PROLOGUE
Depuis quelque temps on remarquait une grande lacune dans x\oivQ littérature économique; ce libre est venu, la combler.
Certes que les ouvrages élémentaires d'Economie politique abondent chez nous, peut-être un peu plus qu'il ne serait à désirer. L'aspect historique de la science a été aussi étudié en Espagne par quelque auteur diligent, avec autant de finesse d'esprit que d'abondance de notices. Des monographies espagnoles sur le crédit, sur les Banques, sur les systèmes commerciaux, sur des matières financières, et surtout sur la question ouvrière, sont étalées dans les armoires de nos librairies, au grand avantage de la jeunesse studieuse, qui de jour en jour devient plus experte dans ces importantes branches du savoir humain.
Mais, tandis que dans d'autres nations les études supérieures de la science économique ont été sérieusement cultivées, ou par des philosophes de
profession, ou par des économistes à hautes vues; tandis que les plumes d'élite ont consacré de gros volumes à poser et à résoudre les profonds problèmes de cet ensemble de connaissances qui a été parfois appelé Métaphysique de r activité] ici les travaux économiques ont pris une direction plus analytique que synthétique, plus attentive aux détails qu'au concept général, soit parce que notre éducation philosophique est malheureusement encore peu avancée, soit, et cela est le plus probable, par le naturel désir des économistes espagnols d'exposer des doctrines immédiatement applicables à la vie réelle.
Ce n'est pas dire que notre pays soit resté tout à fait étranger à la culture de la Philosophie économique. On pourrait, sans de grands efforts, trouver, dans des journaux et des revues, nombre d'articles sur les sujets trascendentaux qui sont traités dans ce livre, et si notre langue n'avait pas le malheur d'être si peu connue en Europe, si nos éditeurs comptaient avec des moyens de publicité plus nombreux et plus efficaces, je n'hésiterais pas à affirmer que ces articles seraient cherchés et lus avec empressement, même après avoir savouré les productions analogues des autres pays.
Il y aurait, donc, un grand mérite dans le simple fait de réunir les écrits dont il s'agit, aujourd'hui épars et disséminés, et de les tirer, au profit de la science, de la profonde obscurité où ils se trouvaient ensevelis. Mais Mr. Carreras a entrepris une tâche beaucoup plus vaste et plus difficile, et il l'a menée heureusement à terme. Tout en profitant, avec une rare adresse, de ce que la presse nationale lui offrait d'utile à ses projets scientifiques, il a
su le combiner avec les meilleurs produits du dehors, tellement qu'il est parvenu à obtenir un corps de doctrine philosophico-économique, non seulement nouveau en Espagne, mais des plus complets et des plus remarquables qui ont paru à l'étranger. Et qu'on ne croie pas pour cela qu'il se soit borné à rentraïre les pensées d'autrui; car, s'il fait des fréquents emprunts aux maîtres de la science, c'est pour prouver la légitimité de ses idées, en sorte que le livre tout entier reflète la personnalité de l'auteur, qui s'y révèle dans toutes les pages par un style brillant, une vaste érudition et un critérium propre.
D'ailleurs, l'occasion d'entreprendre une œuvre du genre de celle que nous offre Mr. Carreras était très-opportune. En effet, lorsqu'une science s'est élevée aussi haut que l'Economie politique l'a fait dans le bref délai d'un siècle, elle est en mesure de se reposer un moment, pour parcourir d'un regard serein, du sommet où elle se trouve, toute l'étendue de ses domaines, et pour contempler le magnifique panorama qui se déroule à ses pieds. La science, qui au XVIII" siècle osait à peine bégayer la théorie du produit net; qui plus tard, par une fortune si rapidement acquise, a été appelée aux conseils de la sagesse humaine pour résoudre les grands problèmes sociaux; qui a revêtu des formes si variées, sans subir d'altération sensible dans son essence; aristocratique et agricole sous les physiocrates, industrielle et divitiaire avec A. Smith, analitique avec Ricardo et Malthus, syucrétique avec Rossi, J.-B. Say et Dunoyer, propagandiste avecBastiat etCobden, positiviste avec Stuart Mill et Caréy de Philadelphie, critique et démagogi-
que avec Proudhon, gouvernementale et césariste avec les nouveaux docteurs allemands; cette science, disons-nous, avait le droit et le devoir de nous montrer ce qu'elle est, d'où elle vient, quel nom elle doit porter, quels rapports l'unissent avec les autres manifestations de l'esprit, le cours de son développement, la nature de ses connaissances, les procédés qu'elle emploie dans ses recherches, les diverses manières dont elle est considérée par ses adeptes et par ses adversaires, enfin les biens et les maux qui découlent respectivement de l'observance et du mépris de ses lois. Or, c'est ce qu'a fait pour elle Mr. Carreras, et l'Economie politique apparaît, sous la plume de ce publiciste distingué, dans son état actuel, avec sa riante physionomie, avec son esprit vivace et fécond, avec sa merveilleuse unité.
