faire la seconde nature de Pascal, et nous essayerons de prouver, qu'il est dans le pouvoir de l’intelligence humaine de donner une idée juste de la matière, de Mme et enfin de Die w, cause et essence de la création.
La lumière et la chaleur comme nous l’avons dit sont des phénomènes accompagnant la force dans son cours eu action, accompagnant le passage de la force pure en matière; je dirai plus, je dirai qu’ils sont le témoignage du moment de la métamorphose de la force en matière, dont l’atome est une réalisation dans le monde de la création et dont le mariage avec un autre atome constitue le noeud de la matière, ou finalement la matière proprement dite. — Nous savons que la lumière ainsi que la chaleur ou la force simple, que l’atome qui en est la plus minime parcelle, que l'âme, que la matière sont une métamorphose ou changement du même principe, et du même Etre, de la force; qu’ils sont des manifestations ou des divers états de la même cause et du môme principe en voie
de sa transformation, qu’ils sont les expressions divers du rapport de l’attraction dans la répulsion en action ou en d’autres termes, que la force simple est l’élément de l’intelligence aussi bien que de la force organique etc., etc.
D’où l’attraction-répulsivc est la force type dans le monde des sens , ou dans la création , dont Dieu est la cause première, spirituelle , ou comme les extrêmes se touchent, Dieu est la cause première de la Création et Tattraction-répulsive comme Sa plus simple expression dans le monde des sens , est l’élément palpable dans la création.— D'où toute sagesse et tout amour sont dans l’attraction répulsive vivante , seulement ils y sont voilés pour nos sens ; et comme tout vient par l’attractiou-répulsive et que celle-ci vient de Dieu, donc tout est Dieu palpable à nos sens; d’où Dieu est en tout, tout est sagesse et amour, seulement, nous n’y voyons Dieu qu’autant, qu’il y a de la vraie sagesse et de l’amour en nous.
D’où la matière est un certain état de la force, est une métamorphose de la force — d’où la nature tout entière comme l’expression de la sagesse, est une métamorphose de la force ayant sa source dans l’Etre même de la Sagesse étemelle.
Etendons cette loi à toute la création, et nous dirons, que de même que la chaleur est un phénomène accompagnant un certain état de la force , que de même que la chaleur est un certain état de la force dans le monde des sens , sans cesser d etre force , que de même que la lumière est un certain état de la force, qu’elle est une force métamorphosée, qu’elle est le phénomène de l’âme de la matière impondérable en mouvement, que la plante aussi bien que l’animal, que l'homme, que l’organisme végétal comme animal, que la nature tout entière, si variée et infinie dans les êtres qui la constitue n’est dans tous
ces êtres qu'un certain état de la force, quelle est finalement une force métamorphosée ou exprimée d'une certaine façon; que l’esprit, que l’âme est l’image la plus vraie de Dieu, seulement sur une échelle infiniment petite— que de même qu’il y a des intelligences supérieures et inférieures, qu’il y a des talents et des génies, que Dieu est le plus grand génie , est la plus parfaite sagesse et la plus haute volonté exprimée dans la nature.
On va nous objecter, comment Dieu infini, peut-il être exprimé dans la création qui a son commencement et qui aura sa fin ; comment ce qui est infini peut-il être la même chose qu’une chose finie.
Je répondrai, que notre âme, qui est infinie, qui n’a ni commencement ni fin , a avec notre naissance son commencement et aura avec notre mort une fin dans la création ou dans le monde des sens; que Dieu infini par conséquent, peut être fini dans la création et y avoir son commencement et sa fin, sans que cela n’ôte rien à son infini
Je laisse mes idées sur ce point à la méditation des penseurs.
L’Eternelle Sagesse est dans un rapport à l'intelligence humaine , comme les oeuvres du génie de l’homme sont à l’euvre de toute la création.
