NEWTON
ATTRACTION-REPULSIVE.
Ainsi, nous avons vu des faits scientifiques et nous avons vu leurs conclusions.
Ce qui nous frappe dans la science, ce qui nous paraît le plus ingénieux en elle, n’est pas la découverte des faits , mais bien les moyens dont elle se sert pour parvenir à les découvrir. — C’est donc à dessein que j’ai donné, dans l’édition polonaise de ce travail, la description de T analyse spectrale , que je considère comme un de moyens les plus ingénieux dont la science dispose dans l’art d’atteindre à ses fins.
Quant aux faits scientifiques, je dois encore faire observer, que l’instinct naturel d’un homme voit souvent plus juste là, où les sociétés savantes, et même les successions de ses longues générations cèdent humiliées, malgré la richesse de moyens dont elles disposent et qui facilitent
la connaissance de la vérité. — Exemple, Bernard Palissy, dont l’aperçu juste sur les faits scientifiques a été qualifié par Fontenelle d'instinct naturel de F homme, ou de génie.
Quant aux conclusions scientifiques ou celles, auxquelles conduisent les faits bien observés, nous dirons également, que souvent Finstinct naturel de plus d’un Palissy s’est montré supérieur aux plus minutieuses et plus profondes spéculations métaphysiques des savants docteurs. — Et en effet, qui est arrivé par la simple combinaison des faits à la découverte du Nouveau-Monde si ce n’est un savant obscur, un navigateur aventurier, fils d’un cardeur de Iainé de Gènes, et qui à quatorze ans savait, dit-on, plus qu’on n’en enseignait alors à Pise; qui a découvert l’Amérique, si ce n’est l’obscur Christophe Colomb . . ? Qui a découvert la gravité ou l’attraction, qui a découvert la loi de la nature qui nous a conduit à la découverte de la force type ou élémentaire de la nature, qui nous sert à expliquer tous les phénomènes de la nature, si ce n’est un jeune homme de vingt ans , qui à cet âge ne pouvait être ni mathématicien consommé, ni astronome achevé mais qui avait ce dont, ni l’astronomie, ni les mathématiques ne sont capables de donner, qui avait, dis-je, Finstinct naturel de la vérité. . . qui avait du génie! (*) Qui a découvert le vrai sens des coquilles fossiles, si ce n’est un simple potier de terre?
{') „I1 convient h la paresse de oes esprits qui ne font jamais
1 essai de rien, et qui no réussiraient pas même en essayant, d’attribuer au hasard ce qui appartient au génie. Des hommes de ce caractère prétendent parfois que la découverte de la loi de gravitation est duc au hasard, et répètent la légende de la chute d'un» pomme , dam le jardin de Aewlon, présentée comme oause de la découverte. Autant vaudrait supposer que l’invention du caloul différentiel et intégral, ou les mer*
Qui, en reprenant les calculs de Kepler, est parvenu à fixer l’an et le jour (') du passage de Vénus sur le disque solaire, si ce n’est Horrox , jeune étudiant anglais âgé de 22 ans, mort la même année? — Qui a découvert la loi de l’isochronisme des oscillations du pendule, si ce n’est un enfant? (a)
„Le temps peut être viendra dit Fontenelle (*) que l’on joindra en un corps régulier les faits isolés; et s’ils sont tels qu’on les souhaite, ils s’assembleront en quelque sorte d’eux-mëmes. Plusieurs vérités séparées, dès qu’elles sont en assez grand nombre, offrent si vivement à l’esprit leurs rapports et leur mutuelle dépendance, qu’il semble qu’après avoir été détachées par une espèce de violence les unes des autres , elles cherchent naturellement à se réunir.”
J’ai dit dans le commencement de ce livre que la physiologie a beaucoup perdu, parce qu’elle n’a pas suivi dans l’appréciation et dans l’étude des faits la loi de Newton. Que la force vitale étant dans le principe même chose que l’attraction, que ces deux ordres de force devraient être subordonnés à la loi commune de l’attraction et de la répulsion , ou comme je me suis exprimé, ne reconnaissant l'existence ni de l’une de ces forces, ni de l’autre, prise séparément, qu’elles devraient être subordonnées à C attraction-répulsive.
veilles architecturales de Saint-Pierre de Rome, ou les miracles de l'art, tels que Saint-Jean de Raphaël et l’Apollon du Belrèder, sont des résultats accidentels, des combinaisons du hasard.” — Humphry Davy. Les derniers jours d’un Philosophe, trad. p. C. Flammarion Paris, 1869, p. 804.