Orgueil de la science, s'il vous plait, mais orgueil légitime; car elle a la conscience de sa force, et cette force a été reconnue, bon gré, mal gré, par ceux-mêmes qui s'obstinent à refuser à l'Economie tout caractère scientifique, et par ces autres qui, moins hardis mais plus présomptueux, la qualifient de vaine, de stérile ou bien de funeste et dangereuse. Tous, en effet, tandis qu'ils repoussent ou dédaignent les études économiques, se sont fait une Economie politique pour leur plaisir ou pour leurs intérêts personnels. Hier c'était l'Economie chrétienne de Villeneuve-Bargemont et celle de Périn, au service des hypocrites et des fanatiques, ou l'Economie nationale de List, ad usumgermajioriwz] aujourd'hui c'est une Economie césariste ou camérale, pour flatteries vues de quelque chancelier fortuné, et toujours une Economie
mercantiliste, proteccionniste, communiste, collectiviste, anarchiste, internationaliste, en un mot spoliatrice et tyrannique, inventée pour exploiter l'égoïsme de certaines classes sociales ou les passions des masses ignorantes et affamées.
Tant mieux pour la science; car cette coïncidence des écoles si opposées à affirmer d'un côté ce qu'elles nient de l'autre, prouve, non-seulement la réalité scientifique de l'Economie, mais encore le grand besoin que de ses lumières et de ses conseils éprouve la société moderne. Si l'invention de la poudre à canon coïncide avec la création des armées permanentes, celle de la boussole avec les grandes découvertes géographiques et celle de l'imprimerie avec l'émancipation de la pensée par la Réforme religieuse, la naissance et le développement de l'Economie politique viennent de même coïncider avec l'invention de la vapeur, de l'électricité et de tous ces agents physiques, chimiques ou mécaniques qui constituent le caractère industriel de notre siècle. On dira, peut-être, que ces merveilles ne sont pas des effets ou des résultats, mais des causes et des mobiles des recherches économiques. Question d'appréciation, ou pour mieux dire de point de vue. Qu'il suffise pourle moment de constater le rapport de simultanéité qu'il y a entre les progrès de nos doctrines et ceux de l'industrie, et laissons aux érudits le soin d'examiner, avec leur habituelle prolixité, si les inventeurs modernes se sont inspirés, ou non, d'une science qui a fini avec les corporations privilégiées d'arts et métiers, rongé le régime colonial, ruiné le système prohibitif, détruit les majorats et les substitutions, et qui, sans donner de trêve à la pensée, a
découvert la loi de la concurrence, la solidarité des marchés et la force créatrice du crédit.
C'est de ces faits, et des idées qu'ils soulèvent dans l'esprit, que l'on doit partir, selon nous, dans toute dissertation sur le concept, la dénomination, la définition, les rapports, la qualification, la classification, la méthode, le procès historique, les écoles et la critique de l'Economae, des matières qui sont traitées dans le livre de Mr. Carreras avec tant d'étendue et de profondeur. Notre avis est qu'avant tout et surtout l'Economie politique porte l'empreinte de son époque, empreinte qui ne consiste pas dans la lutte pour un dogme au profit de certaines religions positives, comme au commencement du Christianisme ou aux XIIP et XVI« siècles, ni dans la culture de l'art, comme dans la Grèce de Periclès ou dans l'Europe de la Renaissance, ni dans l'ardeur pour les spéculations philosophiques qui caractérise le dernier siècle. Le notre peut être qualifié ajuste titre de sihcXe politique-industriel \ car,, si d'un côté il se préoccupe sans cesse des questions relatives à l'organisation et aux atributions de l'Etat, de l'autre il ne prend pas moins de souci pour analyser le corps social, et y découvrir les lois du travail, source de tous les progrès et facteur nécessaire de toute espèce de valeurs, tant morales que matérielles. Ce dernier côté est le côté économique, et voilà pourquoi, dans notre jeunesse, sans nous arrêter à des élucubrations métaphysiques, pour lesquelles nous ne nous sentons pas de goût, nous soutenions que l'Economie politique s'occupe des lois générales du travail, définition dont celle de Mr. Carreras se rapproche beaucoup, et que nous confirmons aujour-
d'hui; car si cette science, considérée tout simplement comme la théorie de l'industrie, peut se confondre avec d'autres branches du savoir, il n'en est pas ainsi lorsqu'on la fait présider aux fonctions générales du monde industriel, sans distinction de sphères ou d'applications.