Il existait donc au commencement une force à l’état de repos relatif ou d’équilibre dans la toute-puissante Sagesse.— Cette Sagesse toute-puissante, donc pouvant tout, capable d’exprimer sous toutes les formes possibles la force
de. sa propre sagesse, en tirant ainsi d’elle-méme sa force par sa volonté , sans rien lui ôter de sa nature primitive comme sagesse, a fait en elle-même une première impulsion de l'état de repos à l’état d'action ou de la création ou de sa transformation en nature. La force ainsi en action dans cette voie, conçue dans la Sagesse et par la Sagesse et soumise par cela même dans ses lois à la nature de son origine ou à la Sagesse est devenue matière impondérable et par le mouvement qu’elle a imprimé à ce fluide subtil, à cette partie vivante de ce second soi-même a éclaté pour la première fois avec la lumière, la chaleur et l'électricité, phénomènes, dis-je, qui accompagnent comme on voit, la matière impondérable en mouvement comme le veut le R. P. Secchi et qui étaient regardés jusqu'à nos jours comme autant de forces physiques à part , et qui d’après nous, accompagnent la force en action qui, comme partie vivante du fluide impondérable fait vibrer ses parcelles subtiles et sans laquelle, le mouvement dans scs parcelles ne pourrait avoir lieu. La force, dis-je, a engendré la matière impondérable en action ou les phénomènes de la lumière et de la chaleur, a créé l'atome ou l’élément type de la création, ou l’état intermédiaire entre la force pure et la matière pesante. La force suivant ainsi sa première impulsion est devenue le noyau ou l’élément de la matière par l’union ou par la fusion intime de deux atomes, elle a créé ainsi le premier couple d'atomes avec lesquels, dans la voie de la métamorphose ou du développement progressif, toujours en Dieu et par Dieu, elle a créé le monde tout entier, dans toute sa splendeur d'harmonie, de diversité de formes et de phénomènes.
Notre pensée nous conduit tout droit à la conclusion, que nous avons formulée, savoir: que la force est matière sans cesser d’être force et que la matière est force sans cesser d’être matière; elle nous explique finalement, le mystère de l’origine de la force et de la possibilité du retour de la matière par l’atome ou par l’état impondérable à \& force. pure et justifie notre théorie de la fin de la nature tout entière et de son retour à ce moment suprême à la force pure ... à ridée ... à Dieu, sa source première!
Aussi, lorsque je regarde une pierre , je vois en elle une certaine expression de la force, je vois qu’elle est pesante par la force, qu’elle est dure par la force etc., etc.; lorsque je regarde un arbre , je vois un certain état de la force devant mes yeux, je vois son origine, son état actuel, palpable, et sa fin . . ; lorsque je regarde un homme, lorsque j’appelle toute la nature devant moi et que j’admire ses formes si harmonieuses et si variées, je ne me perds plus dans l’infinité des conjectures au sujet de leur nature; car je lis force à une extrémité de la création, qui a Dieu pour source, j’admire devant moi l’Amour et la Sagesse, ou Dieu incarné d’une manière palpable et je lis encore force à l’autre extrémité de la création, ou le retour de la nature à l’idée, à la plus haute puissance de la force, dont la Volonté suprême dans sa sagesse et dans son amour est le commencement et la fin.
Philosophie de U Nature.
Dieu est T âme de la création — La Nature est sa chair et son oeuvre.
Un jour viendra où les hommes s’étenneront qu’on ait pu si longtemps ignorer une vérité aussi claire , que nous nous soyons donné tant de peine pour arriver à la découverte d’une vérité aussi simple que naturelle. Or, que la postérité sache, que ce vertige du passé venait de la fausse idée de Dieu, de la force, et du mépris pour la matière.
Respectons la matière simple comme nous respectons les cendres de notre père ou de notre mère, et nous reconnaîtrons cette vérité et nous ne foulerons plus aux pieds avec mépris une froide poussière; c’est alors seulement que nous comprendrons la vraie signification de la force ayant sa source en Dieu et nous saurons rendre un culte vrai au Créateur.
En résumé, la matière est uné métamorphose de la force. La force est mère de la matière. Les forces simples arrangent les parcelles élémentaires ou atomes pesants, les maintiennent dans un tout donné et constituent ainsi les corps.