(') Le 24 novembre 1639.
(a) Galilée a fait oette découverte âgé h peine de dix-neuf ans.
(*) Préfaoe sur la vie des membres de l'Académie des Soienees au I 699, p. XIX.
Le R. P. Secchi enseigne aujourd’hui que la lumière et la chaleur , que tous les ordres de forces physiques ne sont autre chose que des modes de mouvement des parcelles infiniment petites de la matière et passe pour novateur; quoique Newton plaçait la cause immédiate de nos sensations, ce qui est bien plus fort, dans les oscillatiom d’un milieu éthéré.
Or, en se rappelant que les vibrations des particules d’éther, d’après notre manière de voir, ne sont autre chose que la force en action, ou la force prise au moment de son passage de l’état d’équilibre à la matière, ou la matière impondérable en mouvement dans les atomes, ou vibrante par la vie passive qui lui est inhérente; en se souvenant, que tous les ordres de forces, depuis la force simple jusqu’à la force organique et la sensation y incluse, jusqu’à l’intelligence sont de la même espèce . . en nous rappelant, ce que nous avons dit de l’intelligence ou de l’esprit, que ce dernier n’est pas autre chose que la force simple en action élevée au plus haut degré de la force dans la création, que t éther de la substance grise du cerveau en action ou pris au moment de son trésaillement à T action pour s'exprimer en verbe, et nous verrons qu’à part la différence d’expression, ou de langage, que nous sommes tous en parfait accord dans le principe et que si on avait toujours marché sur la voie tracée par Newton, on serait, dis-je, aujourd’hui bien plus avancé en physiologie et même en psychologie que nous ne le sommes.
Si toutefois H. Davy en parlant de l’âme ajoute à sa doctrine, qu'il ne lui parait pas improbable que quelque chose du mécanisme si raffiné de la faculté sensitive, quelque chose d’indestructible n' adhère à l’être spirituel après la destruction de nos organes matériels après la cessation de la vie
du corps (•), et quoique cette théorie soit d’accord avec ce que j'ai dit de l’intelligence savoir: qu' elle n' est autre chose que de V éther de la substance grise du cerveau pris au moment de sa métamorphose en verbe , ou du travail de la force dans le domaine de la connaissance de son moi etc., etc., quoique l'esprit étudié dans l’homme soit du domaine de la nature et est d’une substance éthérée, par conséquent materielle; il ne faut pas oublier que l’intelligence ou l’àme telle, qu elle se manifeste en nous, ici-bas et telle, quelle sera dans la vie futur, lorsqu’elle retournera à sa source, qui est Dieu, ce n’est pas la même chose; que tant qu’elle est liée avec notre corps, quelle est matérialisée et liée par un lien materiel à notre substance materielle et c’est pour cela que nous appelons les facultés de l’intelligence, phénomènes de F âme, et nous les rengeons dans la categorie de la matière subtile et impondérable ou des forces physiques, telles que lumière par exemple . . . mais que l’âme une fois séparée de notre corps, nous avous dit, qu’elle sera esprit pur , qu’elle sera pure Sagesse et Amour, quelle sera Dieu et que tout ce que nous nous figurons sur son avenir, ou sur son véritable état est matèiiel et faux : parce que nous jugeons avec les sens qui ne peuvent pas nous donner l’idée juste de Fâme pure, ou émancipée.
De là par parenthèse, Davy et Flammarion, qui croient aux âmes composées d’une matière extrêmement subtile en mouvement, ne sont nullement, à notre avis, idéalistes, et que contrairement à l’expression de Flammarion, Davy qui aurait passé avec F âge comme cela convient au génie du matérialisme le plus affirmatif au spi-
(') Les Dernier» jour* d'un Philosophe. Trad. p. C. Flammarion. Paris, 1869.
ritualisme éclairé est resté toute sa vie matérialiste, quoique raffiné, sans cesser pour cela d’être génie bienfaiteur de l’humanité. (')
Voyons d’ailleurs Comme Newton lui-même encourage les physiologistes à suivre la loi de la gravité dans l’étude des forces vitales, comme il prévoit lui-méme l’unité de principe des diverses forces de la nature lorsqu’il veut les soumettre à la loi commune de l'univers.