Quoi donc! Au point où l'Economie est arrivée, serait-ce encore un motif de grave scandale l'idée de regarder comme des capitaux moraux ou immatériels, la sûreté, la justice, la tempérance, l'ordre, l'instruction, l'honnêteté ou les garanties des libertés publiques? Toutes ces choses, ne sont-elles pas autant de valeurs? Et ces valeurs, ne sont-elles pas produites, accumulées, échangées et consommées, en vertu des mêmes lois que toutes les valeurs, même les plus matérielles? Ne sont-elles pas exploitées^ soit individuellement, soit par des associations, plus ou moins nombreuses, publiques ou privées, parfois sous des noms sacrés, parfois sous les dénominations les plus vulgaires? N'ont-elles pas, enfin, pour instrument le travail, pour aiguillon ou pour modérateur la concurrence, pour terme de leur évolution un besoin social ou individuel satisfait? Qu'importe que la rétribution de leurs agents s'appelle bénéfice, revenu ou salaire? Qu'importe que cette rétribution appartienne à un individu ou à une entreprise particulière, comme prix de ses efforts personnels, ou bien que, sans échoir à une personnalité déterminée, elle soit incorporée à la richesse sociale, au profit de la Nation ou de la communauté?
Encore une fois, il y a des hommes qui nient la réalité de l'Economie politique; mais il y en a aussi qui, sans aller si loin, prétendent vivre, à eau-
se des professions qu'ils exercent, hors des lois économiques. Votre science, disent-ils, existe réellement, nous en convenons; mais sachez qu'elle n'a pas de jurisdiction sur nous. Et comme, par respect pour les susceptibilités de l'honorable classe sacerdotale, on a avancé souvent l'opinion, consentie complaisamment par Mr. Carreras, mais que nous me partageons pas, d'éliminer du nombre des fonctions industrielles le sacerdoce, il suffit de gratifier de ce titre une profession quelconque pour la soustraire aux tyrannies de l'Economie. C'est ainsi qu'on a inventé le sacerdoce de la presse, le sacerdoce de l'art, le sacerdoce du barreau, le sacerdoce médical, et même — nous l'avons lu en caractères typographiques — le sacerdoce de la pharmacie!
A toutes ces naïves ou ridicules révoltes contre l'autorité de l'Economie répond victorieusement Mr. Carreras, en déterminant d'une manière précise, à la lueur des principes philosophiques, le concept fondamental et le caractère de cette science. Pour lui, comme pour nous-mêmes, l'Economie est une science anthropologique, qui étudie, non pas une partie de l'homme, mais tout l'être humain, sous un de ses aspects. Quelles que soient les conditions de race, de classe, de climats ou d'état social, aucun homme n'échappe aux lois économiques tant qu'il agit pour se procurer le bien-être ou pour satisfaire les besoins de sa nature. Est-ce donner à l'Economie une tendance absorvante? Est-ce prétendre subordonner à ses principes ceux qui servent de fondement à l'ordre physique ou à l'ordre moral, dans leurs diverses sphères? Point du tout. On peut, et Mr. Carreras le
démontre parfaitement dans son ouvrage, soigner le corps sans comprimer l'essor de l'esprit; on peut donner satisfaction à l'intérêt propre sans nuire aux intérêts d'autrui; on peut céder au sentiment du beau sans lui sacrifier le juste et l'utile; on peut, enfin, rendre culte à la divinité sans tomber dans le misticisme, ni prendre pour modèle un y o£-/it ou un Siméon Stilite.
Ces aberrations ne sont pas les seules qui se sont produites dans le cours des siècles. L'Histoire nous apprend, qu'en invoquant des intérêts ou des sentiments plus ou moins respectables, il y a eu toujours des classes exploitantes et des classes exploitées. Mais c'est ici que la doctrine des économistes libéraux, si éloquemment défendue par Mr. Carreras, brille dans toute sa pureté et dans toute sa droiture, en opposition à celle des autoritaires. Car, tandis que ceux-ci subordonnent les fonctions de la vie industrielle à des vues personnelles ou égoïstes, et s'efforcent de faire pencher la balance de la justice du côté de certaines convenances de classe ou de parti politique, ceuxlà, prenant la liberté, selon le constate justement Mr. Carreras, non pas comme but, mais comme moyen de réaliser le but économique et tous les buts de la vie, livrent cette réalisation à l'action naturelle de la concurrence. D'où résultent cette communauté d'intérêts, ces harmonies économiques, non pas inventées, mais fidèlement observées par J.-B. Say et brillamment décrites par F. Bastiat, communauté et harmonies si efficaces et si spontanées qu'il suffit d'écarter ou de neutraliser les causes perturbatrices pour que la justice, l'équité, l'ordre le plus parfait, régnent
dans toutes les sphères de l'activité humaine. Celui qui, comme notre honorable confrère, sera bien pénétré de ces vérités, ne trouvera pas de difficulté à résoudre la question, qu'il traite aussi en maître, de la classification de la science économique; car, si le travail, tant individuel que collectif, fonctionne dans la Société et avec le concours de la Société; si, pour être fécond, il a besoin de grands ressorts moraux, c'est pour nous évident que l'Economie figure de plein </rozV parmi les sciences morales et politiques, et qu'elle est une branche de la Sociologie, étudiée, soit sous le point de vue rationnel et abstrait des penseurs allemands, soit sous l'aspect expérimental et pratique du positivisme anglais, dont Herbert Spencer s'est fait l'apôtre.