Lorsque les forces simples tiennent dans un corps donné les atomes ou ses propres parcelles transformées en atomes pesants, ces parcelles sont à l’état de repos relatif, n’exécutent que les mouvements d’oscillation et la force simple, dans cet état de repos relatif de ses atomes, ne se
manifeste qne par les phénomènes cachés de la chaleur et de la lumière spécifique de ce corps.
Lorsque cette force, ou la masse d’atomes impondérables sort de son état de repos relatif et entre dans la voie de l’action, ou lorsque les atomes, ses parcelles, entrent en mouvement ou en action, les phénomènes qui accompagnent cette action ne seront plus cachés mais au contraire apparaîtront lentement ou brusquement et seront visibles et palpables.
Nous voyons par là, que la même force physique qui constitue et qui arrange les atomes pesants pour former un corps quelconque , est en état de repos relatif lorsqu’elle les tient dans un tout donné et constitue un corps, et devient lumière et chaleur lorsqu’elle est active ou en voie de sa transformation en matière. Elle est froide et silencieuse lorsqu’elle constitue un corps et brille avec tout l’éclat de la lumière lorsque nous déplaçons les atomes, ses parcelles, dans un corps, ou lorsque nous décomposons les atomes pesants de ce corps , ou lorsque nous les entraînons dans un nouveau composé chimique, lorsque nous réveillons la force en eux de l’état de repos relatif à l’état d’action et déterminons ainsi le mouvement de ses parcelles impondérables.
Ce qui nous prouve une fois de plus, que le mouvement des parcelles du fluide extrêmement subtil et impondérable, appelé éther et que l’état du retour de l’atome pesant à la force physique sont des états identiques, se manifestant avec les phénomènes de la lumière et de la chaleur.
La force organique à son tour qui n’est que l’ordre plus élevé de la force simple, arrange les éléments primordiaux de l'organisme, les métamorphose et les maintient dans un tout donné. Elle constitue donc l’éther caché de
la substance grise du cerveau , et tient une de ses parcelle avec une autre dans un tout donné au moyen de sa propre substance ou de la force qui leur est inhérente et constitue l’étre organique, constitue l’organisme.
Lorsqu’elle est en action, elle se manifeste par les phénomènes de la digestion, de la respiration, de la circulation, de la locomotion... de la vie organique en un mots. — Elle est donc soeur aînée de la force simple qui gouverne les corps simples et agent passif de sa soeur aînée . . . l'intelligence.
Ainsi la force, qui maintient les parcelles élémentaires, ou les atomes pesants de la substance grise du cerveau, qui les a instinctivement arrangée, métamorphosée et organisée, la force qui les gouverne et les constitue, qui préside à la fonction de la nutrition du cerveau, qui préside à son existence, à sa vie, qui est la continuité des moments de la mutation de toute la matière de la substance grise de cerveau, est l’état impondérable, ou l’éther, ou la force organique, ou la vie de cette substance. Or, cette même force organique, élevée comme nous le savons, au plus haut degré de sa puissance ou prise au moment de son réveil dans le domaine de l’intelligence, brillant avec les phénomènes de l’intelligence, constitue l’esprit ou l'âme qui connaît son moi et dont l’essence constitue l’esprit pur, constitue le Créateur.
Les phénomènes de l’intelligence ne sont donc, que les phénomènes de l’éther de la substance grise du cerveau réveillé à l’action dans le domaine de la pensée; et l’éther de la substance grise du cerveau, n’est, ce que nous savons déjà, que le lien de l'esprit pur avec le corps, comme l’atome impondérable ou la force physique est le lien de la force spirituelle avec la matière.
L’intelligence à l’état de repos, ou devenue sur place force d’un ordre inférieur, devenu force organique, n’est que la force organique en action instinctive et aveugle, n’est qu’une demi veille, n’est que le sommeil, n’est qu’une mort momentanée de l’intelligence.