„Les aristotéliciens, dit Newton, n’ont pas donné le nom de qualités occultes à des qualités manifestes, mais à des qualités qu'ils supposaient cachées dans les corps, et être les causes inconnues d’effets manifestes, telles que seraient les causes de la pésanteur, des attractions magnétiques et électriques si nous supposions que ces
forces ou actions possédassent des qualités qui nous fussent inconnues, et qui ne pussent jamais être découvertes. Ces sortes de qualités arrêtent les progrès de la philosophie naturelle, et c’est pour cela quelles ont été rejetées dans ces derniers temps. Nous dire que chaque espèce de chose est douée d’une qualité occulte spécifique par laquelle elle agit et produit des effets sensibles c’est ne nous rien dire du tout Mais déduire des phénomènes de la nature deux ou trois principes généraux de mouvement [dans ce livre nous sommes arrivé à un principe type ou élémentaire du mouvement ou à l'aüraction-répulsive (*)]
(’) Humphry Davy a inventé le chlore, le potassium, le barium , le stroncium , le calcium , le magnésium , la lampe de sûreté qui porte son nom etc,, etc., il était h la fois savant, philosophe et poète.
(*) Comme nous voyons, Newton lui même ne considère ni mouvement, ni attraction, ni gravité pour l'élément ou principe général lorsqu'il sent le besoin de trouver deux ou trois principes du mouvement, ou d’attraction.
et nous expliquer ensuite comment les actions de toutes les choses corporelles découlent de ces principes manifestes, c'est faire un progrès très-considérable dans la philosophie (’). Toute la difficulté de la philosophie dit ailleurs Newton, paraît consister à trouver, au moyen des phénomènes que nous connaissons , les forces qu’emploie la nature (2).
Voilà ce qu’avait dit Newton et ce que D’Alembert avait développé, avec autant de clarté que de précision, dans ses articles analytiques, Attraction , Gravitation, Newtonianisme etc., de T Encyclopédie. Il ne restait plus qu’à introduire ces idées saines et justes en physiologie, dit Flourens, et c’est ce que tentaient infructueusement Barthez et Bichat.
^Quelle est alors la voie la plus sure pour résoudre la difficulté et arriver à la découverte de la force élémentaire de toutes les forces? dit Flourens. (3) Est-ce la seule combinaison des faits connus, des faits qu’on trouve dans les livres , des faits que fournit l’observation de l'homme sain ou de l'homme malade comme le veut Barthez? Est-il vrai, comme il le prétend, qu'en agissant ainsi on contribue beaucoup plus aux progrès réels de la science qu’en se livrant à ce qu’il appelle des tentatives expérimentales ? Ou bien, au contraire, n’est-ce pas par ces tentatives expérimentales, à la manière de Bichat, de Spallanzani, de Bonnet, de Trambley, d'Haller, d’Harvey, n’est-ce par par le grand art des expériences que l’on réussit à décomposer les faits complexes, à dégager les faits distincts, à re-
(') Traité d’optique, t. II, p. 6 75 (trad. franç.).
(s) Principes mathématiques de la philosophie naturelle, t. I, p. XVI (trad. franç.).
(*) Flourens. De la vie et de l’intelligence. Paris 1858, p. 87.
Philoiophle de U Nature. 6G
monter jusqu’aux forces primitives et simples, à saisir et à démontrer les véritables causes des phénomènes?”
La voie expérimentale est la seule, l’unique, la meilleure et généralement adoptée par les physiologistes; mais toute la difficulté consiste en ce que les détails dans l'étude des corps vivants sont si compliqués, si solidairement liés et malgré toute leur harmonie sont si subtils et tellement liés, qu’il est presque impossible de les saisir. Cet difficultés doivent être grandes en physiologie, lorsque Fontenelle en parlant de l'expérience avec les corps simples s’exprime en ces termes:
„Le moindre fait qui s'offre à nos yeux est compliqué de tant d’autres faits qui le composent ou le modifient, qu’on ne peut, sans une extrême adresse, démêler tout ce qui y entre, ni même, sans une sagacité extrême, soupçonner tout ce qui peut y entrer. Il faut décomposer le fait dont il s'agit en d’autres faits qui ont aussi leur composition. . . . Les faits primitifs et élémentaires semblent nous avoir été cachés par la nature avec autant de soin que les causes, et quand ou parvient à les voir, c’est un spectacle tout nouveau et entièrement imprévu.” (’)
Enfin Barthez est arrivé à l’unité des forces vitales, a inventé son principe vital et n’a rien expliqué.