La délimitation de la science économique est un autre point que Mr. Carreras examine avec un grand talent dans les longues pages qu'il lui consacre. Il y recherche les rapports qui unissent cette science avec ses proches, et surtout avec l'Éthique et le Droit. Là est, en effet, le nœud de la question, car la Morale, le Droit et la Politique sont les systèmes de connaissances qui disputent le plus souvent à l'Economie ses domaines.
Or, pour ce qui a trait au troisième, excepté les physiocrates et les socialistes, aucune école économique ne prétend donner aux peuples des formules déterminées de gouvernement. Est-ce à dire que l'Economie renonce à toute influence sur les affaires publiques? Au contraire. Les économistes orthodoxes soutiennent, à notre avis très-sagement, que pour le plein et fécond exercice des fonctions industrielles, il faut des garanties sociales qui se trouvent seulement dans certaines cons-
titutions politiques. Ils font une critique sévère des Etats historiques, sous le point de vue des intérêts économiques, et dans l'examen des attributions des gouvernements, ils séparent d'abord celles qui envahissent le champ de l'activité privée de ces autres qui tendent à la rendre plus efficace, en laissant tout à fait libres son initiative et ses propres efforts. C'est ainsi que procède notre auteur, à l'aide et avec l'appui des maîtres de la science, dont il se montre ici, comme partout, le fidèle interprète. Mais de cela à la Politique il y a encore une grande distance; car c'est à la Politique de pourvoir à l'organisation de l'Etat, de définir ses attributions, en vue, non seulement des intérêts économiques, mais de tous les intérêts, et, à part cette limitation naturelle, de créer les pouvoirs publics, de déterminer leurs liens et leurs relations, d'établir et de distribuer les garanties sociales, tout en partant de principes rationnels et sans écarter ses regards des accidents historiques de la nation, dont nous n'avons pas à nous occuper dans ce moment.
Quant aux différences entre la Morale et l'Economie, il y a des philosophes qui les font consister dans les mobiles, opinion que Mr. Carreras discute très-prolixement et très-spirituellement. Ces philosophes livrent à l'Economie l'intérêt personnel, et réservent pour la Morale la pureté des motifs. Mais cette distinction, aujourd'hui en vogue dans nos écoles, se prête à des interprétations erronées. Il faut s'expliquer. Est-ce que la pureté des motifs et l'intérêt personnel se rattachent à des actes différents? Alors la Morale et l'Economie ne se compéncirent ^o'ini] elles sont deux di-
rections diverses, deux lignes toujours parallèles, qui se perdent dans l'infini. Alors nous comprenons parfaitement les incessants anathèmes des mistiqiies contre l'ordre économique. Du côté de la Morale, la noblesse, l'abnégation, l'héroïsme, les vertus les plus sublimes; du côté de l'Economie, tout ce qu'il y a de plus bas, de plus grossier, de plus sordide, la cupidité ou l'égoïsme. Sur ce ton on a écrit et l'on écrit encore des milliers de pages. Est-ce, au contraire, que l'économique et le moral peuvent et doivent se rencontrer dans un seul acte? Alors la question change; alors l'économique et le moral ne sont pas deux directions distinctes, mais deux phases d'une même direction; alors ou pourra faire le bien pour le bien, sans démériter par la justice delarécompense; alors aucun acte ne sera pleinement économique s'il n'est pas en même temps pleinement moral, et vice-versa, aucun acte n'obtiendra la sanction de la Morale s'il n'obtient pas de même l'approbation de l'Economie.
On voit que nous allons ici plus loin que Mr. Carreras, qui accorde à l'Ethique une sphère beaucoup plus étendue qu'à la science économique, et dont les idées sur ce point sont d'ailleurs exposées avec tant de clarté et d'éloquence.
Et qu'on n'accuse pas notre concept de vague. S'il n'est pas plus précis, c'est parce que la notion de la Morale a été faussée trop souvent par les intérêts égoïstes de classe. Rien de plus facile, sans doute, que de marquer les limites entre la Religion et la Morale. Et toutefois, après des disputes passionées, soutenues pendant des siècles, il y a encore des gens qui voudraient subordonner la Mo-
raie aux préceptes d'une religion positive , tandis que d'un autre côté nombre de penseurs prétendent réduire la Religion à un simple chapitre de la morale universelle.