La force organique de la substance grise du cerveau élevée au degré culminent en action, est la sagesse de l’éther de la substance grise du cerveau, sans suspendre son action comme force organique, se manifestant par les phénomènes de la sagesse active ou de l’âme.
Troublons, comme nous l’avons déjà dit, l’harmonie entre les parcelles constituant le cerveau, réduisons-le à l’état de matière simple, l’âme ou l’esprit, ou l’intelligence descendront immédiatement en lui à la force simple, pour apparaître et briller dans le même cerveau une fois guéri, une fois revenu à son état normal.
Ce qui veut dire, que les forces simples, comme l’intelligence, sont la même sagesse, seulement une fois moins et une autre fois plus développée, qu’elles ne sont qu’une et même force avec la différence dans le degré de son développement, que Tune est d’un ordre plus élevé de la force que l’autre et viceversa.
Dans le soleil, comme nous l’avons dit, siège la plus haute expression des forces simples eu action, qui sont dans le principe de la même espèce que les forces organiques; car elles peuvent agir sur ces dernières, se changer en elles et réciproquement.
Dans le cerveau est la plus haute expression des forces organiques.
Il est le siège de la sagesse et de l'amour actif ou de l’âme.
Ainsi l’âme , d’après notre théorie , est la force organique ou la force vitale de la substance grise de cerveau, prise au moment de son réveil à l’action, dans la sphère de la connaissance de son action, comme chez les animaux et du retour en soi même , de la connaissance de son moi, de la nature , de la continuité de la création ou de son élévation à la morale , à Dieu comme dans l’homme ; est une force en action du plus haut degré de développement, est l’ordre culminant de la force, est l’éther intelligent de la substance grise du cerveau en action , brillant avec les phénomènes de l’intelligence comme la lumière et la chaleur sont les phénomènes des forces simples en action , comme la clarté solaire est le phénomène, est l’expression culminante de la force gouvernant le système solaire en action, concentrée dans le point occupé par le soleil, comme la lumière solaire est l’éther en mouvement , qui étant dans les planètes à l’état de repos relatif y est actif et par conséquent visible dans de certaines conditions, quoique imperceptible comparé à la lumière solaire , brillant dans cet astre du plus pur éclat d’une immense étincelle électrique.
L’intelligence n’est-elle pas à son tour cachée, comme nous l’avons dit, dans les forces simples , n’est-elle pas en elles lumière et chaleur — n’est-elle pas plus développée dans les forces organiques, ne brille-t-elle pas avec tout l’éclat de la sagesse et de l’amour Divin avec la connaissance de son moi dans le cerveau?
La nature comme nous le voyons par là, a son commencement en Dieu, vient de Dieu, est un Dieu métamorphosé, relativement à nos sens.— Nous voyons en elle ce qui frappe seulement nos sens — nous voyons la ma-
tière; nous ne voyons pas, ce qui est son âme, sa cause, son essence — nous ne voyons pas Dieu, son essence.
La nature d'un autre côté , ou ce que nous touchons avec nos sens , ou ce qui pour nous est la réalité , change à tout instant, change continuellement depuis l’éternité, et disparait à tout moment; car elle retourne, en nous servant du langage des sens, au néant, et ce qui en réalité n’est que l'idée , n’est que son âme , n’est que la suprême Sagesse.
Dieu se change continuellement en matière, en création. La création retourne continuellement à Dieu.
Nous avons donc un cercle, espèce de perpeiuum mobile, dans lequel Dieu, cause première, change en nature relativement à nos sens, ou en une réalité palpable; laquelle réalité, ou nature d’une existence éphémère, change de nouveau en cause première , ou comme nous nous exprimons par le langage des sens, retourne à la force cosmique . . . meurt ; ou comme il faudrait dire pour être dans le vrai et d’accord avec une bonne logique , qu’elle vit et vit éternellement en Dieu: seulement, une fois visible et palpable, et une autre fois invisible et imperceptible, pour nos sens.