La mécanique nous enseigne, que lorsque un corps tombe librement par le seul effet de la pesanteur, sa vitesse croît à chaque instant et qu’il prend ainsi un mouvement uniformément accéléré. Dans ce mouvement accéléré,
(l) Eloge de Newton.
l’espace croit comme le carré du temps et conséquemment comme le carré de la vitesse. En s’appuyant sur ce principe , on peut calculer la hauteur d’un édifice ou la profondeur d'un puits , quand on connaît la durée de la chûte et l’espace que parcourt un corps en une seconde. — La mécanique céleste calcule avec la plus grande précision le cours des astres sur les éllipses, sur les paraboles et sur les hyperboles comme on évalue la vitesse et la courbe que parcourt un corps jeté avec une certaine force dans l’espace, eu égard à la résistance de l’air et à la modification que la gravité y apporte. Mais il ne s’est pas trouvé un Newton, qui basé sur la loi de l’attraction-répulsive, l’aurait appliquée aux fonctions organiques ou au travail de l’intelligence, qui aurait calculé dans un être donné par exemple, la puissance de la résultante de toutes les forces toujours en action et qui agissent mutuellement les unes sur les autres, qui dépendent solidairement les unes des autres et qui concourent par leur opposition à une harmonie profonde. — Le calcul intégral et différentiel ne s’y est pas encore laissé appliquer. — Il ne s’est pas trouvé un Newton qui aurait calculé dans quel rapport il faut réunir les forces simples et organiques et des corps à l’état solide, liquide et gazeux pour faire un être organique vivant, qui aurait ramené l’amour et la sagesse à un seul principe élémentaire avec les forces qui régissent les parcelles constituant une pierre par exemple, qui aurait reconnu dans les sentiments de la sympathie, dans la raison ou dans l’amour les divers degrés de la force simple gouvernant la matière inerte?
Nous savons par exemple, que les forces physiques, toutes subtiles et incoercibles comme fluide materiel impondérable, une fois en action ou en mouvement, luttent
avec la matière pesante, qu’elles foudroient les bâtiments font éclater les arbres séculaires, qu’elles traversent tout comme le feu par exemple, qui modifie tout, détruit tout et auquel rieu ne résisté; mais personne n’a deviné ce que c’est que la force et la matière, personne jusqu’à présent n’a trouvé de quelle manière la force est unie à la matière, quel est le rapport de la première à la dernière.
Nous calculons la force de la vapeur au moyen de la force musculaire de 200, 300 chevaux et davantage et personne jusqu’à présent, à ce que je sache, n’a osé comparer l’attraction-répulsive avec la force de la Volonté , qui sans bouger de place , par le seul travail intérieur exprimé dans un mot , peut foudroyer une armée sur le champ de bataille; personne n’a porté son attention sur la puissance de l’influence de la force d’une intelligence sur celle de l'humanité entière, quoique cette influence fasse une force si puissante, si palpable, que celle qui préside aux fonctions de l’économie d’un être donné, et même bien autrement extraordinaire dans ses complications, quoique soumise à la même loi que la première, quoique soumise à la loi de l’attraction-répulsive ! — Il est difficile de calculer et de concevoir dans le domaine de la physiologie sociale la puissance du génie, combien il peut déterminer de changements extraordinaires dans la société comme dans ses longues générations rien qu’avec une idée, et quel est le rapport de ses oeuvres, de sa force, avec la simple attraction-répulsive. Personne n’a évalué la puissance de l’amour dans la force divine de l’Homme -Dieu, qui ne cesse de régner depuis dix-neuf siècles dans les sciences comme dans les arts , dans la morale comme en général dans tout ce qui fait la base de la société humaine; personne n’a évalué le rapport de cette force avec celles
qui gouvernent l'humanité depuis XIX siècles, ou qui sont en opposition avec elle et dont les nuances tantôt visibles et tantôt cachées ne sont pas sans influence sur ses progrès. . . Y a-t-il quelqu'un, qui soit capable d'exprimer dans une formule algébrique, ayant le rapport de l’attraction à la répulsion d’une force élémentaire pour base, la puissance des oeuvres de l’intelligence de dix neuf siècles et le cachet que le christianisme leur a imprimé, sans exclure de ces oeuvres la plus humiliante pour l’humanité de toutes, celle’ de la guerre fratricide de 1870, des moyens dont une race chrétienne s’est servie vis-à-vis de l’autre pour la faire et pour la mener à ses fins — sans exclure l’influence de cette guerre sur les destinées de l’humanité entière. . . — Et n'oublions pas, que cette abnégation du Christ en lui-méme, que cette mort volontaire dans l’intérêt de l’humanité, que ce sacrifice personnel pour tous et dont peu de monde comprennent le vrai sens est le summum de l’amour dans la sagesse, et quoiqu'il touche dans le sublime à la divinité, qu’il ne conteste pas dans le fond la loi de f attraction ■ répulsive.