La délimitation entre l'Economie et le Droit, que Mr. Carreras fait dans son livre si adroitement, a donné aussi lieu à de grandes disputes. On a voulu résoudre le problème s'élevant à l'union du juste et de l'utile, mais sans y réussir, parce qu'il y a deux écoles remarquables qui confondent d'ordinaire ces notions, et parce que la plupart des hommes n'aime pas à monter si haut. Quant à nous, nous avancerons une opinion qui peut-être paraîtra un blasphème aux yeux des légistes; c'est que le Droit est une science purement adjective, dont le fondement et la substance se trouvent dans le contenu des autres sciences morales et politiques. Et certes, si le Droit est chargé de déterminer les conditions nécessaires pour la réalisation de nos buts, il est évident qu'il doit les chercher dans le fond, dans la substance même de ces buts. Il empruntera, par exemple, à la Métaphysique le concept général de la justice, à la Morale les rapports de famille, à l'Economie politique le mécanisme de l'échange, l'organisation et les mouvements de la propriété, et ainsi de suite, en sorte que toutes les branches du Droit demanderont leur inspiration aux divers systèmes de connaissances sur les buts de l'homme, pour tâcher de réaliser ces buts dans le milieu social. Qu'est ce que le Droit a fait par rapport l\ la liberté? Pendant des siècles les juristes ont soutenu qu'elle découlait de la loi, et en efTet l'Histoire nous montre la liberté vivant toujours des concessions
arrachées à l'Autorité, dues à la prédominance momentanée ou permanente de certains intérêts, et souvent fondées sur des subtilités juridiques. Mais la science moderne a fait de la lumière dans ce chaos, et aujourd'hui c'est une chose avérée que la liberté découle de la nature et des destinées humaines, et que tous les organes du Droit, à commencer par l'État, qui en est le plus élevé de tous, doivent se borner, comme le déclare hautement Mr. Carreras, d'accord avec les plus illustres économistes, à la reconnaître et à la garantir pour que ' les buts de l'homme se réalisent, chacun dans sa propre sphère.
Ce n'est pas rabaisser la mission du Droit. Au contraire; elle en résulte encore plus étendue et plus haute; car, pour la remplir, il faut que le Droit préside à tous les mouvements de la vie sociale, et l'on pourrait dire de cette science, mieux que d'aucune autre, qu'il n'y a rien d'humain qui lui soit étranger. Malheureusement, les dernières tendances des écoles juridiques s'écartent assez de ces idées, et elles visent à troubler, plutôt qu'à régulariser, les rapports entre l'Economie et le Droit. Malheureusement, ni les théories les plus récentes du Droit s'inspirent des saines doctrines économiques, ni les études de droit positif sont poussées dans cette direction, ni l'enseignement de l'Économie politique dans les Facultés de Droit porte l'empreinte spéciale qu'il faudrait lui donner pour élever des hommes destinés à exposer la loi, à l'interpréter et à l'appliquer. Loin de là, notre droit positif civil est encore calqué sur les deux législations les plus anti-économiques que l'on ait connues, la législation romaine et le droit ca-
non. Les ouvrages mêmes de Philosophie du Droit, à quelques écoles qu'elles appartiennent, sont pleines d'erreurs sur l'échange, sur la propriété, sur l'association des forces, sur le capital, sur le revenu, sur le salaire, sur le profit, sur tous les grands phénomènes économiques. Et quant aux textes, parmi le nombre d'excellents traités d'Economie politique, dus à des professeurs éminents, nous manquons, après tant d'années que l'on cultive la science économique, d'un ouvrage de cette science, appliquée an Droit, ouvrage consacrée spécialement aux étudiants de jurisprudence, et qui serait d'une valeur inestimable, s'il mettait sous les yeux du lecteur les saines doctrines économiques vis-à vis des institutions juridiques, tant nationales qu'étrangères, que l'on présente dans les classes comme le symbole de la raison écrite. Mr. Carreras nous a promis, depuis long temps (i), un livre de ce genre: il est à regretter que d'autres travaux scientifiques, non moins nécessaires etnon moins utiles, ne lui aient pas encore permis de tenir sa parole.
Mais, laissant de côté cette question, disons quelques mots sur celles des méthodes et des écoles de l'Economie, qui se lient étroitement, et auxquelles notre auteur consacre deux des plus remarquables chapitres de son ouvrage. Il y discute amplement la valeur respective des méthodes dites historique et rationnelle, et il y donne un résumé très exact des doctrines des diverses écoles
(l) Avertissement h la première édition de son "Traité d'Économie politique." — Madrid, l865.
économiques, et surtout de celles du socialisme de la chaire, jusqu'ici seulement connues en Espagne par l'exposition qu'ont faite quelques auteurs étrangers et par un beau travail de notre éminent économiste Mr. Gabriel Rodriguez. Quant à la première de ces questions, nous conviendrons avec Mr. Carreras que le meilleur procédé consiste à combiner les deux méthodes susdites; mais il faut faire sur ce point de prudentes réserves. Presque tous les économistes orthodoxes ont adopté la méthode rationnelle, en dérivant les lois économiques d'une étude attentive de la nature et des destinées humaines, après quoi il ont pris l'histoire comme base de vérification, pour démontrer que le monde industriel fait des progrès à mesure qu'il se rapproche des idéaux scientifiques. D'après cela, le servage, les corporations privilégiées des arts et métiers, la réglementation autoritaire de l'industrie, peuvent être regardés comme des progrès par rapport aux époques antérieures, mais l'idéal économique ne se réalise que dans la liberté du travail. De même on peut prendre le système protecteur, les monopoles officiels et la douane nationale pour autant de démarches faites dans le but d'émanciper par dégrés la circulation des valeurs, mais c'est seulement la liberté des échanges qui doit communiquer à cette circulation l'élan et la fécondité dont elle est capable.