Ce cercle, ce perpetuum mobile, nous explique le fini de lidée dans la matière et l’infini de la matière dans Vidée, ou le mouvement, le tourbillon sans commencement et sans fin, dans lequel les choses insaisissables et infinies sont finies ; dans lequel les choses finies et exprimées sont infinies.
Ce qui nous explique l’infinité.
Il n’y a donc pas de fini et d'infini.
Les termes: infinité et le fini ne sont que les expressions de nos sens.
Et c’est pour cela que nous ne pouvons concevoir ni l’un, ni l’autre; car nous ne comprenons tout et n’expliquons tout, que par le prisme de nos sens.
Ainsi, la matière sous un certain rapport est infinie , est Dieu; car elle naît de la force, elle est métamorphose de la force et elle retourne à la force, à Dieu. La matière est finie; car elle est, pour nos sens, un état palpable de l’idée, de Dieu.
D’où , la Sagesse suprême est finie dans la création; car elle y est une idée exprimée et par conséquent limitée.
Je prends un exemple:
L’homme avant sa conception vivait comme âme, dans l’âme de ses parents , de ses aïeux ... en Dieu. Il était donc infini. Comme âme, comme infini il a toutefois son commencement dans la nature, avons-nous dit, avec le moment de sa naissance. Il a donc comme âme infinie son fini ou sa limite dans le monde des sens.
Comme corps, l'homme au moment de sa conception n’est qu’un point cristallisé. Il est donc matériellement parlant infiniment petit, il est infini.
L’homme comme intelligence, comme infini, étant dans les forces physiques qui gouvernent ce petit point cristallisé, qui ne sont qu’une matière impondérable touchant dans sa subtilité infinie à l’idée, est infini.
Ceci posé, aurions-nous jamais pu deviner en voyant ce point cristallisé, qui a été le germe d’un Copernic ou d'un Matejko par exemple, que ce futil point de matière cristallisée renfermait à son tour toute une intelligence, en germe, de l’un ou de l’autre, aurions-nous jamais pu deviner qu’une étincelle de feu, que les forces tenant à peine cette matière imperceptible, ce petit néant microscopique embrassaient toute l’intelligence et le plan élé-
mentaire parfaitement fini et limité du corps du créateur d’un système solaire ou du créateur des oeuvres d’art destinées à l'admiration des siècles! Aurions nous jamais pu prévoir qu’une idée , qu’une force pourrait tout d’un coup venir au monde sous la forme d’un petit point de matière cristallisée et d’une force simple d’une faiblesse extrême, plus faible qu’un souffle, pour étonner un jour le monde par la force et la puissance de son génie, puis disparaître du monde des sens, ou de la création pour jamais et retourner à l’immortalité, à l’idée, à sa source, à Dieu ? *
Voici des simples faits qui expliquent des choses infiniments petites. Voici des miracles du fini et de T infini. Voici des mystères de Dieu et de la nature, ou des choses relativement finies ou limitées et dans leur petitesse touchant à l’infini, et que notre théorie de la métamorphose, ou du développement et du changement progressif explique d’une manière si claire dans le monde des sens, que dans le monde de l’idée.
Or, ces vérités nous expliquent aussi irrévocablement comme l’expérience de Flourens et de Claude Bernard avec le cerveau , que puisque un point cristallisé peut renfermer en lui sous un certain rapport, comme matière, un Copernic , ou un Matejko tout entier et sous le rapport de la force renfermer l’âme de Newton, de Mickiewiez ou de Copernic, rien n’empêche que ces forces, si simples et si futiles, ne soient Dieu même, et que Dieu tout entier ne se trouve en elles comme Etre indivisible, comme présent tout entier dans la moindre parcelle de ses qualités, que cette force futile n’embrasse d’une certaine manière, même la Toute puissante sagesse.
Phlloiophla de la Nature. 63 -
S’il y a donc une différence entre la matière et la force , entre la Nature et Dieu , c’est seulement relativement à nos sens. Dans le fond tout est un, tout est môme Etre.
Ainsi la loi de la nature, comme nous le voyons, est une, le commencement de toute chose est un, la nature de tout est une et la fin de toute chose est commune et est à son tour le commencement de toute chose.