11 est aussi difficile de réconnaître l’amour et la sagesse dans une pierre que de réduire l’Amour dans la Sagesse du Christ à la loi de la gravitation de Newton, et pourtant l’Amour et la Sagesse se trouvent en principe dans une pierre! Il faut seulement avoir un esprit propre pour reconnaître l’Amour et la Sagesse dans le rapport des forces qui tiennent avec tant de sagesse ses molécules, il faut avoir l’esprit propre à voir de l’analogie entre la chûte d’un corps et la locomotion par exemple, pour trouver dans le premier phénomène le germe du mouvement volontaire ou de la vie; il faut seulement, dis-je, avoir l’esprit propre à voir Iç sentiment de colère et d’accord, de la
férocité et de l’amour (en principe) dans une cornue, aussi bien comme dans les forces d’un ordre Inférieur.
Quoique je ne conteste pas, qu'il soit difficile de trouver une formule pour la force vitale d'un ordre quelconque , pour une faculté de l ame , qu’il soit difficile de trouver une formule pour une force intellectuelle dans un individu donné et que dire du rapport de cette force intellectuelle à l'humanité ... ; qu'il soit difficile de trouver une formule exprimant la scélératesse, la fourberie et la lâcheté de l'homme surpassant quelque fois en cruautés les tigres et les hyènes; que les pièges de l'homme sur l’homme couverts du manteau du désintéressement et des sentiments d'humanité et d’honnêteté attendront longtems un Laplace pour leur trouver une juste formule. — Ce qui est certain, c’est que tout se réduit à la loi commune de notre altraction-réptilsive.
Mais, m’objectera-t-on, que je recule la physiologie aux temps, où les équations algébriques d’une part et la mécanique de l'autre jouaient un si grand rôle dans la théorie des êtres organisés.
Je répondrai, que ma pensée est plus profonde dans sa simplicité; que non seulement je ne recule pas la science au temps de Boerhaave, ni désire flatter la folle manie de Laplace de vouloir tout exprimer dans des formules, mais que je suis pour le progrès; que je suis pour l’unité de la loi de l’univers, qui maintient tout dans une si grande harmonie, ayant toujours présent à l’esprit, que dans l’unité les diverses lois opposées ne peuvent avoir lieu — qu'une seule loi doit exister pour tout l’univers, comme pour les parcelles qui le composent , comme pour les forces qui le gouvernent.
Les hommes transplantent des chênes séculaires, percent de grandes montagnes avec des tunels, transportent
des monuments gigantesques d’un bout du monde à l’autre, unissent des océans entre eux au moyen de canaux, changent les villes et les pays par un signe de la volonté, exposent les oeuvres de l’industrie des cinq parties du monde à l’admiration générale pour s’égorger mieux après; que ne feraient-ils, s’ils y ajoutaient autant de coeur et d'abnégation personnelle au profit de leurs semblables, si l’amour guidait leurs actions de paire avec la raison. . . ? Ils vivraient tous heureux avec d'incalculables trésors au milieu du progrès et de la paix éternelle!
La civilisation ne consiste pas à savoir masquer nos mauvais instincts et nos infamies, en faisant valoir nos qualités en montrant au doigt les fautes et les faiblesses de nos semblables ; la civilisation ne consiste pas en apparente politesse, en manières recherchées ou dans les séduissantes allures de l’extérieur; la civilisation ne consiste pas dans le savoir, ni à savoir cacher nos mauvais instincts sous le manteau de la gloire nationale de nos ancêtres, de nos penseurs sublimes, qui rougissent dans leurs tombeaux de nos actions sauvages; la civilisation ne consiste pas seulement dans la sagesse mais dans la sagesse et dans Tamour ; la vraie civilisation est humble, patiente, franche, pardonnant les offenses, courageuse et morale! La vraie civilisation est l’harmonie de la sagesse et de l’amour. — Malheur à elle si entravant les intérêts d’autrui, elle se trouve tombée dans ses pièges! Comme il est habile, dit le monde, comme il a su adroitement tromper, comme il a bien su voler , comme il a adroitement tué son semblable. . . ! Malheur à nous!
J’ai donc pris pour base de mon travail, ce que la science m’offrait de plus saillant sur le champ de l’observation.