La tendance des économistes autoritaires est bien autre, et sous ce nom nous les comprenons tous, depuis les conservateurs, qui se disent les réprésentants légitimes de l'école historique, jusqu'aux adeptes du socialisme démagogique, qui veulent confier à un Etat plébéien les destinées des
nationalités. L'École historique n'a pas d'idéaux; elle assiste impassible au développement des phénomènes sociaux dans le temps et dans l'espace, et tout ce qui arrive lui semble bon, par la seule raison d'avoir été ou à! être, en supposant que la vie dans l'Histoire est un produit ou une résultante de certaines conditions externes de latitude, de climat, de tradition ou de race, ainsi que d'autres conditions internes, déterminées par un aveugle fatalisme ou par une Providence qui se soustrait à toute critique. On voit très-bien qu'en suivant cette v^oie, on ne parviendra pas à une doctrine sérieuse ni à un critérium fixe. Lisez Roscher, le chef des économistes historiques, et quelque admiration que vous éprouviez pour sa vaste érudition, dites-nous s'il est possible d'extraire de ses écrits un véritable système doctrinal, applicable à tous les ordres du travail. Lisez Taine, le chef des positivistes politiques, et dites-nous si, en le voyant se prosterner devant les magnificences de l'ancien régime, tandis que d'un autre côté il montre un certain penchant pour les glorieux souvenirs du 93, on peut déduire logiquement, de l'amas indigeste de notices et de dates qui constitue son ouvrage, les sources et les causes de la révolution française.
Eh bien, le socialisme contemporain procède de la môme manière. Jadis, à une époque pas très-éloignée de nous, il se distinguait par un ultra-rationalisme, qui ressemblait beaucoup à la folie. Les socialistes ne prenaient pas l'homme, tel qu'il est ou tel qu'il apparaît formé par les lois morales, psychiques et physiologiques; mais tel qu'il devrait être, d'après leurs caprices ou leurs
préjugés. Aujourd'hui ces sectaires ont changé de méthode. Ils s'inspirent de préférence dans l'esprit de l'école historique. Qu'est-ce que le socialisme de la chaire, sinon l'apologie du césarisme ou du gouvernement personnel, cest-à-dire la consécration de l'Etat historique, interventionniste et réglementaire, au profit d'un pouvoir traditionnel et des classes qui lui sont adictes? Qu'est-ce que le socialisme collectiviste, sinon la théorie d'une organisation également artificielle et factice, maintenue par les mêmes moyens employés par les anciennes classes gouvernantes, mais dans l'intérêt des masses populaires?
Les formes varient, mais le but reste. C'est toujours le sacrifice de la liberté sur les autels des idoles; c'est une démocratie hibride qui, ayant perdu la foi dans les principes, fatiguée par la lutte ou desespérée par la persécution, quitte la voie du progrès, lorsqu'elle s'y trouvait si avancée, et demande pour son usage le fouet de ses anciens maîtres, dans la croyance qu'elle vivra éternellement à force de violences, comme ils ont vécu de longs siècles à force d'autorité.
Telle est aussi la conclusion qui résulte du beau livre de Mr. Carreras. L'auteur s'y montre toujours fidèle au grand principe de la liberté économique, déjà proclamé parles physiocrates sous les mots de laissez faire ^ laissez passer. C'est une consolation pour tout esprit libéral dans ces temps de défaillances et de désertions, survenues dans le champ même de la science. C'est encore un bel exemple à suivre et qui, nous l'espérons, sera suivi, en effet, par la jeunesse studieuse, malgré les séductions dont l'entoure la sirène de la réaction au-
toritaire, pour l'attirer vers ses dangereux abîmes. Ainsi Mr. Carreras nous donne, en économiste savant et convaincu, la clef d'un secret qui compte à l'heure qu'il est très peu d'initiés; c'est que, parmi tous les sociologues connus jusqu'ici, les économistes sont les seuls logiquement libéraux.
JoAQuiN Maria Sanroma.
INTRODUCTION
S'il est une science qui mérite, non seulement le respect, mais encore l'estime et les sympathies de tous les hommes qui aient la conscience de leur dignité, c'est sans doute l'Economie, parce que, plus qu'aucune autre, elle a consacré dans le Monde le principe de la liberté, qui constitue notre premier titre de noblesse et de suprématie à l'égard des autres créatures animées. Nous parlons surtout de la liberté morale et civile; quant à la liberté politique, il ne faut la regarder que comme une garantie des autres libertés, et certainement sans celles-ci elle ne serait pour les peuples que le droit d'élire leurs tyrans.