Nous avons donc expliqué, pour la première fois la question de la matière, de la force, de la création et du Créateur, du fini et de l’infini, tant qu’il a été permis à l’intelligence humaine de le faire.
„Au commencement était le Verbe, dit S* Jean, évangéliste, et le Verbe était avec Dieu et ce Verbe était Dieu.”
Ce qui veut dire, qu’avant la création du monde il existait une action et l’action était dans la Sagesse toute puissante, qui était l’Action, qui était la Création.
D’où la Création est éternelle comme la Sagesse. Dieu est éternel comme la Création, la Sagesse et le Verbe sont étemels, sans commencement, inséparables, ne font qu’un Être.
S’il n’y a pas de force , ai-je dit, il n’y a pas de matière. — S’il n’y a pas de matière, la force perd son droit d’existence: quoique la force ne soit pas matière, quoique la matière ne soit pas force, quoiqu’il est un
état dans lequel la force est matière et la matière est force.
Or, s'il n’y avait pas de création, il n’y aurait pas de Créateur; s’il n’y avait pas de Dieu, il n’y aurait pas de Création.
Dieu est incarné dans la Création, tout présent dans la nature, la gouvernant et exprimé en elle.
La Création est la personnification de la Sagesse. Dieu est l’â,me, la vie, l’essence de la nature; Il est la sagesse et l’amour de la Création.
Dieu est dans les deux, sur la terre et présent partout. — Il est aussi bien dans la plus minime parcelle de la matière que dans l’atome, que dans chaque créature, que dans la création entière. — Dans l’atome nous le voyons vivant, sage et aimant. Nous le voyons dans toute la splendeur de sa majesté incarné dans la Nature.
La Nature est un prisme, à travers lequel l’Eteruelle Sagesse se montre toujours entière avec l’infini de ses qualités. Toute qualité de Dieu est un Dieu tout entier. Dieu dans chacune de ses qualités est tout entier. Dieu est tout et gouverne tout.
Tout est Dieu comme conçu en Dieu et par la Volonté même de Dieu.
Un atome ne se connaît pas, une pierre ne se connaît pas, une plante ne se connaît point.
La connaissance de la nature est dans l’homme, la plus haute connaissance de la nature est en Dieu.
L'homme connaît Dieu en soi-même et dans la nature tant, que la Sagesse suprême l’a voulu, et comme cela devait être dans les lois de la Sagesse éternelle.
Dieu est infini dans la matière finie, est sans commencement dans la matière conçue, est indivisible dans la matière divisible, est une volonté sage et aimante dans la matière froide et muette.
Dieu est tout et il est un dans l'infinité de ses qualités. Etant partout et toujours, 11 est sans commencement, et 11 n’est compris ni dans le temps, ni dans l’espace.
Dieu est un, sans commencement et sans fin. Dieu est l’Eternité.
