DES AUDIENCES ET DU DROIT DE PLAIDOIRIE
cause sera entendue pour lui, lorsque (juelques-uns de ses collègues n’auront pas compris même le point de fait. 11 est du devoir des juges de résister à l’entrainenement de celui qui les préside; le développement des plaidoiries ne doit donc être arrêté qu’autant que tous ceux qui doivent juger sont complètement éclairés sur le fait et sur le droit '. » Nous nous associons à la remarque de M. Chauveau; mais, il faut le dire, un abus de cette espèce n’a d’autre remède que la critique exercée par l’opinion publique. Car il ne faudrait pas pour réformer un excès assez rare , restreindre le pouvoir discrétionnaire des magistrats, sans lequel il serait impossible de maintenir l’ordre dans l’audience. J’ai vu un tribunal forcé à son grand regret de passer outre au jugement d’affaires où l’avocat de l’une des pailies s’était refusé à plaider en invoquant personnellement des motifs d’excuse inadmissibles. .Mais il est inouï qu’un tribunal ait refusé une remise à un avocat malade ou légitimement empêché. Quant aux avocats qui cherchent des prétextes pour obtenir des renvois abusifs en invoquant faussement des raisons personnelles pour ne point plaider, c’est aux pallies à se reprocher d’avoir imprudemment choisi de tels défenseurs. Les tribunaux ne peuvent être livrés à la discrétion de certains membres du barreau *.
Au reste , il serait injuste de savoir mauvais gré aux avocats si quelquefois ils prolongent avec excès leurs
* Chauveftu sur Carré, n« 418 bi», t. l*', p. 546.
* [a Qu'importo à une partie que son défenseur adverse soit trés>occupé ? Est'Ce une raison pour retarder le jugement de son affaire? — Toat dépend des Juges ; les défenseurs «on/ bientôt au pa« lorsquMls sont bien persuadés que chaque affaire est expédiée à son tour, et qu’une seule remise peut être obtenue. » (Joseph de Boileau, Entretien eur lu procèe, p. 38.)
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plaidoiries, alore que le peu de capacité de quelques juges doit leur faire craindre que tous les moyens de la cause n'aient pas été suffisamment compris. Le mal n’aurait pas lieu si le pouvoir prenait soin de choisir des magistrats savants, ayant , comme dit Coquille, « la lumière de l'entendement bien nette et le cœur bien droit » . 11 ne faut pas mettre sur le compte de la loi ce qui n’est que la suite des imperfections des hommes.
Si l’on tenait absolument à épargner le temps des juges, il y aurait place à d’autres économies. Combien de détails en effet absorbent mal à propos le temps que les magistrats emploieraient plus utilement à l’étude des questions de droit que le procès peut soulever ! « N’est-ce pas, dit M. Bonjean , une chose vraiment déplorable , de voir chaque jour les diveises chambres du tribunal de la Seine |)erdre une partie si considérable du temps des audiences à cette formalité insignifiante désignée au palais sous le nom A'apjiel des placets! Un simple greffier ne suffirait-il pas, et de reste , à l’expédition d’une telle besogne , sauf à en i-éférer au juge quand il se présenterait quelque difficulté grave ! ‘ »
* M. BoojciOf Trixiti du action» . chet lu Romain», p. 45.