La liberté humaine, en effet, la libre activité, cette précieuse faculté en vertu de laquelle Thomme peut penser et agir, sous sa propre responsabilité, selon que la raison le lui conseille; cet attribut essentiel de notre esprit, cette sou-
veraineté, cet empire, cette majesté auguste et sacrée, que l'homme a reçue de Dieu et qui le fait maître de lui-même, juge et exécuteur de ses déterminations, arbitre et seigneur de ses destinées; la liberté humaine, disons-nous, quoique découverte par la Psychologie et reconnue d'abord par l'Éthique, n'a été sanctionnée et proclamée dans toute son intégrité que par l'Economie.
Laissons de côté les sciences naturelles. La Minéralogie, la Zoologie, la Botanique, la Physique, la Chimie, l'Astronomie, les Mathématiques, qu'ont-elles de commun avec la liberté? Elles ne connaissent qu'un monde où tout est fatal, où tout se meut par l'impulsion d'une force irrésistible et indéclinable; elles regardent avec un suprême mépris ou avec une indifférence philosophique tout ce qui n'est pas dû à cette force, et se portent toujours à nier les faits ou les phénomènes qui se produisent sans son intervention. Voilà pourquoi il y a parmi les naturalistes tant de stoïciens qui demeurent impassibles devant les misères de l'Humanité, les regardant comme inévitables; tant de matérialistes qui ne voient dans l'homme qu'un être soumis aux mêQies lois qui régissent tous les êtres finis; tant d'épicuriens pour lesquels nous sommes seulement un organisme sensible, qui s'éteint et disparaît dans la mort. Certes, les sciences naturelles ne se piquent pas d'être libérales ni même humanitaires, et elles mettent volontiers la force explosive de la poudre et de la dynamite au service de la liberté, comme à celui du despotisme et de la tyrannie.
Ce n'est pas le caractère des sciences anthropologiques, ni surtout des psychiques, qui constituent une de leurs branches les plus importantes. Elles regardent d'abord l'homme, non pas comme une partie, comme une roue ou une dépendance de la grande machine de l'Univers, mais comme un micro-cosmos, comme un petit-monde, comme un résumé, comme une copie ou réduction photographique de la Création entière; elles font de lui un être intermédiaire entre Dieu et ses œuvres, véritable échelle mysti-
INTRODLXTION
que, qui d'un côté s'appuie sur la terre et de l'autre touche au Ciel; elles découvrent dans l'organisme humain quelque chose de plus que l'argile dont toutes les créatures sont formées, un esprit, une âme, un psycos, un soufde de la Divinité qui agite tout, qui informe tout, qui pénètre et humanise toutes les choses. Mais voici que les maîtres de ces sciences, après avoir élevé l'homme à Tégard des autres créatures, le rapetissent et l'annulent souvent aux yeux de lui-même; après lui avoir donné la souveraineté de tout, ils lui refusent sa propre souveraineté; après l'avoir fait roi de la Création, ils lui ravissent son sceptre ou le lui changent en un roseau dérisoire, et le transforment en un simple vassal ou en un misérable esclave. 'Vainement la Psychologie, où ils puisent leurs connaissances, leur dit que l'homme est le seul être rationnel; qu'il a seulement, après Dieu, la raison de ses déterminations, et que par conséquent on ne peut invoquer aucune raison contre la sienne: les logiciens et les moralistes, tributaires de cette même Psychologie, recherchent froidement la connaissance du vrai et du bien absolu, et si les derniers admettent la libre activité comme un élément constitutif de notre esprit, c'est pour l'oublier fréquemment, tandis que les experts du Droit, fils aîné de l'IUhique, né expressément pour garantir la liberté, la renient pendant plusieurs siècles et il y en a encore qui doutent de la légitimité de ses titres. Oui, la liberté a bien de griefs contre l'Ethique et même contre la Science du Droit: nombre d'illustres moralistes, nombre de savants jurisconsultes, tant de l'Antiquité que des temps modernes, se sont montrés réfractaires à ce fécond principe, lorsqu'ils ne l'ont pas absolument méconnu.
Il fallait que l'Économie vînt au Monde pour que l'esprit humain prît possession de tous ses privilèges naturels, et que l'homme fût déclaré libre, non seulement dins les domaines de la raison, mais encore dans ceux de la volonté active; non seulement dans le champ des spéculations scientifiques, mais encore dans la sphère de la réalité et
des faits. Elle naît en effet, et elle arbore aussitôt le drapeau de la liberté, proclamant par l'organe des physiocrates la célèbre maxime de: laisser faire, laisser passer , dont elle n'a pas renié, dont elle ne reniera jamais, et sous son influence la Morale et le Droit se libéralisent, et on voit tomber et disparaître pour toujours les derniers restes du féodalisme et du servage, les maîtrises, les prohibitions commerciales, les guerres mercantiles, le système colonial, les compagnies privilégiées de commerce, les lois somptuaires, la taxe de l'usure, la traite et l'esclavage des nègres; en résumé, toutes ou presque toutes les doctrines restrictives, toutes ou presque toutes les institutions tyranniques qui deshonoraient l'Antiquité et le Moyen âge, ainsi que l'ère des monarchies absolues et du droit divin des rois.