Ne méprisons jamais la moindre créature; car il n'y a ni êtres vils, ni êtres nobles, il n’y en a ni des petits ni des grands, ils sont tous égaux en Dieu. — Ne soyons donc pas fiers, si Dieu nous a revêtus de telle ou telle matière; car il peut en revêtir de même une plante ou la réduire en poussière. . . Ne méprisons pas la matière simple, parce qu’elle est froide et indifférente, parce qu’elle nous semble passive et éternellement muette; car, nous devons toujours avoir présent à l’esprit, que la matière n’est qu’un certain état de nous-mêmes, de la force, et puis, que c’est à l’arrangement et à la métamorphose de ses atomes, qui comme parcelles de la force, sont force, que nous devons le pouvoir de nous connaître nous-mêmes, de connaître notre moi. — Ne contestons pas l’âme aux êtres inférieurs à nous , ne refusons par la sagesse et l’amour à l’humble poussière; car elle possède l’un et l’autre dans ses entrailles, dans ses mondes invisibles, dans les atomes; car elle les a dans les forces gouvernant ces atomes , et constituant leur âme; car elle a comme nous orgueilleux dans notre ignorance, la connaissance de son moi eu Dieu! La
poussière ne se connaît pas, mais Dieu s’y reconnaît! Frappons une pierre froide et insensible contre une autre pierre — il s’en détachera une parcelle et nous apercevrons une étincelle qui nous dévoilera ce grand mystère et nous rappellera notre néant . ! Grande est la sagesse qui comprend le mystère de cette étincelle. — Penses-tu, homme orguilleux! que cette étincelle est un néant, qu’elle n’est pas en Dieu, qu’elle est perdue; penses-tu qu’avec la décomposition de ton corps, qu’avec ta mort, que ton âme, que ton moi soit perdu, qu’il ne retournera pas à sa source, à son origine, au sein de son Créateur, à la connaissance de l’Éternelle Sagesse en son moi suprême. — Rien ne peut être perdu ni en Dieu, ni dans la nature. Celui qui veille sur un cheveu tombant de ta tête, pourrait -il oublier la plus noble parcelle de ton être, l’essence de ton être, pourrait-il oublier ton amour et ta sagesse, ton âme en un mot, pourrait -il S’oublier Lui -même en toi et Se tuer ainsi dans ton âme. . . . Pourrait -H Se réduire Lui-méme au néant. . ! Mortel! ne t’inquiète plus de ton avenir; car, que tu le veuilles ou non tu est immortel !
Dieu est dans les deux, sur la terre dans la moindre poussière et présent en tout lieu.
Notre âme est l’image vraie de Dieu, elle est conçue en Dieu et est Dieu sur une échelle infiniment petite.
Le rapport de l’âme humaine, avec toutes ses qualités d’amour et de sagesse aux forces, se manifestant dans les êtres inférieurs à lui, est tel, que le rapport de notre âme à Dieu. — Les êtres les plus voisins de notre espèce, diffèrent dans leur âme de la notre en ce qu’ils
ne connaissent pas lenr moi, quoiqu’ils soient doués d’amour et de sagesse. L’homme seul sur la terre connaît son moi et Dieu est le seul dans l’infini de l’éternité qui y connaît son moi.
Dieu est une connaissance de son Moi dans toute la nature.
Dieu est partout et toujours, aussi bien dans un grain de poussière que dans l’homme, que dans toute la création, toujours actif et créant, toujours incarné et s’incarnant, toujours se comprenant et se voyant, s'aimant et se reconnaissant partout et toujours, seulement une fois visible et une autrefois caché. — Dieu est la suprême Sagesse dans l’Amour, et l'Amour dans la Sagesse, que nous comprenons en tant qu’il nous est donné de comprendre le rapport de l’homme à toute la nature ou d’un grain de poussière à nous-mêmes. — La nature est une sagesse exprimée par l’amour, est le Verbe de Dieu, est la chair dont Dieu est l’âme. Nous voyons Dieu et nous ne le comprenons dans ses oeuvres que du côté palpable à nos sens. — Nous le comprenons dans l’immensité de la création. Nous voyons qu’il est aussi grand et insondable dans un brin d’herbe, que dans un grain de sable que dans toute l’immensité de la nature: — Dieu se connaît seul en son moi et se connaît le mieux dans la nature son second moi ou son moi palpable pour nos sens.
L’homme pourtant créé à l’image de Dieu, portant Dieu dans son âme , doué du pouvoir de connaître le moi divin en son moi, ne devrait-il pas participer à cette mystérieuse connaissance de Dieu en son moi dans toute la nature, ne devrait-il pas comprendre ces mystères en lui- même, en son propre être, tant que la Sagesse suprême a permis à notre âme de les connaître?
, L’homme se comprend soi-méme, il comprend ses semblables et la nature autant, qu’il a Dieu en lui-méme.
Puisque nous ne pouvons concevoir autrement Dieu, rendons lui nos hommages dans la création , qui est un tout des plus harmonieux, dans lequel tout est Sagesse et Amour et à la compréhension définitive duquel , 11 a déposé les clefs en son moi à jamais.