‹ Philosophie de la Révolution françaiseChapitre 23 sur 41 · LA REPUBLIQUE ANTI- JACOBINE. — MM. MICHELET ET QUINET · texte numérisé non relu

LA REPUBLIQUE ANTI- JACOBINE. — MM. MICHELET ET QUINET

Le jacobinisme socialiste étant le terme le plus avancé de la philosophie révolutionnaire, c'est de ce point qu'il faut partir pour revenir à des idées plus justes et plus modérées. Si la polémiqne contre les idées fausses est toujours utile, elle l'est surtout lorsqu'elle part des camps les plus voisins de ceux qui défendent ces idées. Par exemple , un républicain qui attaque le jacobinisme a beaucoup plus d'autorité qu'un conservateur. Celui-ci en effet est toujours suspect d'avoir des préjugés, et il en a ; il ne fait pas les concessions nécessaires, et, injuste sur certains points, on peut supposer qu'il l'est sur tous. Il confondra volon-

tiers dans une réprobalion commune le jacobinisme et la démocratie, le socialisme et la république, et par là 'il fortifiera sans le vouloir le jacobinisme et le socialisme de tous les éléments de force réelle que la démocratie et la république peuvent posséder dans l'état social de notre temps. Le républicain au contraire, en combattant le jacobinisme et le socialisme, réduit ces sectes extrêmes à elles-mêmes, et leur enlève l'appoint des principes démocratiques. On aura donc raison de présenter les historiens républicains de la révolution qui se sont séparés du jacobinisme comme ayant rendu à la cause de l'ordre et de la liberté des services plus efficaces peut-être que les historiens rétrogrades et conservateurs. Tel sera le mérite commun de deux écrivains dont les noms sont liés par l'amitié, par l'origine commune de leur célébrité, par la communauté de leurs opinions et l'analogie même de leurs points de vue, MM. Michelet et Quinet, deux noms qui paraissent aussi inséparables que ceux de MM. Thiers et Mignet, et qui comme ceux-ci se sont appliqués au problème de la révolution ; l'un plus poète, l'autre plus philosophe, tous deux éminents écrivains malgré les mirages qui égarent trop souvent l'imagination de l'un et les nuages qui obscurcissent la pensée de l'autre.

On s'étonne qu'avec l'instrument d'erreur qu'il porte en lui-même, à savoir une imagination excessive, M. Michelet ne se trompe pas plus souvent, et même qu'il saisisse quelquefois avec une merveilleuse justesse la vérité historique. Son histoire de la révolution, fatigante par la forme apocalyptique qu'il adopte systématiquement, n'en est pas moins remplie de vues justes et saisissantes. Nul n'a mieux que lui, par exemple, démêlé un des faits essentiels, peut-être le fait capital, de la révolution, à savoir le paysan propriétaire, ou du moins le paysan affranchi : c'est ce qu'il appelle « le mariage de la terre et de l'homme. » Nul n'a mis plus en relief un des sentiments les plus vifs et les plus profonds de l'ancienne société française, sentiment encore tout chaud en 89 : l'amour du roi (1). « J'entends ce mot sorti des entrailles de l'ancienne France, mot tendre, d'accent profond : mon roi ! » C'est ce sentiment même qui explique la défiance et la haine qui ont succédé ensuite. « Avoir cru, avoir aimé, avoir été trompé dans son amour, c'est à ne plus croire à rien (2) ! » Ce que M. Michelet a surtout peint avec vérité, c'est le caractère de spontanéité et d'unanimité qu'a eu la révolution à

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