De combien de bienfaits lui est redevable l'Humanité! Combien de titres n'a-t-elle pas à la gratitude des hommes! Et cependant, il nest point une science qui ait été l'objet de plus d'attaques, de plus de persécutions, de haines les plus déraisonables et les plus injustes. Déjà à son origine, vers le milieu du XVIII siècle, elle fut rudement combattue par Voltaire, Rousseau, Diderot et quelques autres savants de cette époque. Certes qu'alors elle n'était qu'un mélange confus de vérités et d'erreurs, qui prêtait beaucoup à la critique; mais elle s'est épurée après par l'observation et l'analyse, parvenant à constituer un système de principes, tels que souvent on les qualifie avec dédain de truisnies, ou de vérités évidentes per se, comme si cela pouvait être un défaut, et cependant elle se voit toujours également attaquée et persécutée. Les uns l'accusent de matérialiste, supposant qu'elle attire les âmes vers des objets indignes de leur sublime essence; les autres voudraient la proscrire comme dissolvente, ou tout au moins comme perturbatrice des rapports sociaux; ceux-ci la présentent comme l'avocat des riches et l'ennemie des classes ouvrières; ceux-là la méprisent comme un sujet d'études stériles, ou lui refusent toute condition
INTRODUCTION 5-
scientifique; et chose singulière, les partis les plus opposés, les écoles les plus contradictoires, les néo-catholiques comme les athées, les autoritaires aussi bien que les anarchistes, les réactionnaires et les démagogues, sous la dénomination générique de socialistes, qu'ils se donnent à eux-mêmes ou qu'ils ont accepté volontiers, tous se sont conjurés contre l'I'^conomie.
La science, cependant, avait déjà réfuté victorieusement toutes ces accusations, et elle poursuivait, tranquille et paisible, à la lumière de la raison et de lexpérience, la marche toujours ascendante et progressive de ses investigations, lorsque de son sein même s'est élevée une secte de pseudo-économistes, appelée en Allemagne katteder socialisten ou socialistes de la cliaire, et qui, se revêtant d'un certain appareil d'érudition et desprit, barrent le passage à Y Economie orthodoxe, attaquent ses doctrines fondamentales et ne prétendent à rien moins qu'à refaire entièrement la science, en lui donnant une direction nouvelle et surtout en la moralisant et en y introduisant Vêlement éthique, dont ils la supposent complètement dépourvue. La dévise de ces sectaires, comme celle de tous les prétendus novateurs, est, à ce qu'il paraît, recédant vetera, nova sint omnia. A bas, crient-ils, l'école smilhienne et manchesterienne, c'est-à-dire l'Economie traditionnelle, fondée par Adam Smith, propagée par Cobden et les autres économistes de Manchester, l'Economie individualiste et du libre-échange. Sans comprendre peut-être , ou feignant ignorer au moins,, que dans ce cri il n' y a rien de nouveau; qu'ils ont été devancés par List, Proudhon et tous les protectionnistes et les socialistes, et que toutes les accusations, toutes les diatribes qu'ils profèrent contre la science économique, au nom de la Morale et du Droit, ne sont qu'un faible écho de celles de Karl Marx, Lassalle et les autres coryphées de l'Internationalisme.
Quoiciu il en soit, on voit que les principes de l'Économie sont méconnus ou niés par une partie, la plus petite sans doute, de ceux qui la professent, lorsque
ces principes semblaient définitivement acquis pour la science. Il faudra, donc, les examiner de nouveau, pour savoir jusqu' à quel point ils sont certains et fondés. A cet effet, rien de plus à propos que d'étudier le concept philosophique de l'Economie et ses rapports avec les autres branches du savoir humain, et voilà ce que nous allons faire dans ce livre, tout en traitant de quelques autres points secondaires qui ne sont pas étrangers au sujet, tels que la qualification, la classification, la méthode, le procès historique, les écoles et la critique de la science.
Nous n'y dirons rien de nouveau; nous ne ferons que reproduire, souvent mot à mot, pourqu'on ne puisse pas douter de l'exactitude de nos citations, ce qu' ont dit les principaux économistes. C'est la seule manière de présenter l'Économie telle qu'elle est, et de mettre tout le monde à même d'en juger en pleine connaissance de cause.
Nous entreprenons cette tâche en répondant aux vœux que faisait déjà Minghetti, il y a plus de vingt ans, dans la préface de ses Rapports de l'Économie publique avec la Morale et le Droit. C'est à lui que nous empruntons le titre de Philosophie de la science économique, que nous donnons à cet ouvrage. C'est sans doute un titre audacieux; mais nous espérons qu'on nous le pardonnera par respect à l'illustre publiciste qui l'a proposé le premier, et dont nous ne faisons que suivre les traces, sans prétendre cependant ni le devancer ni même l'atteindre dans sa marche brillante à travers le champ de la science.