En nous rappelant le grand nombre de faits rapportés dans ce livre et les conclusions que j’en ai tirées à l’appui de ma théorie , en nous rappelant que la répulsion d’un objet quelconque devance l’attraction ou la concentration des forces personnelles , ou l’attraction en nous-mêmes d’une certaine quantité de force attractive pour repousser l’adversairè; en nous rappelant le fait: que si nons tenons sous nos pieds une espèce de petit serpent à écailles de couleur métallique ou plutôt un lézard sans pattes (Anguis fragilis), que ce petit reptile va se concentrer en lui-méme au point de se rompre en plusieurs morceaux, en nous rappelant que la propre force d'attraction c’est répulsée ici en elle-même et que notre serpent a trouvé sa mort dans l’excès de son énergie, que sa propre force concentrée a servi pour le diviser ... en nous rappelant qu’il n’y a pas de force répulsive ou centrifuge plus grande que l’attraction, ou que la concentration de la force en elle-même; car, n'est-ce pas la force intérieure de notre planète, concentrée, qui a soulevé les Alpes aux cieux, n’est-ce pas elle qui vomit la lave et la rejette du fond de ses cratères sur des contrées lointaines! n’estce pas elle qui change en actes de désespoir la douleur trops longtemps comprimée, n’est-ce pas elle qui d’agneaux qu’ils étaient change quelquefois les hommes en tigres . . I en nous rappelant, dis-je, ce que j’ai dit de la fonction de la digestion et d’autres fonctions animales, ce que j’ai dit des facultés de l’âme , ce que j’ai dit de la transformation de la force en matière et vice versa, nous conviendrons, qu’il n’y a pas de force n’importe de quel ordre qu’elle soit que l’on ne puisse réduire à l’attraction-répulsive et que l’on ne puisse expliquer par ce principe unique et que si Newton est arrivé à regarder la gravité ou Pat-
traction comme propriété primitive de la matière (1), que nous sommes arrivé à démontrer, que notre attractionrépulsive comme être, est non pas une propriété, mais bien l’élément type, la base, l’essence, le principe des forces comme de la matière ou de toute la création.
En me dirigeant ensuite dans la voie de la métaphysique, chaque fois que je me trouvais en présence des problèmes pour la solution desquels nos sens nous faisaient défaut, appuyé sur les rapports et la dépendance solidaire des faits, j’ai cherché à prouver par le raisonnement: que de même qu’il existe un rapport des plus intimes entre les corps simples et organiques, vu, qu’ils ont les premiers comme les derniers la matière pour base, car la matière, en passant à tout instant par notre organisme vivant, vit et retourne à la matière simple, que lés forces simples sont aussi même chose dans le principe que les forces organiques, avec toute la différence dans le degré de leur développement, que l’amour et la raison se trouvent en principe aussi bien dans la pierre que dans l’animal, dans l'homme que dans les forces simples, supérieures à notre âme en ce sens, quelles travaillent depuis l’éternité conformément aux lois de la Sagesse suprême, tandis que l’homme, qui a reçu une certaine dose d’individualité independente en partage, s’en éloigne à chaque pas dans ses actions journalières. . . ! Finalement, j’ai réduit l’amour et la sagesse , l’intelligence et l’instinct avec toutes les nuances de leurs facultés, comme toutes les forces de la vie ou forces organiques animales et végétales, telles, que la sensibilité, la locomotion, la digestion, la
(') Cotes, disciple de Newton. Préface à la seconde édition dei Principe!.
Philosophie de U Nature.
respiration et les forces physiques simples telles, que la chaleur, la lumière, l’électricité, le galvanisme, le magnétisme et la gravitation ou toutes les forces de la nature d'une part et toutes les nuances de la matière de la création, depuis la matière impondérable jusqu'à Ihomme, depuis T atome jusqu’à Vunivers entier d’une autre part, à un principe élémentaire unique; j’ai réduit en un mot la force comme la matière à l'élément type, à 1 attraction-répulsive, à DIEU.
Ainsi, dans ce livre, je suis arrivé, par l’étude comparée des faits du domaine de la création entière, envisagés dans leurs détails comme dans leur ensemble et que l’observation des siècles nous a légué, non seulement à la synthèse de toutes les forces, ou au principe élémentaire tant recherché, en vain, par Newton , mais à la synthèse de toute la création , tant sous le rapport de la force, comme sous le rapport de la matière , comme sous le rapport de la force et de la matière.
Mon livre , j'ose le croire , sera l’accomplissement de . la prédiction de Fontenelle: Les faits isolés s’y sont en quelque sorte assemblés d'eux mêmes.